‹ Mythes & légendes [microform]Chapitre 33 sur 57 · LONDRES · texte numérisé non relu

LONDRES

Cher Ami,

Un de nos amis me demande de vous envoyer un de mes livres qui raconte mon histoire merveilleuse soit dans les Indes, soit en Orient. Je suis très heureux de le faire parce que je crois qu'il vous aidera beaucoup.

J'en suis certain, que vous serez influencé par le pouvoir mystérieux de la pierre " Porte-Bonheur " comme d'autres qui la possèdent le prétendent. Ces pierres sont portées et connues comme les seules pierres Porte-Bonheur depuis des milliers d'années par les Indous, les Parsis, les Ceylandais et d'autres ; leurs possesseurs les gardent jalousement pendant leur vie, et à leur mort ils les lèguent à quelque membre de leur famille ou à un ami bien cher.

Comme vous l'avez probablement lu, je me suis procuré quelques unes de ces pierres rares, en voyageant dans les Indes, après avoir été personnellement convaincu de leur influence merveilleuse sur les personnes ; je suis maintenant prêt à en disposer pour mes propres amis ou pour ceux qui m'écrivent.

Comme il ne m'en reste que quelques unes, je serais heureux de vous en offrir une, si vous m'envoyez 6 francs.

Les témoignages ci-inclus d'hommes aussi connus que le Capitaine Wm. E. Hunt, l'Amiral Houston, etc. sont des évidences et j'en ai des centaines à votre disposition, si vous le désirez.

Si vous désirez que je vous expédie une de ces merveilleuses pierres Porte-Bonheur, je vous prie, écrivez-moi de suite à ce sujet.

Lorsque vous écrirez, envoyez les 6 francs, par mandat-poste ou express, en billet de banque ou monnaie, cela m'importe peu, je désire que vous ayez la pierre.

Espérant qu'en vous mettant en communication avec les forces invisibles qui nous environnent, je suis sur qu'elles changeront vos conditions actuelles.

Votre Ami sincère,

Capt. Walter L Rand.

Sicilian Avenue, Vernon House,

LoNDON. W. C.

Quant à la petite brochure dont il est question dans cette lettre, elle comprend 28 pages de texte serré et se compose surtout des attestations de succès dont il est inutile de peser la valeur. Ces gens-là ont la spécialité de s'adresser aux femmes, et cette brochure-ci m'a d'ailleurs été remise par une dame. Ce qui est vraiment douloureux, c'est de voir que ces exploiteurs de la bêtise humaine, jouissent de l'aisance tandis que beaucoup d'honnêtes gens sont dans le besoin ; on s'en convainc facilement en calculant ce que doit leur coûter leur publicité.

Voici la lettre d'un autre apôtre, également londonien et " up to date ". (Je transcris textuellement avec les fautes) :

91, Maida Vale, Londres, W. Angleterre.

Vendredi. 2/3.

Salam,

Mon dernier apppel étant surtout resté sans réponse, je suis très étonné que vous n'éprouviez pas le besoin, la nécessité de recourir à mes conseils et à mes secours, qui sont toujours à la disposition de celui qui en fait la demande. Oh, je vois avec regret, que vous viendrez m'implorer lorsque vraiment vous apercevrez vous-même l'épée de D.amoclès au dessus de votre tête et par conséquent alors trop tard pour moi d'intervenir efficacement, quand peut-être quelques jours avant, j'aurais été dans la possibilité de vous donner des instructions qui non seulement vous auraient évité beaucoup de tracas, soucis et pertes, mais auraient été pour vous une source de gain et de contentement.

Dans ma dernière lettre, je vous ai réduit le prix pour le grand horoscop à la somme vraiment insignifiante, en comparaison de l'utilité de son placement, de 1 5 francs. Afin de vous permettre

de faire usage de ma science, sans vous priver ou vous gêner, je vous accorde des facilités de payements extraordinaires en acceptant la susdite somme en versements mensuels de 5 francs. Ceci est une bien meilleure et plus facile mode de payement et je ne serais que trop heureux d'être appelé à vous rendre service, cette œuvre n'étant pas un objet de luxe, inutile par conséquent aux déshérités de la terre, mais bien une grande nécessité, et tous riches ou pauvres, devraient se la faire envoyer comme indicateur, en protection contre les erreurs, qui si souvent sont faites dans l'ignorance et la bonne foi et dont les suites si préjudiciables à présent et encore plus à l'avenir sont si difficilement, lorsqu'elles ne sont pas impossibles, à réparer.

Je suis en ce monde pour faire le bien, (sic !) pour conseiller et aider mes frères et sœurs, les soutenir et leur porter espoir dans les heures d'embarras et d'infortune, c'est pourquoi ayez ouvertement confiance en moi qui peut et veut vous aider, comme je l'ai déjà si souvent fait, montré à un si grand nombre, errant sur le sentier noir de l'erreur et de l'inconnu, le droit chemin conduisant vers la paix et le bonheur ^.

Donc plus d'hésitation, plus d'incrédulité ou de remise à demain si préjudiciable, une détermination, remplissez le coupon ci-joint sans retard et faites-moi le parvenir en y joignant le premier versement encore aujourd'hui.

Votre très dévoué

ZAZIA.

Ces apôtres londoniens, sans aucun doute, s'estiment de parfaites honnêtes gens et peuvent être comparés, je pense, à ceux que nous avons vus en Palestine, à Rome, en Grèce et en Egypte au début du Christianisme.

^ On croirait vraiment que ce paragraphe est un passage copié de " P Imitation de Jésus-Christ",

U Egypte /^ELA nous rappelle la lettre que l'empereur Hadrien adres-

du temps d^ Hadrien

sait à Servianus au sujet des Egyptiens :

L'Egypte, dont tu me disais tant de bien, mon cher Servianus, je l'ai trouvée légère, mobile, changeant de mode à tout instant. Les adorateurs de Sarapis sont chrétiens^ ceux qui s'appellent évêques du Christ sont dévots à Sarapis. Il n'y a pas un chef de synagogue juive, un samaritain, un prêtre chrétien qui ne soit astrologue, aruspice, fabricant de drogues. Le patriarche lui-même quand il vient en Egypte, est forcé par les uns d'adorer Sarapis, par les autres d'adorer le Christ. Quelle race séditieuse, vaine et impertinente.

"E^<MÊSi:é^^^M^SM^^^

Fac-similé de deux pages d'une vieille Bible abyssinienne

Je n'insisterai pas davantage sur la mentalité de l'époque. Mon but étant surtout, dans cet ouvrage, de vous montrer révolution des légendes et non du Christianisme, quoique celui-ci ne soit fondé que sur des légendes.

DEPUIS lors, l'Egypte, je veux dire la mentalité du peuple La mentaégyptien, n'a pas beaucoup changé. Pour qu'on puisse J!!^^\ se faire une idée de la superstition de cette race à notre époque, moderne je me permettrai de vous donner encore une page de " Ruines et Paysages d'Egypte'' de Maspéro.

Le chapitre, pour votre gouverne, dans lequel se trouvent les différents faits que je vais vous citer, est daté du 6 juin 1901. Il n'y a donc pas bien longtemps.

Au mois de janvier dernier — donc en janvier 1901, — M. Chauvin désirant se lever de bonne heure pour aller à la chasse dès l'aube, ordonna à son domestique Kamal, de se coucher dans une pièce voisine de son bureau. Kamal craignant la solitude, invita un ami à lui tenir compagnie, et la précaution ne lui fut pas inutile. A peine couchés, un petit chien s'insinua dans leur chambre, sans qu'ils sussent comment, et après les avoir flairés, gambada près d'une heure autour d'eux, en aboyant comme s'il voulait les mordre. Peu après qu'ils l'eurent chassé non sans peine, une douzaine d'enfants ou de petits hommes leur apparurent, qui dansèrent longuement en frappant dans leurs mains et en tirant la langue : ils ne furent débarrassés de leur obsession qu'au matin, dans le temps que M. Chauvin, se levant, les appela pour partir à l'affût.

Et plus loin :

Un de nos ouvriers descendant à Gournah dans un puits d'hypogée récemment ouvert, se sentit saisir au bras par quelqu'un qu'il ne voyait point ; sans se déconcerter, il allongea la main au hasard et serra si dur que son agresseur fondit entre ses doigts sans lui faire aucun mal.

Et l'auteur ajoute :

Il y a peu de nos gens qui n'aient rencontré des " afrites " et qui n'aient à leur compte quelques aventures du genre de celles que je viens de raconter.

Si ce peuple est aussi sujet à des hallucinations, quoi de plus naturel qu'il croie au surnaturel. Il serait presque incompréhensible qu'il n'admît pas tous les contes à dormir debout, qu'il croit avoir expérimentés et contrôlés par lui-même.

Saintes y4 xNsi se forment les légendes et les religions. Mais il n'est

modernes

pas nécessaire pour cela d'aller en Egypte. Le 2 Avril 191 3, on pouvait lire dans les journaux :

Trente mille personnes, au moins, attendent depuis vingt-quatre heures, dans le petit village de Azzano-san-Paolo, près de Bergame, la mort d'une voyante ou d'une hystérique, la ^^ santa " ou la sorcière Térésa Marro, qui avait prédit qu'elle mourrait le 3 1 Mars, à 1 1 heures, sans spécifier si c'était le matin ou le soir.

Le matin, elle était dans un état comateux, mais elle vivait encore, surveillée par le curé et un médecin qui constata la faiblesse inouïe de la voyante.

La foule s'était livrée à de véritables actes de fanatisme. On a démoli une partie des murs de la maison où habite Térésa, pour faire des amulettes avec du plâtras et les morceaux de briques. Plus de vingt-cinq mille images de Ste Angèle de Mérici ont été vendues. Plusieurs malades prétendent avoir été guéris, et trois personnes qui devaient mourir avant la voyante sont à toute extrémité. La " santa " a trente ans. Décharnée, elle est d'une pâleur cadavérique, que font ressortir ses cheveux très noirs. Un rosaire sur la poitrine, les yeux fermés, presque inconsciente,

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