‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 1 sur 550 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'ouvrage que nous soumettons au public et à nos collègues de l'Université n'a pas la prétention de faire oublier les savants travaux dont la mythologie grecque a été Tobjet en France, surtout de la part de MM. Guigniaut et Alfred Maury. Chacun sait combien d'observations exactes, d'idées ingénieuses, de rapprochements intéressants se trouvent contenus dans les notes et dans les dissertations dont M. Guigniaut et ses collaborateurs ont accompagné la traduction de la Symbolique du docteur Creuzer. Mais la science des religions ayant ftiit, depuis trente ans, d'incontestables progrès, cette œuvre importante, qui restera toujoui's un monument de remarquable énidition, peut paraître aujourd'hui arriérée sur plus d'un point. La plupart des erreui's qu'elle renferme ont déjà été rectifiées, il est vrai, par M. Maury, dans son livre sur les Religions de la Grèce antique; livre substantiel, riche de faits, et qu'on ne cessera de consulter avec profit. Mais ce savant s'est proposé un dessein un peu différent du nôtre. Le second et le troisième volume de son ouvrage sont consacrés, l'un aux institutions religieuses de la Grèce, l'autre à l'étude de l'influence que les cultes étrangers et la philosophie ont exercée sur les croyances populaires des Hellènes. Le premier volume seul est une Mylhologic proprement dite : encore

II AVAiNT-PKOPOS.

M. Maury s'est-il borné à y retracer, à grands traits, un tableau général des religions de la Grèce, aux différentes époques de son histoire. Un exposé complet, détaillé des légendes des dieux et des héros n'entrait pas dans son plan.

L'étude de ces légendes a été, au contraire, notre principal objet. Nous avons essayé d'en faire l'histoire, en remontant, autant que possible, à leurs formes grecques les plus anciennes, pour en indiquer les variantes et pour noter les modifications qu'elles ont subies dans le cours du temps. En composant ce travail, nous avons surtout songé à offrir aux amis de l'antiquité grecque un secours utile pour l'étude des tt^xtes, de ceux des poètes en particulier,* où la mythologie tient une si large place.

Il nous a paru, en même temps, que nous ne pouvions laisser ignorer à nos lecteurs les interprétations diverses qui, dans ces derniers temps, ont essayé de rendre compte des fables «grecques et d'en expliquer l'origine. Nous sommes de ceux qui pensent que la plupart des fictions mythologiques de la Grèce ont eu jadis un sens, qu'elles recouvrent une véritable poésie de la nature dont le secret se dérobe souvent, mais peut quelquefois se laisser pénétrer. On trouvera donc ici, à côté de l'exposé des faits, certaines tentatives d'interprétation. Les personnes versées dans la mythologie comparée nous trouveront sans doute trop timide. Celles qui sont étrangères à cet ordre d'études et les esprits rigoureux qui n'admettent aucune assertion qui ne soit appuyée de preuves indiscutables, nous accuseront de témérité. On trouvera certainement ici plus d'une hypothèse qui prête à la critique. Mais les hypothèses peuvent-elles être complètement écartées d'une science comme la science mythologique qui, par sa nature même, ne saurait prétendre à une précision mathématique?

Bien que nous nous soyons imposé le devoir de toujours recourir aux sources, nous nous plaisons à reconnaître ici ce que nous devons à nos devanciers, et particulièrement aux travaux de Gerhard, de Welcker et de Prellcr. La Mytholoyie grecgm de ce dernier surtout, si justement estimée, méritait, à certains égards, de nous servir de modèle. Aux renvois fréquents que

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