De defeci. orac., 14; 2i.Qu€e8t. Gr
90t6oç, c'est-à-dire vraiment brillant, vraiment pur et sans tache. A son tour, il devait appliquer aux hommes le remède qu'il s'était appliqué à lui-même. Le meurtrier fugitif, repoussé de la cité, exclu de la participation aux rites religieux, poursuivi par les Érinyes, en proie à l'égarement, ne se sentait pas à jamais perdu. S'il s'approchait d'Apollon en pénitent et en suppliant, il était sûr d'être accueilli par lui. Il savait que le dieu tenait en réserve des purifications pour laver son crime. Arrosé du sang de la victime expiatoire, touché du rameau de laurier sacré qui chassait les impuretés dont il était revêtu, il était désormais placé sous la protection du dieu bon et miséricordieux, dont il devenait le serviteur, jusqu'au jour oii l'expiation était suffisante et où il pouvait reprendre sa place dans la vie commune ^ Apollon était donc vraiment le dieu sauveur (aa)TY]p), comme on l'appelait : il était le réparateur des crimes, le rédempteur du mal moral '. C'est à ce point de vue sans doute qu'il parait avoir joué un rôle dans la doctrine des Mystères, et que, sur certains vases peints, on le voit accueillir aux enfers les âmes des initiés'.
L'idée de purification était inséparable de la religion d'Apollon et s'exprimait dans les principales solennités de son culte. A la fête des Delphinia^ une troupe de jeunes filles, dans l'attitude et le costume de suppliantes, tenant des rameaux à la main, se rendait en procession au temple du dieu où elles étaient l'objet de rites purificatoires *. A la fête des Thargèlia^ un homme et une femme, choisis sans doute paimi les criminels de l'année, étaient les victimes expiatoires de la cité qui, en les chargeant de toutes les fautes commises et en les sacrifiant à Apollon, croyait se rendre agréable au dieu xadàpatoç, à qui toutes les souillures font horreur. Primitivement, ces criminels étaient amenés sur le bord de la mer, où ils étaient égorgés ; leurs corps étaient brûlés; les cendres en étaient dissipées au vent ou jetées dans les flots. Mais, avec l'adoucissement des mœurs, il est probable qu'on se contenta de prononcer contre eux une sentence de bannissement, et de les précipiter du rivage dans la mer, où ils étaient recueillis et transportés hors des limites de la contrée *. C'est ce qui arrivait à Leucate. Un antique usage religieux voulait que chaque année, au jour de la fête d'A-