CHAPITRE X
Les hardiesses de rimaginalion orientale s'allient aux grâces propres du génie hellénique dans le mythe de la naissance d'Aphrodite, tel qu'il est raconté par le poëte de la Théogonie. Quand Cronos, de sa tranchante harpe, a mutilé son père, il jette dans la merles dépouilles de la virilité d'Ouranos. Ces divins débris flottent longtemps à la sur* face des flots; autour d'eux s'amasse une blanche écume où nait et grandit une vierge. Sur la côte de Chypre, la déesse sort des flots : elle aborde ; sous ses pieds délicats croit aussitôt une merveilleuse végétation ^ C'est Aphrodite Anadyomène^ celle que les poètes et les artistes aimaient à représenter émergeant du sein de la mer dans l'éclat de sa virginale candeur, le corps tout ruisselant de l'onde salée, parée de sa noble nudité, tordant sur le sable du rivage sa blonde chevelure. C'était, disait-on, le souffle humide du zéphyre qui avait fait glisser sur les vagues son berceau mouvant; ou bien c'était une coquille marine qui l'avait apportée'* et qui s'était ouverte sur les rives de Chypre pour y déposer son précieux fardeau. Là, elle avait été reçue par les Heures qui avaient jeté autour de son cou un collier étincelant, orné sa tète d'une couronne, et l'avaient conduite dans le palais de