‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 175 sur 550 · Cicer., De Nat. D., HI · texte numérisé non relu

Cicer., De Nat. D., HI

6. A l'Acro-Corinthe, sur le mont Éryx, sur la Larissa d'Argos (Ilesych. Àx^^ce), à Cnîdc, (Aphrodite àxpaiu. Pausan., 1, 1, 3). Cf. Theocr., Idyll., VII, 116.

7. Pervig. Veneris, 15. Cf. les usages de sou culte à Paphos (Tacit., Hist., II, 3. Ml, Nat.Anim., X, 50).

leu HVTHOLOOEE DE LA ORËCE ANTIQUE.

serait élevée, avec le temps, au rang d'une déesse de la beauté et de l'iimour'. Si nous avions affaire à une divinité purement hellénique ou d'origine arienne, cette interprétation serait assez vraisemblable; mais qui pourrait dire dans quelle mesure les Grecs sont restés fidèles aux traditions que la Phéuicie leur avait transmises au sujet de la Déesse Céleste; et, si l'on admet que cestradilions ne se sontjnmais entièrement perdues, la conception de l'aurore sunit-elle à rendre compte des caractères multiples de la déesse orientale adoptée par la Grèce? A notre avis, la signilicationd'Apbrodite a été, très-anciennement, moins précise et beaucoup plus large.

Sa puissance n'éliiit pas limitée d'abord, comme elle le fut plus tard, au cœur de l'homme. Elle embrassait la nature entière dont elle féconde lavie, qu'elleanimede sa joie. Lucrèce, dans sa magnilique invocation à Vénus, se fait l'écbo fidèle des sentiments et des idées poétiques des Grecs. A l'aspect de la brillante déesse , « les venis s'enfuient, le ciel apaisé verse des toiTenls de lu- V'^^T^^y ^^^iJ^ fH / "l'fi"'- I-cs flots de la mer lui sourient. » Elle règne en maîtresse sur l'clémenl mobile et capricieux où elle a été jadis enfantée, qui l'a bercée à sa naissance. Montée sur un hippocampe (fig. 54), escortée de la troupe folâtre des Tritons et des Néréides, associée au culte du dieu de la mer % elle est la déesse •{lùxi^x•.r^ quî apaise les vagues furieuses, la déesse EvxXsia qui pousse doucement les vaisseaux au terme de leur course, et dont les symboles sont le cygne et le dauphin'. Sur terre, c'est dans la sève qui anime les jeunes pousses, c'est dans le luxuriant éclat du printemps qu'elle révèle sa puissance. A l'iieure où se célébrait l'hymen de Zeus et

1. JVoih'. Uçom lur la tcience du tangage, l. Il, p. Oû-97 clo la tnd. do MH. Ptrrot et

3. A Ëgine, )>■]' riomple (Plut. Qaœtt- Gr., 41. Alhen., \III, 55, 5D).

3. Ce caractère tiiarin d'Aphrodite est dérivé ilc l'.isic. A Ascaloa, la divssv Derkclo était représentée demi -feiiinic et ilciiiî -poinaon (Diod.. Il, 4 ; Luc,. Dt Dca Sijrîa, li). Le culte d'Aplimlite marine élnît lrès-ré|iiiiidu sur les lAtei de la Héditci'iluéc, jusqu'à Htrscillc (Corp. Sntcr. Gr., 6789) et à l'orl-Vendres (Porlia Ventru). SItph, Byi-, 'Afptiatxt. De même m Antibes [Htv. Àrch. Nouv. sér., XV. p. 360).]

Fig, 54.

d'Hèra, où, suivant les belles expressions d'Eschyle, le Ciel amoureux de la Terre versait dans le sein de sa divine épouse les pluies fécondantes, Aphrodite couronnée de myrte et de roses, adorée dans les jardins et dans les frais bosquets ^ présidait à cette joyeuse renaissance de la végétation qui lui devait sa vie nouvelle. Ce caractère de la déesse est très-nettement marqué dans le mythe syrien de son amour pour Adonis; mythe dont la signification est des plus transparentes.

Adoîiis * est Timage du printemps conçu comme un adolescent à la merveilleuse beauté, chéri d'Aphrodite-Astarté dont la puissance anime toute la nature végétative. C'était au retour des beaux joui*s, dans Téclat et la fécondité de la vie printanière, que les deux amants consommaient leur voluptueuse union. Mais Adonis, comme Attis en Asie, comme Linos en Grèce, n*aura qu'une existence éphémère : sa beauté, dans sa fleur, sera moissonnée par la mort. A la fin de Tété, quand les plantes, brûlées par les feux solaires, se dessèchent et penchent vers le sol leur tige flétrie, le beau jeune homme s'en va dans le monde invisible. Il descend au tombeau, d'où il ne sortira qu'au printemps suivant. Cette joyeuse vie, cette fin prématurée, ce retour à la lumière, étaient rappelés dans les fêtes qu'on célébrait périodiquement en l'honneur d'Adonis. Des rives de la Syrie aux côtes de l'Attique, les femmes pleuraient le dieu mort avec des sanglots et des cris aigus ; elles saluaient des accents éclatants de leur joie le dieu ressuscité. A Byblos, le premier jour, on offrait à Adonis des sacrifices funèbres; devant son tombeau, ses adoratrices se frappaient la poitrine en gémissant. Le lendemain, on disait qu'il était revenu à l'existence '. A Alexandrie, son culte présentait les mêmes contrastes. Sur un lit de pourpre reposait Adonis, jeune homme de dix-huit ans, dans toute la grâce de la vie ; à côté de lui était étendue Aphrodite, sa céleste amante. La couche de l'adolescent était ombragée d'un verdoyant bosquet ; près de lui, on avait accumulé les fruits mûrs des arbres et mille offrandes e forme d'oiseaux et d'animaux. Dans des corbeilles d'argent, des plantes à la hâtive et brillante végétation réjouissaient les yeux du dieu et de son épouse. Ainsi était figuré le printemps, saison de leur heureuse union. Le lendemain, au lever de l'aurore, les mêmes femmes se ren* daient sur le rivage de la mer, et là, la poitrine découverte, la cheve-

1. Cf. .\phroditn tv x^,noii àÂthèncn; Aphrodite h xali/ioti ou |y iXti, h SamoA. Strab. VIlIi 543. Alhen., Xlll, 31.

2. Adonis est la forme grecque d'un mot phénicien, Adon (maître, seigneur) épith^te de plusieurs dieux en PJiénicie. Sur Adonis, voir Engel, Kypros, t. \\, p. 536-643; Movers, Phœn., I. 191-253; Brugsch, Adonisklage und Unosli&i; Manuhai-dl, Antike Waldtaid Feldhdte, 273-290.

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