I. — LES ORIGINES DE l/HUMANITÉ
La Théogonie, qui nous retrace un tableau si précis des différenles phases de la formation du monde et de la succession des générations divines, est cependant une genèse incomplète. Elle reste muette sur une question capitale: celle de l'origine de l'espèce humaine. L'imagination grecque, dans sa curieuse activité, avait cependant cherché à s'expliquer la naissance de l'homme. Mais ce problème n'avait pas trouvé une solution unique, qui eût le caractère d'une doctrine et dont le poète hésiodique pût s'emparer ^
La conception qui paraît la plus ancienne est celle qui fait sortir rhomme, comme tous les autres êtres, du sein de la nature. Mais quels furent les éléments déterminés qui lui donnèrent la vie ? Il y avait à ce sujet plusieurs réponses dont la variété correspond à celle des régions où s'établirent les premières populations de la Grèce. Pour les habitants des côtes et des îles, l'Océan qui, chez Homère, est le générateur de tous les êtres, avait sans doute enfanté les hommes aussi bien que les dieux. Dans les vallées fécondées par les eaux, ce sont les fleuves qui ont été les ancêtres des héros éponymes. En Argolide, Phoronée, le premier homme, est le fils d'Inachos*. En Béotie, Alalcoméneus est le premier être humain « dont la tête se soit élevée au-dessus du marais formé par le Céphise'. » Le plus souvent cependant, dans l'in-
4. Sur ce sujet, voir Prellcr, Die Vorstellung der Alfen, besonden der Criechen, von dem Vrsprunge und den àllesten Schicksalen des menschlichen Geschlechts [Philologus, VU, p. 1-601, et la thèse de M. Itouché-Leclercq, Placita Grœcorum de origine generiê humani, 1871.