Légende de Gadmos
les grâces d'une vierge ». Parée par Athèna, embellie par Aphrodite, les Charités et les Heures, Pandore est envoyée en présent à Épiniéthée^ C'est ainsi que, dans le conte égyptien des Deux Frères, Nouin, l'artiste céleste, le céramiste divin, fabrique une jeune fille d'une beauté merveilleuse, qui est offerte pour femme à Batou*. Si le mythe de Pandore parait d'origine étrangère, il a du moins acquis en Grèce un caractère particulier. Hésiode lui attribue une signification morale et satirique très-déterminée. La première femme est le don fatal fait aux hommes pour les punir du larcin du feu exécuté par Prométhée. Son apparition sur la terre est le signal de tous les maux. Avant elle, la race humaine vivait exempte de maladies et de douleurs : quand Pandore eut soulevé le couvercle du vase fatal, tous les fléaux s'en échappèrent pour se répandre sur les mortels: l'Espérance seule y resta captive '.
L'argile mouillée ayant été la matière dont l'artiste divin a fait le corps de la femme, on serait tenté de supposer que telle a été aussi la formation du corps de l'homme. Mais rien, dans le texte de la Théogonie^ ni dans les plus anciens monuments de la littérature grecque, ne nous autorise à affirmer l'existence d'une pareille tradition. Plus tard seulement, Prométhée est représenté dans le rôle d'Héphaestos, pétrissant le limon de la terre d'oii sortira l'homme; mais cet être auquel le génie bienfaisant du feu donne la forme et la vie n'est que l'ancêtre de la race nouvelle née après le déluge de Deucalion ; il n'est pas le premier de son espèce. La question de l'origine deThomme n'est donc pas résolue par cette légende. En réalité, l'existence de la race humaine fut pendant longtemps considérée comme indépendante de celle des dieux. Les dieux et les mortels, suivant Hésiode, ont une commune origine ^. « Hommes et dieux, disait Pindare, nous sommes de la même famille ; nous devons le souffle de la vie à la même mère » '. Enfants communs de la nature, les habitants du ciel et ceux de la terre vivaient donc à l'origine dans une sorte d'égalité ; ils formaient une société dont témoignent l'histoire de Tantale et le partage primitif des biens du monde à Mècone^ Admis d'abord dans le commerce des dieux, les hommes n'en furent exclus qu'à la suite des fautes où les entraînèrent leur présomption et leur violence. Devenus inférieurs aux immortels, ré* duits désormais à trembler sous leur autorité, ils étaient autrefois leurs
i. lies., Op. et D., 60, sqq.
2. Voir la traduclion de ce conte, par M. Naspei-o, dans la Hevtie archéologique. Mars