‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 315 sur 550 · Pansan., YIII · texte numérisé non relu

Pansan., YIII

DÈMËTER ET PERSÉPHONE. 540

OU la lumière qui court dans le ciel ^ ; pour Kuhn et son école, c'est la nuée orageuse, et sa Olle Dâsapatni, c'est l'eau du nuage*. De ces deux sens divers de la Saranyû védique découlent deux explications du mythe arcadien, très-différentes l'une de l'autre, et entre lesquelles il serait téméraire de choisir quand on n'est pas directement initié à la science des Védas. Peut-être serait-il plus simple de chercher le rapport de ce mythe local avec la nature du sol de TArcadic. Dans ce pays, plus que dans tout autre canton de la Grèce, l'union de Dèmèter et de Poséidon, de la terre et de l'eau, présente des phénomènes frappants. Les torrents qui descendent des montagnes et qui sont sans cesse alimentés par les neiges, rencontrent souvent en Arcadie des bassins complètement fermés où les eaux s'amassent et forment des lacs, comme celui de Phénée par exemple ; quelquefois, trouvant devant elles une barrière impénétrable, elles s'engouffrent dans le sol et se creusent une route souterraine par où elles vont se déverser dans des vallées inférieures ou dans la mer qui n'est pas loin. La vue de cette eau qui pénètre violemment dans le sein de la terre a pu suggérer aux Pélasges arcadiens l'image poétique de la violence faite à Dèmèter par Poséidon ; et l'idée de la colère de la déesse qui met au monde Despoina, la reine infernale, se rattache peut-être à l'idée de ces profondeurs ténébreuses du séjour des morts, qu'arrose le fleuve arcadiendu Styx*.

Un autre mythe, beaucoup plus simple, est celui dont nous trouvons la première expression dans VOdyssée^ et que reproduit ensuite la r/t^o^onie hésiodique. Dèmèter, disait-on, s'étiiitun jour unie d'amour au héros Jasion, dans un champ trois fois labouré : le fruit de cette union avait été Ploutos*. Le héros Jasion^ c'est sans doute le semeur primitif; Ploutos, c'est la richesse, et nous n'avons ici qu'une image de l'énergie productive de la terre cultivée, qui des semences jetées dans son sein fait germer et grandir de riches moissons. Ces premiers témoignages nous montrent dans Dèmèter une divinité de la terre travaillée par l'homme, une déesse du champ labouré, et ainsi elle se distingue nettement de Gœa et de Rhéa. Déjà le poêle homérique en fait une divinité qui préside aux travaux agricoles : « C'est la blonde Dèmèter, dit-il, qui, à l'aide du souffle des vents, sépare le grain de blé de son enveloppe légère; » et pour désigner le pain, il emploie l'ex-

i. TheSaturdaijRevifW, 1858, p. 114, et Nouvelles leçons sur la science du langage, l. II/p. 228-231 de la Iraduclioii française de MM. Gcoi-ges Perrol et llarris.

2. Zeilschrift fur vergleichende Sprachforschung, I, 45G. M. A. Maiiry a adopté cette interprétation (Heligions de la Gréées l, p. 85).

3. Voir plus loin, an chapitre sur les Enfers, les détails qui concernent le Styx. i Odyss., V, \'Ib;Theogon,, v.960.

pression AYifjnfjTspo; (xxty;, « le grain broyé de Démêler *. » On voit combien le nom de cette divinité avait, à Torigine, une signification précise et limitée.

Cette signification se conservera pendant longtemps dans les campagnes de la Grèce, même quand la religion éleusinienne sera dans son

plus vif éclat. Les fêtes populaires de Dèmèter correspondront toujours aux occupations les plus imporUintes de la vie agricole, que les paysans aimaient à placer sous une protection divine *.

Avant le labour, ils adressaient leurs prières à Dèmèter UpzTtpzQia ; au printemps, quand les semences commencent à lever, quand la pointe verdoyante du blé perce le sol, c'est Dèmèter Chloè (verte) qu'ils invoquaient. Plus tard, après la moisson, dont ils offraient les prémices à la déesse, ils célébraient la fête des Alôa, ainsi nommée de Taire où Ton bat le blé.

Cette fête, qui s'appelait encore les Thalysia, était l'occasion de festins et de divertissements que la septième idylle de Théocrite fait revivre pour nous dans leur cadre champêtre. Parmi les nombreuses épithètes données à Dèmèter', plusieurs rappelaient les différents aspects du blé, depuis le moment où il apparaît à la surface du sol, jusqu'au jour où il est amoncelé en tas dans le grenier du laboureur*. C'était également aux champs de blé qu'étaient empruntés les attributs qui distinguent d'ordinaire les représentations de Dèmèter : Pépi et le pavot rouge, que nous trouvons sculptés avec d'autres ornements végétaux sur divers monuments, entre autres sur le calathos, la haute corbeille que porte la tête colossale d'une caryatide de Dèmèter, provenant des ruines d'Eleusis, et qui est aujourd'hui à Cambridge* (lig. 105).

1. îliad., V, 500 ; XIH, 322. La même expression se lencontre souvent dans les Travaux et les Jours, yen 32, 460, 597, 805, elc.

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