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CHAPITRE II

DÉMÈTER ET PERSÉPHONE

Démêler se présente dans la mythologie grecque sous un double aspect. Tantôt, suivant l'étymologie vulgaire du mot, elle est la Terre- Mère,, la divinité dispensatrice des fruits du sol et en particulier du blé, nourriture principale de Tliomme. Tantôt, elle est la terre considérée dans ces profondeurs mystérieuses où s'élabore la vie des végétaux, où s'étend en même temps le monde ténébreux de la mort. Dans ce dernier cas, Dèmèter est inséparable de Corè ou Perséphone, et elle préside avec elle à la religion d'Eleusis. Son culte a donc eu, en Grèce, à la fois un caractère simple et un caractère mystique que nous allons successivement étudier.

La terre nourricière a dû être, on le comprend facilement, l'objet de Tadoration des premières tribus agricoles qui se sont fixées sur le sol de la Grèce. Si, dans les poëmcs homériques, Dèmèter ne joue aucun rôle, si son nom même y est rarement prononcé, c'est que celte déesse des paysans et des laboureurs ne s'était pas encore élevée à la dignité des nobles divinités honorées par les tribus héroïques dont l'action remplit Ylliade et VOdyssf^e, Mais Dèmèter, dédaignée de l'épopée, avait sans doute trouve depuis longtemps en Grèce un culte et des fidèles. Des traces de ce culte primitif se retrouvaient plus tard dans certaines contrées sauvages et montagneuses, restées étrangères par leur situation aux bouleversements politiques qui avaient renouvelé ou mélangé la population dans le reste de la Grèce, et où par conséquent s'étaient fidèlement conservées les plus anciennes traditions religieuses. A Dodone, quand les prétresses du Jupiter pélasgique, les Péléiades, chantaient les paroles suivantes : « C'est la Terre qui fait sortir les fruits du sol, donnez donc à la Terre le nom de Mère S » le sens, sinon la forme même de cette invocation, devait remonter jusqu'aux Pélasges. A Phigalie, en Arcadie, le sanctuaire de Dèmèter ou Dèo (Ay;w)

i. rz /.xpnoMi kvlîi, Gtb x>>!ÇeTS /laripot Taîxv (Pausnn. X, 12, 10).

était une caverne et son image une grossière idole dont les formes étranges sont pour nous l'indice d'un culte tout à fait primitif. Cette image consumée jadis par le feu, et remplacée par une statue d'airain due au ciseau d'Onatas d'Égine, un des prédécesseurs de Phidias, représentait la déesse avec un corps de femme, mais avec une crinière et une tête de cheval, autour de laquelle s'enroulaient et se dressaient des serpents. Le caractère monstrueux de cette représentation s'expliquait par le mythe qui racontait le commerce amoureux de Dèmèter et de Poséidon : union d'où le cheval Arion était né*. Or, ce mythe a un sens qui ne parait pas douteux. Poséidon, l'élément humide partout répandu dans la nature, c'est l'eau qui embrasse la terre et la pénètre ; le cheval, d'après une image que les mythes grecs ne cessent de reproduire, c'est la source qui jaillit, en bondissant, du sein de la terre fécondée par le dieu des eaux, de même que les dragons aux replis tortueux rappellent le cours des torrents. Les habitants de l'Arcadie avaient donc été frappés du spectacle des sources que la terre laissait jéchapper pour les abreuver et pour féconder leur sol. La vue des cavernes de leurs montagnes, de la ténébreuse horreur où ils supposaient que résidait la déesse, les avait amenés aussi à donner à Dèmèter le titre de Dèmèter la Noire, épithèle dont le sens s'était perdu, quand plus tard on cherchait à l'expliquer par les vêtements de deuil qu'avait portés la déesse inconsolable de l'enlèvement de Perséphone.

On racontait encore en Arcadie, au sujet de Dèmèter et de Poséidon, une autre légende qui est une variante de celle que nous venons de citer. Le dieu avait pris la forme d'un cheval pour s'unir à Dèmèter qui, fécondée malgré elle, avait donné le jour à une fille : Despoina, dont le nom, identique au sanscrit Dâsapalni, qui signifie « la maitresse (des esclaves), » se confondit plus tard avec celui de Perséphone, considérée comme la maîtresse et la reine des enfers. Dèmèter, ajoutait la légende, après avoir subi la violence du dieu des eaux, avait été en proie à une vive colère ; de là le surnom de Dèmèter-Érinys ou Dèmèter irritée, qu'elle portait en Arcadie*. Le sens naturaliste de ce mythe nous échappe en partie. Les indianistes ont tenté de l'expliquer : y ont-ils réussi?

M. Max Mûller est d'accord avec Adalbert Kuhn et d'autres savants versés dans l'étude des Yédas pour identifier le mot grec Èrimjs, donné comme épithète à la Dèmèter arcadienne, au mot sanscrit aSVïranyû. Mais, sur Tinterprétation de ce dernier mot, les mêmes savants ne s'entendent plus. Pour Max Mûller, Saranijû est l'Aurore

i. Pausan., VIII, 42.

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