‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 366 sur 550 · Alhen.y U, p · texte numérisé non relu

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du vin nouveau qui coule à llots^des grappes foulées. Les xVtliéniens avaient élevé, en effet, à Dionysos, dieu du pressoir (Xr^varo;), un sanctuaire spécial (Ar^vaTov) dans le quartier de Limnje, et c'est autour de ce sanctuaire que se concentrait la fête. Quand on avait offert au dieu, dans son tenq)le, les prémices du vin, on se réunissait à un banquet dont rÉtat faisait les frais, et Ton s'y abreuvait à longs traits des présents du dieu; après quoi toute la troupe joyeuse, la pompe de Lènée, comme on l'appelait (r; IttI Ar^vaio) zcixTnf)), s'ébranlait et s'avançait en procession tumultueuse à travers la ville, chantant d'abord les louanges de Dionysos, entonnant en chœur le dithyrambe enthousiaste et passionné, mais bientôt éclatant en plaisanteries et en folles gaietés. Moulés ordinairement sur des chars, les* adorateurs de Bacchus, le cerveau enfumé du vin nouveau, se faisaient une guerre impitoyable de sarcasmes et d'injures; les dialogues se croisaient parmi la foule avec un entrain, une vivacité de saillies et une verve grossière que rappellent en partie les traditions du carnaval moderne. Ce qui redoublait la gaieté, c'étaient les déguisements, les travestissements des acteurs de ce drame naïf : les uns, la figure barbouillée de lie ou colorée de minium, habillés en Satyre ou en dieu Pan ; d'autres montés sur des ânes, comme Silène, et agitant des grelots d'airain; d'autres couverts de peaux de cerfs ou de moutons, la tète couronnée de lierre et portant en guise de barbe des feuilles de chêne. Et toute cette étrange mascarade s'agitait, trépignait et remplissait de danses grotesques les intermèdes du chœur bachique. La comédie tout entière, on le comprend facilement, était en germe dans une pareille fête.

La religion de Bacchus, dont les Dionysies champêtres et les premières Lènées nous donnent une idée si simple, se complique déjà d'éléments nouveaux dans une autre fête athénienne, de date plus récente probablement, mais qui remonte cependant assez haut; celle des Anlheslèries, Ce moi expressif signifiait en grec : les fêles fleuries, à peu près comme on disait autrefois chez nous en parlant de l'époque de Pâques : « ù Pâques fleuries ». Ces fêtes se célébraient au mois Anthestèrion, dont le nom exprime la même idée, à un moment qui correspond à peu près à la lin de noire mois de février; moment où, sous le ciel favorisé de l'Attique, éclosent les premières fleurs. Ces fêtes nationales, communes à toute la race ionienne S ne duraient pas moins de trois jours, dont chacun était marqué par des cérémonies distinctes : elles se célébraient le onze, le douze et le treize du mois Anthestèrion.

i. Tliucyd., l\, lu. Aussi fuisuit-uti rciiioiilci' à Ainpiiiclyun l'urigiiic de ces leles.

Le premier jour rappelait encore la conceptipn primitive de Dionysos, dieu du vin. Ce jour-là, on commençait à tirer, des outres et des vases où il avait passé Thiver, le vin de la dernière récolte. On mettait, comme nous dirions, les tonneaux en perce : de là le mot de x'.ôoiYtx qui servait à désigner cette première période de la fête. Tous les habitants de TAttique sans exception, citadins et campagnards, maîtres et esclaves, dégustaient alors le vin nouveau. Devant Bacchus, tout le monde était égal : égalité d^un jour, car après la fête, le maître pouvait dire à ses esclaves, avec le proverbe : « Hors d'ici, Carieus, les Anthestèries sont passées ^ »

Le lendemain, qui était le jour principal, la fête revêtait un carac* tère sacré et national. On se réunissait d'abord à un grand banquet public, où chaque convive avait devant soi une mesure pleine de vin pur. Cette mesure, qui contenait environ trois litres, s'appelait ^cu; : de là le* nom de ybi^, donné au second jour des Anthestèries. Quand chacun était en place, c'était la trompette qui donnait le signal de la lutte entre les buveurs, comme nous le voyons par les vers suivants que prononce le héraut public dans les -4cAarniens * : o Écoutez, citoyens; selon Tusage national, buvez vos mesures de vin au coup de la trompette; celui qui le premier aura vidé la sienne recevra une outre de Ctésiphon. » Les récompenses de ce singulier concours étaient sans doute distribuées par l'archonte-roi qui présidait le banquet où il représentait les rois mythiques d'Athènes, fondateurs supposés de cette institution nationale. Mais les assauts des buveurs et leurs prouesses n'étaient pas tout; la fêle avait un caractère plus noble. Chaque convive était arrivé au banquet, la tête couronnée de guirlandes composées des fleurs nouvellement écloses sur les rives de l'ilissos et du Céphise; et, après le festin, toute cette foule fleurie s'acheminait lentement vers le sanctuaire du Lènœon, où elle déposait ses couronnes qui étaient aussitôt consacrées par la prétresse à la divinité. Ce n'était donc plus seulement le dieu du vin que l'on honorait en Dionysos ; ce n'était même pas uniquement la fleur de la vigne dont on saluait alors l'apparition : cette fête était celle de toute la floraison printanière, et Dionysos devenait ainsi une des grandes divinités de la germination et de la production.

Ce jour était le seul de Tannée où le Lènaîon restât complètement ouvert à la piété des fidèles. Tandis que la foule se pressait sous le portique et sous le péristyle du temple, et qu'elle débordait dans toute

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