I. -. NAISSANCE ET ENFANCE D'HÉRACLÈS. -- SA LÉGENDE THÉBAINE
En abordant Tétude de ia légende d'Héraclès, on est tout d*abord frappé de la singulière variété et de la richesse vraiment extraordi* naire des aventures qui la composent. Dans tout Tensemble de la mythologie grecque, il n'est pas un héros, il n'est pas même un dieu qui ait été l'objet de traditions aussi nombreuses et dont l'histoire soit aussi longue. La multiplicité de ces traditions et la diversité de leur provenance nous autorisent à supposer qu'originairement elles ne se rapportaient pas toutes à un seul et même personnage divin, mais qu'Héraclès, grâce surtout aux migrations des Doriens dont il était une des grandes divinités S s'est enrichi, avec le temps, des actions prêtées à d'autres héros dont la naturo était analogue à la sienne. La confusion qui s'est produite assez tôt entre l'Héraclès grec, le Sandon lydien, le Melkarth phénicien et d'autres dieux étrangers, a d'ailleurs notablement contribué à augmenter cette complexité de la légende héracléenne. Non-seulement chaque région de la Grèce propre, depuis la Thessalie jusqu'au cap Ténare, a apporté sa part à cette légende ; les actions merveilleuses du héros ont encore pour théâtre la plupart des contrées du bassin de la Méditerranée ; elles s'étendent du pays septentrional des Hyperboréens aux côtes de la Libye, depuis la Phénicie jusqu'à l'extrême occident connu dos anciens, jusqu'au détroit de Gadès. Il faut donc s'attendre à trouver dans cette légende un certain nombre d'éléments étrangers à la Grèce. Les limites imposées à notre travail ne nous permettront pas de nous arrêter sur cette
i. Voir 0. Mailer, die Dorier, I, 411-458.
question délicate. Nous devrons surtout nous efforcer de faire ressortir les caractères essentiels de l'Hercule grec.
Bien que les mythes qui le concernent soient répandus presque partout à la surface de la Grèce, ils paraissent cependant s'être élaborés surtout, comme l'avaient remarqué les anciens S dans deux centres principaux : Thèbes et Argos. C'est à Thèbes que se placent la naissance et la jeunesse du héros ; c'est aux traditions d'Argos que se rapportent, d'une façon plus ou moins directe, ses douze travaux.
L'étymologie du mot 'HpaxXtjç est incertaine ; les diverses explications qu^on en a données ne peuvent être considérées que comme de simples hypothèses*. La généalogie du héros est un peu plus significative. Né à Thèbes, de l'union de Jupiter et d'Alcmène, il se rattachejà Argos par son origine. Il a pour ancêtre Persée, le héros solaire de TArgolide. Un fils de Persée, Alcaeos (le fort), a été le père d'Amphitryon (l'infatigable). Celui-ci sans doute, suivant la tradition la plus générale, n'est que le mari de la mère d'Héraclès dont Jupiter a été le générateur. Mais il parait aussi avoir été quelquefois considéré comme le père du héros' : ce que semble indiquer le surnom d'Alcidès (petit-fils d'Alcasos) si souvent appliqué à Héraclès. Un autre etifantde Persée, Électryon (le brillant, l'étincelant) a été le père d'Alcmène (la forte). L'idée de force qui est inhérente à tous les descendants de Persée, puisqu'elle se retrouve dans les noms de Sthénélos et d'Eurysthée, appartient donc essentiellement à Héraclès, en même temps que le nom de son aïeul maternel Électryon^ éveille l'image d'un météore lumineux.
Les plus anciens témoignages que nous possédions au sujet du mythe de la naissance (VRéraclès nous sont fournis par un passage du dix-neuvième chant de V Iliade et par un fragment des Grandes Êées^ inséré au début du petit poëme hcsiodique du Bouclier d'Héraclès. D'après ce dernier texte*, le maître des dieux « voulant se donner un fils qui fût un jour pour les immortels comme pour les humains un protecteur puissant, descend de l'Olympe dans la ville de Thèbes où,