V. Wi Ickcr. AItt Denkmâler. l. JII, p. 41W1C
4. Gerhard, Auierlei. l'ateMlittr, pi. OR; TrinluchaUn, pi. tb,
5. Corp. Uacr.. ii- 2314; 3069, I. 22-23. Cf. Pauwn., VIK, 32, 2. 0. riin.,tfiif.»iif., XXXV. 60.
HERACLES. 511
pour que se sagesse se répandit sur toute l'étendue de la terre. N'a-t-il pas été Texterminateur des monstres, le cliàtieur des tyrans, le libérateur des esclaves, le législateur des hommes libres, le régulateur de la justice, rinventeur des lois, Thomme aux paroles véridiques, aux actions droites ^ » Ce n'est évidemment que par suite d'une lente et graduelle transformation que Tllcrcule légendaire, dont nous avons résumé l'histoire, a pu devenir, vers la fin de l'hellénisme, un bienfaiteur de l'humanité, un redresseur des toris, un grand justicier qui met la force au service du droit. La philosophie n'avait pu idéaliser ainsi le type d'Hercule sans altérer sensiblement le caractère de sa légende. Pour que le héros pût être proposé aux hommes comme un modèle supérieur de moralité, il fallait que la fatalité ne fût plus un élément essentiel du mythe de ses travaux. Les épreuves qui ont rempli sa vie ne devaient pas lui avoir été imposées par un pouvoir tyrannique ; il devait les avoir librement choisies. Telle est, en effet, l'idée à laquelle se sont arrêtés les premiers philosophes qui aient entre j)ris de chercher dans la vie merveilleuse d'Hercule la matière d'un enseignement moral, comme nous le voyons par le célèbre apologue de Prodicos de Céos*. Le sophiste avait imaginé que le héros, au sortir de l'enfance, s'était retiré dans la solitude, délibérant en lui-même s'il prendrait le chemin de la vertu ou celui du vice. A la rencontre des deux roules, s'étaient présentées à lui deux femmes, d'aspect et de costume bien différents : l'une était la Volupté qui lui promettait une vie de délices; l'autre, la Vertu qui ne lui faisait entrevoir le bonheur qu'au terme d'une vie de luttes et de labeurs. Le jeune Hercule ne s'était pas laissé séduire par Tenchanteresse; il avait suivi l'austère vertu, et, pour l'avoir suivie, il avait mérité l'Olympe. Simple et salutaire leçon à l'adresse de la jeunesse, qui était utilement frappée du contraste de la décision prise par le héros grec avec le choix qu'avait fait jadis, dans des circonstances analogues, Paris, le héros asiatique. A côté de l'Hercule de la tradition populaire, on trouve donc en Grèce un autre Hercule, de création philosophique, dont le type devait aller sans cesse s'épurant, jusqu'au jour où il devint, dans l'enseignement des Stoïciens, l'idéal du Sage. Comment cet héroïque lutteur, qui affronte d'un cœur vaillant et d'une àme impassible les plus redoutables épreuves, n'eût-il pas été le héros favori du Portique''?
Celte haute conception, renfermée dans l'ombre des écoles, n'avait
1. Maxim. Tyr., Dissert., XXI, p. 523, Davis. Cf. Plut., Vit, Thés., VI, 8.
2. On sait que nous devons ce récit nux Mémorables (II, 1) de Xénophon. Sur ce sujetj voir Welcker, Kleine Schriflen, II, p. 393 sqq.
3. Pour le développement de ces idées et les textes qui s'y rapportent, on lira avec fruit le chapitre xiv de Y Hercule grec de M. des Essarts.
pu faire oublier au peuple grec les fables traditionnelles, si souvent chantées par ses poètes, de la vie du héros, ni les événements légendaires qui avaient suivi son apothéose. Le mythographe Apollodorc nous a conservé la liste des enfants d'Uéraclès^: nombreuse postérité dont Texistence correspond à la prétention qu^avaient toutes les tribus et toutes les familles doriennes de faire remonter leur origine au héros national qui était Tobjet principal de leur culte. Parmi ces enfants, on distinguait surtout ceux qui avaient été les acteurs d*un grand événement auquel les anciens*, et après eux quelques modernes, ont voulu ^ attribuer un fondement historique : la conquête du Péloponèse par les Héraclides. Le récit de cet événement, en admettant que toute réalité n'en soit pas complètement absente, renferme une si large paît de légende' qu'il est nécessaire d'en résumer ici les traits essentiels.
Après la mort d'Uéraclès, ses fils persécutés par Eurysthée avaient quitté Mycènes et s'étaient retirés, sous la conduite d'IIyllos, chez Céyx, roi de Trachine. Celui-ci ne s'était pas senti assez fort pour les défendre contre le tyran. Les Héraclides avaient donc erré à travers la Grèce du Mordy frappant à toutes les portes, mais partout repoussés, jusqu'au jour où ils avaient trouvé asile et protection dans la généreuse Athènes où régnait Démophon, (ils de Thésée. Eurysthée avait alors envahi l'Attique, mais pour tomber dans la bataille sous les coups d'Uyllos ou d'iolaos, l'ancien compagnon et le neveu d'Héraclès^. La mort d^Eurysthée ouvrait aux Héraclides le libre accès du Péloponèse dont ils font la facile conquête et où ils s'établissent. Mais, au bout d'une année, une peste ayant éclaté dans la péninsule et l'oracle de Delphes ayant attribué ce fléau au retour prématuré des fils du héros, ils sont de nouveau forcés de prendre le chemin de l'exil. Ils se retirent en Attique, ou, suivant une autre tradition, chez i£gimios, roi des Doriens', avec le concours duquel ils tentent, sans résultat, de rentrer dans leurs pos* sessions héréditaires. Les mythographes comptent jusqu'à cinq expéditions successives des Héraclides vers le Péloponèse, dont la dernière seulement devait être couronnée de succès.
Celle dernière expédition est dirigée par Téménos, Cresphonte et Aristodème, arrière-petits fils d'Hyllos, qui ont pour alliés Pamphylos