Diotl., lY, 58. Cf. Ilorod., IX
et DymaSf fils d'iËgimios. L'intime union des Doriens avec Héraclès trouvait son origine légendaire dans cette primitive alliance qui expliquait en même temps la division de la race doricnne en trois tribus : les Hylleis, ou descendants d'Hyllos, les Pamphyli et les Dymanes. Cette fois, les envahisseurs ne suivent pas la route de terre. Ils partent de Naupacte sur la côte d'Étolic, pour franchir l'étroit bras de mer qui ouvre l'entrée du golfe de Corinlhe. Avant leur embarquement, un prophète acarnanicn, du nom de Kamos, se présente dans leur camp, et, sous rinspiration d'Apollon, leur fait différentes prédictions. Mais, comme on le soupçonne de complicité avec les Péloponésiens, il est tué par un Héraclide. Apollon venge la mort de son prophète en détruisant la flotte des alliés et en envoyant une famine dans leur camp. L'oracle de Delphes, consulté dans cette pressante nécessité, ordonne Pinstitution d'un sacrifice expiatoire du meurtre de Karnos et conseille aux Héraclides de choisir comme guide de leur expédition un homme qui aurait « trois yeux ». Cet homme se rencontre auprès de Naupacte : c'est TÉtolien Oxylos, qui avait perdu un œil, mais qui était monté sur un cheval, en sorte que la bête et son cavalier possédaient les trois yeux demandés ^ Les alliés réparent donc leurs vaisseaux, abordent sur la côte d'Achaïe, et marchent à la rencontre du fils d'Orestès, Tisaménos, qui régnait alors dans le Péloponèse. Une bataille s'engage où celui-ci est vaincu et tué. Les Doriens et les Héraclides, ainsi devenus maîtres de la péninsule, s'en répartissent entre eux le territoire. Oxylos reçoit PÉlide en récompense de ses services. Le sort donne Argos à Témenos, Sparte aux fils d'Aristodème, Messène à Cresphonte.
Cette légende, quelle qu'en soit d*ailleurs l'origine, justifiait par un titre mythique, M. Grote l'a remarqué', les établissements des Doriens dans le Péloponèse. Les Héraclides, en devenant rois d'Argos, de Sparte et de Messène, ne faisaient, suivant la tradition, que rentrer en possession de leurs domaines héréditaires. Mais, dans cette victorieuse expédition, ils avaient eu les Doriens pour auxiliaires. Les Doriens avaient donc eu droit à une part de la conquête, et plus tard, en mêlant leur^sang à celui des Héraclides, ils étaient devenus les maîtres légitimes d'une partie du Péloponèse. Les incidents de ce récit tendaient à expliquer en même temps l'origine de quelques-unes des institutions des Doriens, telle que la division de leur race en trois tribus et la fête des Karneia qui se célébrait à Sparte. Faut-il aller plus loin et pré-
\. Apollod., H, 8, 3. Pausan., III, 13, 3.
2. Histoire de la Grèce, t. II, p. 230-231 de la traduction française .
MYTHOLOGIE. 3o
tendre y découvrir des réalités historiques? La seule réalité qui a pu se mêler au tissu de cette fable est celle des migrations des Doricns qui, à des époques qu'il est impossible de déterminer, sont descendus de la Grèce du nord, à diverses reprises sans doute, pour venir se flxer dans le Péloponcse. Mais , si la conquête des Doriens, dans un sens très-général, appartient à Thistoire, la conquête des lléraclides, que le récit traditionnel confond avec la leur, rentre évidemment dans le domaine des mythes. Traiter cet événement comme un fait positif serait aussi téméraire que de chercher des renseignements historiques dans le récit de la prise d'Œchalie ou de la destruction de Troie par Hercule. Il est au contraire naturel de supposer que quelques-unes des circonstances merveilleuses dont se compose la vie du héros se reproduisent dans la destinée de ses fils, comme lui persécutés, triomphants comme lui à la suite de longs et pénibles elTorts. L'histoire des Héraclides peut s'interpréter dans le même sens naturel que l'histoire de leur père. On conçoit alors assez facilement comment l'imagination créatrice des fables a pu représenter l'approche de la nuit sous la forme d'une expulsion des fils du héros solaire, comment la réapparition de la brillante lumière s'est confondue, dans le langage mythologique, avec leur retour victorieux ; et comme ces simples phénomènes se reproduisent et se répètent alternativement, on s'explique les tentatives sans cesse renouvelées des fils d'Hercule, la longue succession de leurs revers et de leurs triomphes ^
1. Nous nduplons ici l'in;j^ciiieus(! iiilcrprclalion duiincc pur M. Cox. Myl/wioyy of ifte Anjan ^adom, II, p. 180.