LÉGENDES DE THESSALIE. — LES ARGONAUTES
Circè et de Pasiphaè. Phrixos, parvenu au terme de son voyage, immole le bélier à Zeus çj^is; (protecteur des fugitifs) et fait présent de la riche toison de Tanimal au roi i£ètès, qui la suspend à un chêne, dans un bois consacré à Ares, et gardé par un dragon vigilant. Le roi donne ensuite en mariage à Phrixos sa Glle Chalciopè.
Quelques détails secondaires de ce récit, comme Ta remarqué Otfried MûUer, et après lui M. Grotc, ont leur raison d*étre dans certaines formes locales du culte de Jupiter en Béolie, dans Tusage des sacriGces humains qui parait avoir été primitivement en vigueur chez les Minyens d'Orchomène ^ Il est possible également que Tincident de la famine doive sa naissance à une élymologie populaire du nom de 4>p(§0(;, qui, sous la forme de ^Ppj^oq (rattachée à (ppu-^ù), dessécher), put élre considéré comme la victime expiatoire d*une sécheresse. Mais le fond même de la fable nous parait pouvoir s'interpréter par des phénomènes naturels. Entre les divers acteurs de cette fable, il en est au moins un dont la signification physique est hors de contestation : c'est Néphélè, la nuée personnifiée. Or, dans une autre légende dont il a été question, Néphélè, épouse dlxion, esl la mère des Centaures, génies de Torage. 11 est donc à supposer que Phrixos et Ilellè ont une valeur analogue. Phrixos (celui qui frémit ou qui gronde) ' serait le démon du lonnerre; Ilellè (i'étincelantc) serait une déesse de Téclair '. De plus, le bélier, qui est en rapport si étroit avec la nuée dont il porte les enfants, a un sens mythique assez clair ; on s'accorde généralement à reconnaître dans cet animal une image du nuage pluvieux ^. Dès lors, le mythe s'explique. Le bélier-nuage emporte avec lui Phrixos et Ilellè, le tonnerre grondant et la foudre étincelante. Chemia faisant, il laisse échapper la foudre, qui tombe dans la mer. Il continue à transporter dans toute l'étendue du ciel le héros du tonnerre, jusqu'au moment où celui-ci arrive à la région du soleil, chez iEètès, fils d'Hélios. Là, le bélier est immolé au dieu du ciel lumineux; il ne reste plus de lui qu'une brillante toison, un nuage doré par les rayons de l'astre du jour *.
1. 0. Mûller, Orchomettos und die Minyer, chap. vu, p. 156 et suif. Grote, Hist. de la Grèce, t. 1, chap. vi, p. 146 et suiv. de la trad. de M. de Sadous.
2. Cf. ffpi>s9fa, et les mots provenant de la même racine ^pu.
3. 'EXàvi nous parait devoir se rattacher à la môme racine que tlïvi^ qui exprime une idée de chaleur et d'éclat. Cf. i/ây>7, eiXz$, etc. Voir Curlius, Gnec/i. Elym.y p. 614, 2*édit.
4. M. de Gubernatis (MythoL zooL, l, 427, trad. franc.) fait remarquer qu'en sanscrit le bélier est appelé, entre autre» noms, mesha ou nieha, celui qui verse ou qui répand ; c'est le nuffge urinant. Indra, dit-il, le dieu de la pluie et du tonnerre, est représenté dans la première strophe d'un hynme védi«|ue comme un bélier héroïque. Cf. SchwHrlz, Urspr, d. MythoL, p. 219 et suiv. — M. Foic.ihammcr (Uellenika^ p. 'xOO et suiv. Daduchos, p. 63) arrive aux mêmes conclusions, sans sortir des limites de la Grèce.
5. J'étais arrivé, de moi-même, k cette interprétation, quand je Tai rencontrée, sous une
La seconde scène de la Icf^cnde a pour théâtre la région méridionale de la Thcssalie et la ville d'Iolcos, fondée par Crètheus, frère d*Atliamas. Là régnait un fils de Crètheus, Pélias, qui avait perfîdcment enlevé le trône à son frère yEson. Celui-ci, craignant pour les jours de son fils Jason^ confia TenHint aux soins du Ct^ntaure Chiron qui lui donna, sur les pentes du Pélion, la même éducation, forte et virile, qu'au jeune Achille. Cependant Pélias, inquiet et troublé par le remords, avait interrogé Toracle sur la durée de son pouvoir. Le dieu lui avait répondu de se défier de l'homme h une seule sandale (tsy IxovswvoaXov). La suite de Thisloire est rapportée de deux façons. Suivant Pindare S Jason, âgé de vingt ans, quitte le Centaure, son maître, et vient à lolcos où il entre, un pied déchaussé. Il se fait reconnaître du peuple et, s'appuyant sur le texte de l'oracle, réclame la royauté. Pélias promet de lui céder le trône, mais à une condition : c'est qu'il rapportera à lolcos la toison du bélier et qu'il ramènera l'àme de Phrixos, supprimant ainsi la malédiction qui, depuis Athamas, pèse sur la famille des yEolides. Suivant Apollodore ', Pélias sacrifiait un jour à Poséidon , sur le bord de la mer, quand il voit arriver Jason qui, ayant traversé à gué le lit de TAnauros, avait perdu une sandale dans le torrent. Pélias, que rrap|)e soudain le souvenir de l'oracle, s'approche du jeune homme : « Que ferais-tu, lui dit-il, s'il t'avait été prédit que tu dois périr delà main d'un des tiens !» — « Je l'enverrais chercher la toison d'or, répond Jason, inspiré par liera. » Pélias le prend au mot, et s'engage à lui abandonner le pouvoir, s'il réalise la condition prescrite. Jason accepte la convention et se hâte d'envoyer des hérauts dans toutes les directions, pour convoquer les guerriers qui voudront tenter avec lui celte difficile entreprise. Beaucoup répondent à son appel. Pindare ne cite que les plus glorieux d^entre eux, les enfants des dieux : Héraclès, les Dioscures, Euphémos et Périclyménos, fils de Poséidon ; Orphée, fils d'Apollon; Échion et Eurytos, fils d'Hermès ; les deux Boréades, Zétès et Calais '. Mais on comprend facilement que cette liste dut se grossir avec le temps *. Chaque cité grecque n'avait-elle pas ses héros indigènes , qui ne pouvaient être
ou a rôgidc, qui esi la nucc orngense, la ctiiiie a iiciie â c^licd'Uêpliiestos, dieu du feu céleste, n fait remarquer que le bélier p:irluil est la voix qui semble sortir du nuage électrique, que Phrixos, héros du tonnerre, est naturellement l'époux de Chalciopè (à la voix d'airtin^. Je suis heureux de m'élrc trouvé d'accord avec ce savant mythologue.
i. Pijth.. IV, 70 sq.|. 159 s.|q. Dissen.