dem., ibid. Brunck, Analecta, lU, p. 2d
pagné le meurtre d'Orphée. Les Muses, dont il avait été pendant sa vie le serviteur fidèle, l'honorèrent après sa mort. Elles recueillirent les débris de son corps et leur donnèrent la sépulture dans leur domaine sacré de Libèthrion, au pied de l'Olympe, d'où ses ossements furent transportés plus tard dans la ville macédonienne de Dion. Sa tête et sa lyre, jetées dans l'Uèbre par les Bacchantes, avaient flotté jusqu'à la mer de Thrace, dont les vagues les avaient portées aux rivages de Lesbos, où elles furent pieusement recueillies et trouvèrent pour asile le sanctuaire de Bacchus à Antissa ^ Cette dernière légende n'est que l'expression d'un fait historique, puisque l'art lyrique a eu, sur les côtes d'Asie Mineure, son premier développement à Lesbos et qu'Antissa a été la patrie de Terpandre.
A la Thrace se rattachent plusieui*s autres poètes ou chanteurs légendaires. C'est d'abord Pliilammon qui, suivant Phérécydès, accompagna les Argonautes quand ils touchèrent aux côtes de Thrace * : Philamraon, fils d'Apollon et de la nymphe Argiopè, associé au culte de son père à Delphes, où on lui attribuait l'institution des chœurs de jeunes filles qui chantaient les hymnes consacrés en l'honneur de Lèlo et de ses enfants '. C'est Thamyris, fils de Philammon, dont l'habileté dans l'art des Muses s'exprime sous la forme d'une lutte audacieuse avec ces divinités. Le chanteur thrace venait de chezEurytos, roi d'Œchalie, quand il rencontra à Dorion, dans le Péloponèse, les filles harmonieuses de Jupiter. Fier de son talent, il les provoque et se flatte de les vaincre. Irritées de ce défi, les Muses le rendirent aveugle, lui enlevèrent le don divin du chant et brisèrent sa lyre ^. Un autre musicien primitif est le fils de Poséidon et de Chionè, l'enfant des frimas de la côte de Thrace, EumolpoSy dont le nom traduit la nature : il était célèbre en Attique comme l'adversaire du héros Érechthée et comme le réformateur des mystères d'Eleusis '. On lui donnait pour fils Musée^ à qui étaient attribués, comme à Orphée, la composition d'une théogonie, des recueils d'oracle, des formules de purification et d'initialion, et dont la personne purement fictive a pris naissance dans le culte élcusinien ou dans la religion particulière de la secte orphique. Si large d'ailleurs que soit la part de l'imagination ou de l'invention des faussaires dans tous ces récits, la persistance avec laquelle les Grecs rat-
1. Virg, Georg.^ IV, 525. Ovid., Melam., XI, 50. Luc, adv. Indoct., 11.