L — TYNDARE ET LÉDA. — LES DIOSCURES
La région méridionale du Péloponèse, avec ses deux cantons distincts, la Messénie et laLaconie, que sépare la chaîne escarpée du Taygète,a dû emprunter certains éléments religieux aux populations qui l'ont occupée avant les conquérants doriens. Les Lélègcs, en particulier, ont laissé, de leur établissement dans ce pays, des souvenirs que nous a conservés une tradition mythique ^ Le voisinage de Tile de Cythère, station phénicienne et siège d'un culte ancien d'Aphrodite, a pu contribuer également à l'importation de religions asiatiques sur les côtes de la Laconie. Mais, s'il est raisonnable de supposer, à une époque reculée, Faction de ces influences étrangères, il faut convenir qu'on n'en trouve que fort peu de traces dans les récits légendaires que nous ont transmis les Grecs. Les généalogies, qui avaient été inventées pour établir des liens entre les différents dieux ou héros de la Messénie et de la Laconie, correspondent souvent, là comme ailleurs, au besoin qu'éprouvaient les habitants de ces pays d'expliquer les noms de leurs villes, de leurs rivières, de leurs montagnes. A la tête de ces généalogies' se place le prétendu autochthone Lélex, qui, uni à une Naïade, devient le père d'Eurotas. Eurotas a pour fille Sparta, qui épouse Lacédœmon, fils de Zeus et de la nymphe Taygétè. De ce mariage nait le héros éponyme d'une des plus vieilles cités laconiennes, Amyclas, dont un fils est Hyacinthes, le favori d'Apollon, dont on racontait à AmycIaB, et dont on pleurait, aux fêtes des llyacinthia, la fin malheureuse. Un autre enfant d' Amyclas, moins connu, Kynortas, a pour successeur Périérès, qui, marié à une fille du héros argien Persée, a plusieurs enfants :.Hippocoon, tué par Hercule;
1 Voir plus bas, Lélex, premier roi de la Laconi(*. % ApolloH., IIL 10, 3. Paiisan., IH. 1, 1-14.
Icarlos, père de Pénélope; Tyndaréos, Apharcuset Leucippos. Ces trois derniers jouent un rôle important, soit par eux-mêmes, soit surlout par leurs enfants, dans les légendes dont nous allons parler.
Tyndare (Tuvoapswç) est le père d'Hélène, de Clytemnestre, de Timandra, mariée à Échémos, le héros de Tégée\' mais il est surlout célèbre comme père de Castor et de Pollux (noXu^îuxT;;) ; deux antiques divinités de la race achéenne en Laconic*, dont le culte fut adopté par les Dorions envahisseurs du Péloponèse. Leur. légende est déjà fixée, dans ses traits essentiels, chez Homère. Au ^f chant de VOdysséCj Ulysse voit lui apparaître, dans la troupe des héroïnes qu'il a évoquées, Lédaj a l'épouse de Tyndare, qui, de Tyndare, mit au jour deux fils au cœur vaillant : Castor, dompteur de coursiers ; Pollux, invincible au pugilat. » Ces héros sont morts et la terre les recouvre. Mais ils sont en possession d'un singulier privilège, qu'ils tiennent de la faveur de Jupiter. Dans les ténèbres souterraines où ils résident, ils jouissent d'une demi immortalité : ils vivent et ils meurent tour à tour, de deux jours l'un (sTsprjixspst)'. Après Homère, nous rencontrons d'autres traditions sur leur naissance. Ils ne sont plus les Tyndarides ; ils sont les Dioscures, c'est-à-dire les fils de Jupiter. Cette substitution de paternité s'explique, soit par le désir des Laconiens d'assigner une haute origine à leurs héros indigènes^, soit par l'hypothèse fort vraisemblable' que Zeus est identique à Tyndare, le nom de ce dernier étant, à Torigine, une épithète du Jupiter du Taygète réduit au rôle secondaire de héros, lors de la conquête dorienne. Castor et Pollux, dans l'hymne homérique qui leur est consacré, et ailleurs encore, sont les fils de Zeus et de Léda*. Mais la fable qui parlait de leur vie et de leur mort alternatives semble avoir suggéré, avec le temps, une autre explication de leur naissance. Chez Pindare, Léda s'est unie dans la même nuit à son époux et au maître du ciel. Castor est le fils de Tyndare; Pollux est le fils de Jupiter^ Ce dernier seul est donc immortel, tandis que le premier est sujet à la vieillesse et à la mort'. La vie dont ils jouissent chacun