IV. — VARIÉTÉS DD CULTE DE ZEUS
Quand on veut se rendre compte des idées multiples qui se rattachent à la conception du Jupiter hellénique, il ne suffit pas d'interpréter les mythes auxquels cette conception avait donné naissance : il faut encore étudier les variétés du culte de ce dieu dans les différentes parties de la Grèce. Si Zeus n'était, à Torigine, que le ciel conçu comme un être vivant, si les sentiments qu'on lui prétait et les aventures qu'on lui attribuait n'avaient été que l'expression des aspects mobiles du ciel et des actions diverses qu'il exerce sur la terre, il est évident que la figure du dieu, tout en conservant partout les mêmes caractères généraux, devait emprunter à la nature propre de chaque région de la Grèce certains traits particuliers. Les accidents du sol et ses qualités, les conditions atmosphériques surtout, qui en Grèce varient, plus qu'on ne le croit, d'un canton à l'autre, pouvaient modifier, en une certaine mesure, l'idée commune qu'on se faisait du dieu céleste et créer à son sujet un certain nombre de traditions locales. C'est à ce point de vue que nous devons examiner les principales formes de la religion de Jupiter.
Le culte qu'on lui rendait sous le nom de Zeus Olympien n'impliquait, aux époques historiques, que l'idée de la majesté suprême du dieu et de la souveraineté qu'il exerce sur les habitants de la demeure céleste. Ce culte, répandu partout en Grèce où il datait d'une anti-
1. Max Mûller, Nouv. leçons sur la science du langage, II, p. 184, Irad. franc., interprète ce mythe autrement. — Ces légendes que nous nous bonions à indiquer ici seront l'objet d'une élude spéciale quand nous traiterons <ios mythes héroïques de la Grèce. Nous essayerons alors de donner les preuves des assertions que nous avons dû émettre, iN)ur faire comprendre le rôle légendaire de Zeus.
2. Voir une peinture de vase (Mûller-Wieseler, II, n* 49) , qui, d'après une scène de comédie, parodie les amours de Zeus et d'AIcmèno.
quité reculée \ semble avoir été institué surtout par les rois et par les tyrans qui voulaient honorer dans la pei*sonne de Zeus Olympien l'idéal de leur propre autorité"; mais répithèted'0/j/m/>ios, prise à la lettre, nous reporte nécessairement au culte local dont, à l'origine de la civilisation grecque, ce dieu a été l'objet, au sud de la Macédoine et au nord de la Thessalie, dans la région de FOlympe : montagne à la masse imposante, aux formes nobles, dont les hautes cimes, les plus élevées de toute la Grèce, pouvaient paraître un trône digne de la majesté du roi du ciel. Le nom du mois macédonien IXoq, celui de la ville de Dion située au pied de la montagne sacrée, rappelèrent, pendant toute la durée de la Grèce, l'existence de ce culte primitif. Au sud de rOlympe, la vallée de Tempe, brèche immense ouverte dans l'Ossa, était le centre du culte de Zeus Péloros, du dieu dont le bras gigantesque, au moment de sa lutte contre les Titans, avait fendu en deux la masse de la montagne et livré un violent passage aux eaux du Pénée ^.
Hais, dans la Grèce du nord, le sanctuaire le plus célèbre du dieu était celui de Dodone, où sa religion remontait jusqu'aux populations primitives de la Grèce, les Pélasges. « Zeus souverain, Dodonéen, Pélasgiquey qui habites au loin, qui règnes sur Dodone séjour des orages, » s'écrie Achille au seizième chant de V Iliade^. Nous ne débattrons pas ici la question controversée de savoir si le dieu qu'invoque le héros de la Phthiotide est celui de TÉpire ou celui d'une Dodone thessalienne encore florissante aux temps homériques et plus tard disparue'^. Qu'il nous suffise de marquer le caractère antique du culte de Zeus Dodonéen, que des colonies ont pu apporter de Thessalie en Thesprotide. Dans ce dernier pays, Dodone était située, le mot lui-même semble l'indiquer *, au sein d'une contrée d'une remarquable fertilité déjà chantée par Hésiode % qui portait le nom dllellopia, et, pour ce motif, fut quelquefois considérée comme le berceau des Hellènes. Le pays de Dodone s'étendait, non loin des sources de l'Achéloos, au pied
i. Sur son culte à Athènes, Thucyd., II, 15, 4; Pausan., 1, 18, 8; à Corinthc, Paus., TU, 9, 2.