‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 66 sur 550 · V. — REPRÉSENTATIONS ARTISTIQUES DE ZEUS · texte numérisé non relu

V. — REPRÉSENTATIONS ARTISTIQUES DE ZEUS

Les textes des poètes et des mythographes ne sont pas les seules sources qui nous permettent d*étudier la religion du Jupiter licllénique. Ces textes trouvent leur commentaire indispensable dans les représentations artistiques, qui exprimaient d'une façon sensible et qui traduisaient pour les yeux les idées que les Grecs s'étaient faites de leur dieu suprême. Si l'art, en (ixant sur l'airain ou sur le marbre le type de .Zeus, interprétait exactement les croyances populaires, souvent aussi il a relevé et ennobli la foi commune de la Grèce, en lui prêtant un caractère de grandeur idéale qui n'a pas peu contribué à entretenir dans les âmes une haute notion et un sentiment profond de la divinité. En même temps, le type du dieu, tout en conservant, partout et toujours, certains traits identiques, nous offre cependant, suivant les époques et suivant les lieux, une remarquable variété de caractères, qui correspondent aux attributions dominantes qui lui furent successivement prêtées et à certaines modifications locales de sa légende. Il serait donc intéressant d'étudier les représentations artistiques de Zeus dans leur série chronologique, comme d'après la diversité de leur provenance, et de voir à quel point elles peuvent éclairer les développements généraux et particuliers de sa religion. Nous ne pouvons songer à faire ici, ni même à résumer, une pareille histoire. Sur ce sujet, nous devons nous borner à un petit nombre de points, essentiels pour mettre en lumière les développements qui précèdent, et pouvant servir i les compléter.

Zeusn'aeuprimitivement, en Grèce, ni temples ni images. Au sommet des montagnes, un tertre en terre ou un autel taillé dans le roc suflisaient à honorer le dieu du ciel dont l'azur sans fin s'étendait au-dessus de la tête de ses adorateurs qui, sur ces libres cimes, se sentaient plus près de lui. Sur les pentes des montagnes ou dans les vallées, on croyait voir passer son soufHe viviGant dans le frémissement des grands arbres, des chênes majestueux. Malgré l'épithète de Ivssvcpo; que Zeus avait à Rhodes et en dépit de l'expression Zsù; çtqyo; quelquefois appliquée au dieu de Dodone, les chênes qui lui étaient consacrés n'ont jamais été ses images comme chez les Celtes S mais simplement ses temples, les séjours où il consentait quelquefois à descendre et à habiter. Zeus ne paraît jamais avoir été honoré non plus sous la forme de

i. Maxim. Tyr.OÎMcr/., VIII, 8.

ces pierres brutes qui, diaprés Pausanias, furent les premières images des dieux. Ses plus anciennes représentations portent déjà la trace de Tart humain : ce sont des monuments, comme cette pyramide qui, à Sicyone, représentait Zeus Milichios, comme cet obélisque qu'on voit sur les monnaies de Tile de Téos^

Quand Tart hellénique, à son éveil, donna à Jupiter la forme humaine, il sculpta cette forme dans le bois, avant de la couler dans le bronze ou de la tailler dans le marbre. Il y avait en Grèce plusieurs Bava de Zeus, plusieurs de ces statues de bois, idoles encore grossières, que Ton attribuait à Dédale, l'artiste légendaire dont le nom résumait toute la période primitive de Tart grec. Parmi ces Ç6ava, le plus significatif était celui qu'on voyait sur l'acropole d'Argos. II était consacré à Zeus Triopas*^ ainsi nommé parce que la tète du dieu, outre les deux yeux qui y occupaient leur place naturelle, avait un troisième œil au milieu du front : détail que Pausanias explique par la souveraineté de Zeus sur les trois parties de l'univers ', mais qui, avec plus de vraisemblance, a sa raison dans l'idée de la clairvoyance du dieu èizô^oq dont la vue s'étend partout et embrasse tout.

Le premier artiste connu quiaitreprésentéJupiterestle Spartiate Dontasqui, versiemilieudu sixième siècle, composait, pour letrésor consacré par les Mégariens à Olympie, un groupe représentant le combat d*Hercule et d'Achéloos et dont Zeus faisait partie ; l'image du dieu était, comme les autres, sculptée dans le cèdre et incrustée d'or ^. Un peu plus tard, Cléarque de Rhégium faisait pour les Spartiates une statue d'airain de Zeus Hypatos, qui parait être la plus ancienne de ce genre. Le moyen de couler le bronze n'élant pas encore découvert, l'œuvre de Cléarque se composait de feuilles de cuivre battues, repoussées au marteau et ensuite rivées entre elles '. Quelque temps après, nous voyons Agéladas d'Argos, statuaire d'airain, donner aux habitants d'Égine et aux Messéniens d'Ithome une statue de Zeus enfant, dont le motif était en rapport avec les légendes qui faisaient naître le dieu dans ces deux pays*. Quant aux images du dieu, œuvres de Calamis, d'Ascaros, d'autres encore, qui appartiennent à la période archaïque de l'art grec, nous n'avons à leur sujet que des renseignements rares et vagues qui ne permettent pas de nous en faire une idée exacte. Comme nous ne possédons aucune statue, aucun buste de Zeus vraiment archaïques, il serait dif-

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