ALCIDE PICARD & KA AN, ÉDITEURS
I r , RUE SOUFFLOT, I I
https://archive.org/details/mythologiefigureOOcoll
Ce volume ne saurait être présenté comme une sorte d’abrégé de la mythologie grecque. C’est à la mythologie de faits qu’il appartient d’interpréter les mythes et les légendes, d’en rechercher les origines, d’en noter les variantes; dans cet ordre d’études, certains travaux d’ensemble, comme l’excellente Mythe >logie de la Grèce antique de M. P. Decharme, sont bien connus du public lettré; le Lexicon der Mythologie de Rosçher est un répertoire indispensable de faits et de textes. Notre point de vue a été tout différent : nous nous sommes borné à retracer l’histoire des types mythologiques dans l’art de la Grèce, ne demandant aux légendes que ce qui
PREFACE
était nécessaire pour l’intelligence des monuments.
La mythologie figurée n’a jamais cessé d’être une des branches les plus cultivées de l’archéologie, surtout en Allemagne. Aussi les livres destinés aux érudits sont-ils fort nombreux : il nous suffira de citer la Kunst mythologie d’Overbeck. Les recueils de planches, comme la seconde partie des Denkmaeler der alten Kunst de G. O. Müller, revus par Wieseler, sont entre les mains de tous les archéologues; d’autre part, des monographies sur des points spéciaux sont fréquemment publiées. Dans la tâche modeste que nous avons entreprise, la principale difficulté provenait de l’abondance même des documents. Forcé de choisir, nous nous sommes surtout préoccupé de recourir aux exemples les plus frappants. Après avoir indiqué sommairement les conditions générales qui ont présidé à la formation des types figurés, nous avons essayé de montrer par quelles phases ont passé les principaux types, jusqu’au moment où ils sont fixés par la tradition artistique. La méthode historique est en effet la seule qui convienne ici; elle permet de comprendre que les conceptions plus récentes répondent à des changements survenus
PRÉFACE
dans les idées et dans les mœurs des Hellènes-, elle fait voir que le développement des types divins a subi les lois générales auxquelles sont soumis l’art et la civilisation.
Nous avons ainsi été amené à placer sous les yeux du lecteur non seulement des œuvres d’un style achevé, mais des monuments d’une date plus ancienne. Il semble, en effet, que l’examen des œuvres archaïques aide l’esprit à réagir contre certaines habitudes d’éducation. On est plus familiarisé, en générai, avec les marbres gréco-romains dont s’inspirait la Renaissance qu’avec les monuments de style purement hellénique; ces répliques affaiblies appartiennent trop souvent à une époque où la mythologie n:oftrait plus à l’art qu’un thème banal. Au contraire, les productions d’un art jeune et robuste ont, dans leur gaucherie même, un accent plus sincère; grâce à leur naïveté expressive, elles sont plus voisines du sentiment poétique qui a créé les mythes. En suivant les progrès de ces formes, qu’un art plus savant conduit jusqu’à la parfaite beauté, on mesure mieux le travail d’esprit d’où sont sorties ces conceptions profondément originales. Si
PRÉFACE
la Grèce, en effet, n’a pas inventé tous ces types divins, si la critique moderne a pu en restituer quelques-uns à l’Orient, comme à leur pays d’origine, c’est bien le génie grec qui les a perfectionnés et leur a donné leur plus haut degré de noblesse. Aussi, une telle étude emprunte-t-elle à l’histoire de l’esprit grec son principal intérêt; pour être féconde, elle doit atteindre, au delà des formes extérieures, le sentiment qui les a conçues, et dont l’art s’est fait le brillant interprète.
20 mai i883.
Tirage fait en juin 1907.