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CHAPITRE II

LES DIVINITÉS DES EAUX DOUCES

§ ï. LES FLEUVES.

Percy Gardner : Greek River - Worship, dans les Transactions of the Royal Society of Literature, 1876.

« O Céphise, fleuve auguste à face de taureau1. » Ces mots, qu’Euripide place dans la bouche du jeune Ion, ne sont pas une simple image poétique : ils traduisent une conception longtemps familière à l’art. Il est facile d’en comprendre la portée. Le cours impétueux des torrents de la Grèce, dans la saison des pluies, appelle une comparaison avec les formes de la nature animale; en même temps la mobilité des eaux fait prédominer, dans le caractère mythologique des divinités fluviales, l’aptitude aux métamorphoses. Dans la légende d’Achéloos, le fleuve « était ta'ntôt un taureau superbe, tantôt un serpent tacheté, aux longs replis; tantôt il avait le corps d’un homme et le visage d’un taureau : de son

. Euripide : Ion , vers 1276.

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menton, comme d’une source, jaillissait une onde abondante1 ».

L’art est tout à fait d’accord avec la poésie, dans les scènes figurées qui s’inspirent du mythe d’Achéloos. On sait quels en sont les traits principaux. Le dieu fluvial, personnifiant le fleuve qui coule entre l’Étolie et l’Acarnanie, dispute à Héraklès la possession de Déjanire, et, vaincu dans la lutte, il laisse une de ses cornes aux mains du héros. Les peintures de vases le montrent sous les traits d’un taureau à face humaine, vomissant de sa bouche des flots d’eau : tel est le sujet d’un vase peint de Girgenti. D’autres fois, sur les monnaies étoliennes, il a l’aspect d’un homme au front armé de cornes, et tenant une patère et un roseau.

Mais si, parmi les fleuves grecs, Achéloos est celui dont la légende est la plus riche, les autres divinités fluviales offrent les mêmes formes plastiques. C’est surtout aux monnaies qu’il faut recourir pour cette étude : les types monétaires sont, en effet, inspirés par les légendes locales; ils présentent en outre une suite chronologique qui permet de suivre le développement des formes. Le visage humain associé au corps de taureau est la représentation la plus ancienne. C’est ainsi que les monnaies de Géla, en Sicile, montrent le fleuve Gélas à l’époque archaïque2; le visage a un type rude : la barbe est longue et la chevelure drue et courte est figurée par un grènetis. Ce type se conserve alors même que l’art est plus libre. Élien, énumérant les formes

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