I. — TYPE FIGURÉ DE DEMETER ET DE CORE
Pour les Grecs, la divinité de la terre par excellence est Déméter. Sa légende religieuse est inspirée par l’idée de la fécondité inépuisable de la terre, par le mystère de la germination annuelle. Déesse bienfaisante, Déméter a enseigné aux hommes, par l’intermédiaire de Tripto'lème, les bienfaits de l’agriculture: c’est elle qui a institué le mariage, comme déesse Thesmophoros. Mais le mythe capital de la légende de Déméter est celui de l’enlèvement de sa tilleXoré : la disparition de la jeune déesse, son retour périodique sur la terre, traduisaient par une vive et poétique image le renouvellement annuel de la nature, et la suspension de la vie des végétaux, pendant le temps de l’hiver. La tristesse de Dé-
méter privée de sa fille, les recherches douloureuses auxquelles elle se livre, donnent à la physionomie de la déesse un singulier accent de tendresse passionnée; la maternité est le trait distinctif de Déméter. En même temps les hautes préoccupations morales qui se rattachent à son culte concourent à communiquer à cette figure divine un grand caractère de dignité.
A l’origine, les représentations de Déméter ont la forme de xoana. A Phigalie, en Arcadie, un étrange xoanon de Déméter la Noire (Mélaina) offrait un assemblage de formes monstrueuses : la déesse avait une tête de cavale entourée de serpents. Tel était le respect pour le mythe local auquel répondait ce simulacre, qu’un sculpteur éginète, Onatas, fut chargé de reproduire en marbre la vieille statue de bois détruite dans un incendie. Il est probable qu’en général les xoana de Déméter la représentaient assise, et il est permis de reconnaître cet ancien type de Déméter dans une série de figurines en terre cuite trouvées à Haghios Sostis, sur l’emplacement de Tégée1. D’un art enfantin pour la plupart, elles offrent l’image d’une déesse assise, coiffée du polos, surchargée de colliers et de bijoux. Le nom de Déméter convient d’autant mieux à ces rudes figurines, qu’on a trouvé en même temps une terre cuite d’un art plus avancé, montrant ce type plastique arrivé à son complet développement, et tel que le concevait l’art sévère des premières années du ve siècle. La déesse est caractérisée par la haute coiffure cylindrique (polos ou cidaris), ornée de fleurs épanouies, par le voile qui re-
. Fr. Lenormant : Ga%. archéol., 1878, p. 43»
tombe sur ses épaules, et par la fleur de pavot placée devant elle. La même attitude calme et solennelle se retrouve dans des terres cuites d’Egine et de la Grande Grèce : on imagine facilement que les statues destinées
(Terres cuites de Tégée. — Musée Britannique. )
A. Style primitif. — B. Style sévère.
au culte, pendant la période archaïque, devaient reproduire un type analogue.
L’art du ve siècle exprime avec force le caractère matronal de Déméter en lui prêtant les formes pleines de la femme qui a connu la maternité. Le beau bas-relief
23rf MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.
d’Eleusis, empreint d’une élégance sévère, que rehaussent des traces encore sensibles d’archaïsme, nous offre le plus bel exemple du type de Déméter, pour la période qui précède immédiatement Phidias; il forme la transition naturelle entre les images archaïques de la déesse, et le magnifique groupe du fronton oriental du Parthénon, où l’on a pu reconnaître l’œuvre du maître athénien lui-même. Les deux grandes déesses, Déméter et Coré, sont représentées assises. Tandis que Coré a toute l’élégance de la première jeunesse, Déméter se distingue de sa fille par des formes plus amples; d’un geste empreint d’une familiarité maternelle, elle s’appuie sur l’épaule de la jeune déesse, qui tenait sans doute le sceptre et la fleur de grenade. Un sculpteur qui vivait vers la CIIe olympiade, Damophon de Messène, avait représenté les deux grandes déesses dans la même attitude, pour le temple d’Akakésion en Arcadie. Le marbre du Parthénon prouve qu’au ve siècle le type de Déméter avait acquis un singulier degré de dignité; Praxitèle ne le crée donc pas, à proprement parler. Il est toutefois vraisemblable que le maître du ive siècle le renouvelle, en lui imprimant une physionomie pathétique. Praxitèle représenta plusieurs fois la déesse, tantôt avec Coré et le jeune Iacchos, pour un temple d’Athènes, tantôt dans un groupe des grands dieux, et dans celui de la Katagousa , qui retraçait un des épisodes de l’enlèvement de Coré.
Tel qu’il est définitivement constitué par l’art, le type de Déméter offre plus d’un point de ressemblance avec celui d’Héra : il s’en distingue néanmoins par un aspect plus doux et plus humain; le caractère divin y
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FIG. ço. — DF-MÉTER.
(Rome : Vatican.)
238 MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRÈGË.
apparaît avec moins de force, et par suite le nom de Déméter, attribué à certaines statues, peut être l’objet de quelques doutes. La présence des attributs bien connus de la déesse, le polos, le flambeau, la glane de blé