Théogonie , vers
les sculpteurs de la frise trouvent les combinaisons de formes les plus variées pour traduire la nature monstrueuse de ces fils de la Terre, que les dieux vont dompter. La victoire divine sur les Titans, c’est le triomphe de l’ordre sur les forces naturelles, brutales et désordonnées, qui s’agitaient dans le sein de la terre à l’origine du monde.
Sous une forme différente, Cybèle est, comme Gæa, la terre divinisée1. Mais elle se distingue delà déesse primordiale par ses origines. La Mère des dieux ou la Grande Déesse est une divinité asiatique ; le centre de son culte était à Pessinunte, dans une région montagneuse, où les Phrygiens accomplissaient des rites étranges, au son des tambours et des cymbales, avec tous les transports d’un mysticisme passionné. Apporté de bonne heure en Grèce, le culte de Cybèle y avait été accepté officiellement. Athènes avait un temple de la Mère des dieux ou Métrôon, que décorait une statue de Cybèle, exécutée par un élève de Phidias, Agoracritos. La déesse phrygienne trouvait surtout de nombreux dévots parmi les classes populaires ; on sait, par le témoignage des ex-voto et des inscriptions, à quel point son culte était en faveur auprès des marins et des étrangers qui fréquentaient le port du Pirée.
Les ex-voto sculptés en relief2, les statuettes votives, comme celle du Louvre qui provient du Métrôon du
i. Elle se confond avec Rhéa, dont la légende est exposée dans la théogonie liésiodique.
2= M. Stephani en a donné une liste : Der ausruhende Herakles , p. 68. Cf. Conze : Hennes-Kadmilos, dans VArch. Zeitung,
(Fragment du soubassement de l’autel de Pergame. )
Pirée, reproduisent le type consacré de la déesse. Sur Pex-voto attique dont nous donnons le dessin, la Mère des dieux semble figurée comme dans les statues du culte. Assise sur un trône, coiffée de la haute stéphané d’où le voile retombe, elle tient d’une main une coupe, et de l’autre le tambour de forme aplatie, ou tympanon, employé dans les cérémonies célébrées en son honneur; un lion est couché à ses pieds. Quelquefois son image est placée dans une édicule qui figure un temple ; ailleurs, comme sur un ex-voto en terre cuite trouvé sur la côte ionienne, l’artiste l’a entourée des personnages qui composent son thiase : un Silène, un jeune cadmiie versant le vin des libations, des danseuses et une file d’animaux sauvages, expression symbolique de la royauté que la Mère des dieux exerce sur toute la nature vivante. Dans les monuments de l’art, le type de Gybèle n’admet pas de variantes qui l’altèrent profondément. Elle a toujours les formes pleines de la maturité; sa physionomie est majestueuse et calme. Vêtue de la longue robe et du voile, elle porte la stéphané ou la haute coiffure des divinités matronaies, appelée calathos ; dans la sculpture gréco-romaine, les artistes lui donnent comme emblème la couronne de tours crénelées. Le lion est son attribut constant.
Au culte de Cybèle se rattache celui d’Attis, jeune pâtre phrygien, dont la légende asiatique faisait l’amant de la Mère des dieux. Mais la figure équivoque d’Attis ne semble pas avoir été en faveur, à la bonne époque, dans l’art de la Grèce propre. Les artistes grecs ont-ils à le reproduire sur un ex-voto? Ils atténuent le caractère barbare de ce dieu étranger, et n’indiquent son origine
que par des détails de costume : le bonnet phrygien et
les anaxyrides1. Il faut arriver à l’époque romaine
1. Voir notre article sur des Bas-reliefs grecs votifs de la Mar çiana : Monuments grecs de l’Ass. des études grecques, 1881,
pour trouver ies représentations d’Attis multipliées sur les autels tauroboliques. A ce moment, la foule recherche avec passion les émotions mystiques et troublantes qu’éveille le culte de ce jeune dieu, victime d’une mutilation infligée par Cybèle dans un transport de jalousie, mourant à la fleur de l’âge et ressuscitant. L’art gréco-romain le représente volontiers. Attis a les formes rondes et molles, l’air efféminé; son vêtement laisse le ventre à découvert ; il s’appuie languissamment sur le bâton recourbé qui rappelle son origine pastorale. Près de lui s’élève un pin, aux branches duquel sont suspendus les cymbales, la flûte et le tambour, tout le bruyant appareil du culte de la Mère des dieux.