Hymne homérique, vers 192 et suivants
3. L. Heuzey : Recherches sur les figures de femmes voilées dans l’art grec. Monuments grecs de l’Association des études grecques, 1873.
connaître Déméter. Si ces représentations s’expliquent plus justement par des allusions à la vie ordinaire, il y a cependant lieu d’appliquer le nom de Déméter à certaines séries de terres cuites, dont la signification ne paraît pas douteuse.
Sans exagérer le symbolisme, on est en droit d’attribuer le nom de Déméter nourricière, ou conrotrophos, aux figurines trouvées à Pæstum et sur différents points du monde grec : la déesse, assise sur un trône, tient un enfant enveloppé dans les plis de son voile. Ces images ont le caractère d’ex-voto; elles rappellent à la fois la protection spéciale que Déméter exerce sur les mères, et le rôle de nourrice divine que lui prête sa légende religieuse; dans la tradition éleusinienne, elle élève le jeune Démophon, fils de son hôte Kéléos, et elle est la mère d’Iacchos. Une autre série de terres cuites, d’une attribution moins précise, nous montre une déesse voilée, les mains ramenées sur la poitrine; le buste seul est figuré, et semble sortir du sol. Ces bustes estampés semblent être en relation avec le caractère de divinité chthonienne, qui appartient à Déméter. On sait déjà que l’art représente volontiers les divinités de la terre vues à mi-corps, comme si elles apparaissaient pour un instant hors de. leur domaine souterrain. Ici Déméter serait figurée dans son rôle funéraire de gardienne divine des tombeaux.
Si le type figuré de Déméter est parfois indécis dans les monuments de l’art, celui de Coré'est encore moins fortement accentué ; la fille de Déméter se reconnaît moins par les particularités de sa physionomie, que par les personnages auxquels elle est associée. Le doute n’est
pas permis, quand elle figure à côté d’Hadès, sous le nom de Perséphoné ou de Phéréphâtta, la tête voilée, comme une sorte de Héra infernale. Au contraire, quand la déesse est représentée hors des Enfers, dont elle partage la royauté pendant un tiers de Tannée avec Hadès, son caractère individuel est moins distinct. Sur les monnaies de Sicile, par exemple, le type de Goré offre de grandes analogies avec celui de Déméter; le profil très pur, l’expression de douceur, la chevelure ceinte d’une couronne d’épis, sont autant de traits communs aux deux Grandes Déesses. Les terres cuites archaïques les montrent assises, avec un aspect identique. Une statue de marbre trouvée à Cnide, d’un archaïsme plus affecté que réel représente Coré avec le haut calathos, le voile étroitement serré autour du corps; une des mains ramenée sur la poitrine tient une fleur. Toutefois, aune époque plus avancée, l’art sait trouver des nuances pour distinguer Goré de Déméter, en lui donnant des formes plus juvéniles et plus sveltes, un aspect moins matronal, une coiffure plus simple. C’est ainsi que les peintres de vases, e*n lui conservant le long flambeau et les épis que porte aussi Déméter, lui prêtent pour coiffure une bandelette, au lieu du calathos1 2. La statue du musée de Naples, conservée dans la Sala di Giove, nous montre Coré sous les traits d’une jeune fille tenant une glane de blé, dans l’attitude de Déméter, mais avec des formes plus élancées. Ses représentations isolées sont rares : elle apparaît surtout dans les scènes si nombreuses