FIG. IO3. SILÈNE IVRE
(Statuette de bronze de Pcmpéi.)
robuste a perdu l’embonpoint grotesque dont il est chargé d’habitude.
On donne des noms très divers aux personnages féminins qui apparaissent dans le thiase de Dionysos : Ménades, Thyiades, Bacchantes sont souvent confondues, et il est difficile de définir nettement leur type plastique. La Bacchante de Scopas, reproduite peut-être sur le vase de marbre à reliefs sculpté par Sosîbios, était caractérisée surtout par l’énergie fougueuse du mouvement. Dans les nombreuses scènes figurées montrant le cortège dionysiaque, les Bacchantes sont des femmes échevelées, vêtues de longues robes et de nébrides, agitant le thyrse ou jouant des cymbales et de la flûte, comme sur un bas-relief de Naples. Toutefois l’art précise souvent le caractère mythologique des Ménades thraces, en leur prêtant un costume distinct ; elles portent le costume des chasseresses, le chiton court, les bottines lacées, et rappellent par certains points le type de l’Artémis Agrotéra b Mais on se tromperait, si l’on voulait ramener à des types nettement définis tous les personnages du thiase dionysiaque. La fantaisie des artistes ne connaît pas de limites; elle se plaît à créer tout un monde d’êtres imaginaires, personnifiant les joies bruyantes, les vives sensations que fait naître le délire bachique. Sur un beau vase du Cabinet de Vienne, Dionysos est entouré de génies qui sont des créations de pure fantaisie : Dinonoé est l’ivresse elle-même, Hédyoinos est la force du vin; Komos représente le
i. Voir l’article de M. P. Knapp : Mœnaden auf Vasenbildern, Arch. Zeitung, 1879.
chœur dionysiaque, et les ébats d’une troupe bondissante.
Le dieu Pan se mêle souvent aux Satyres et aux Silènes; sa nature physique, aussi bien que son caractère de divinité agreste, le rapproche naturellement des compagnons ordinaires de Dionysos. Mais ce petit dieu, fils d’Hermès, cher surtout aux pâtres arcadiens, a ses attributions distinctes : c’est le protecteur des pâturages ; il se plaît dans les retraites écartées, au milieu des rochers, au bord des sources. Quand son culte pénètre à Athènes, c’est dans une grotte de l’Acropole qu’on place son sanctuaire. Une série déjà longue d’ex-voto le montre dans sa caverne, associé à Hermès, et jouant de la syrinx pour accompagner la danse des Nymphes. Plus encore que celui des Satyres, son type est emprunté à la nature animale : ses jambes sont celles d’un bouc; des cornes se dressent sur son front étroit, à demi couvert d’une chevelure courte et crépue. Ce caractère d’animalité est exprimé avec force sur les monnaies grecques de Panticapée, qui portent au droit une tête de Pan, à Pexpression brutale et sauvage1. Un buste en terre cuite du musée de la société archéologique d’Athènes n’est pas moins caractéristique2; il témoigne d’une curieuse recherche pour confondre avec les traits d’un visage humain ceux d’une tête de bouc. Les statues conservées sont en général d’une date assez récente, et reproduisent ce type qui n’a pas varié en passant de
1. R. S. Poole : Catalogue of greek coins. The Tauric Chersonese, p. 4 et suivantes.
2. Furtwængler : Biiste Pans in terracotta ; Mittheil. desArch. Inst., 1878, pl. VIII.
l’art hellénique dans l’art gréco-romain. La statue du
Louvre dont nous donnons le dessin montre le dieu Pan avec ses attributs habituels ; ailleurs on le voit oc-
fig. 105. — Dionysos et son cortège. (Bas-relief du musée de Naples.)
cupé à enseigner au jeune Olympos Part de la flûte. Le dieu arcadien finit par n’être plus qu’un génie secondaire, à demi humain, et soumis à la loi de la mort. On connaît le curieux récit de Plutarque : sous le règne de Tibère, un navigateur se trouvant dans les eaux de Pile de Paxos entendit une voix mystérieuse appelant le pilote égyptien Thamous, et lui commandant d’annoncer partout que « le grand Pan » était mort L Cet étrange épisode, raconté de bonne foi par l’écrivain grec, montre assez quelles altérations a subies le caractère mythologique de Pan, dans les derniers temps du paganisme.
Bien que les Centaures aient leurs légendes particulières, il est permis de les joindre au cortège dionysiaque. A une époque où Part ne se pique plus de respecter la vérité mythologique, il les fera volontiers figurer parmi les suivants de Dionysos. Ce n’est pas ici le lieu d’étudier les différentes traditions qui avaient cours sur les Centaures, ni d’en rechercher le sens 1 2. La légende rapportée par Pindare explique leur généalogie, et les fait descendre d’Ixion et de Néphélé; mais si l’on tient compte de la nature morale et physique que leur attribuent Part et la poésie, on est conduit à reconnaître dans ces personnages mythiques une personnification fort ancienne des habitants sauvages de la Thessalie. Déjà, dans les poèmes homériques, ils apparaissent comme des êtres couverts de poils, aux instincts brutaux, aux allures farouches. L’art archaïque