FIG. 10(3.- — PAN
(Musée du Louvre.)
traduit cette conception avec l’énergie qui lui est familière. Dans les oeuvres d’art les plus anciennes, les Centaures ont une forme à demi animale; une croupe de cheval se soude en quelque sorte à un corps humain. Le Centaure ainsi représenté sur le coffre de Pausanias avait frappé l’attention du voyageur grec : « tous ses pieds n’étaient pas ceux d’un cheval, mais par devant, il avait des pieds humains 4. » Cette représentation nous est connue par des monuments de style archaïque, entre autres par des pendeloques de collier trouvées dans la nécropole de Camiros, et par une statuette de bronze découverte à Athènes, dans les substructions du vieux Parthénon. Au ve siècle, l’art perfectionne le type du Centaure, qui de la forme humaine ne conserve que le buste, rattaché à un corps de cheval. Ce n’est pas que les artistes oublient complètement le type primitif; il se retrouve au contraire sur les vases du meilleur style. Faut-il admettre que les dessinateurs de vases accusent ainsi une différence entre la nature sauvage de certains Centaures, et les instincts plus doux des autres, qui gardent leur apparence d’homme? Il est difficile de se prononcer. Remarquons toutefois que les vases de style récent attribuent parfois le type le plus ancien à Khiron, le plus sage des Centaures, le précepteur d’Achille. M. Heydemann i. 2 le reconnaît dans la peinture attique reproduite ici. On voit que l’artiste dissimule habilement sous les plis d’un court manteau ce que l’alliance des formes a de monstrueux; Khiron est représenté
i. Pausanias : V, 19, 7.
âr. Griechische Vasenbilder, pi. VII, i«,
comme un chasseur, portant des lièvres accrochés à une branche de pin.
Dans la plastique, le type le plus récent est constant-
(Peinture de vase. )
ment respecté, à partir du Ve siècle. Les aventures de ces êtres fabuleux fournissent en effet aux sculpteurs des sujets souvent traités dans les grandes compositions décoratives ; mais Part s’inspire surtout du mythe des Centaures luttant contre Thésée et Pirithoos aux noces d’Hippodamie. Les principaux traits de la légende se
retrouvent déjà dans Y Odyssée : « N’est-ce pas le vin, qui dans le palais du magnanime Pirithoos égara l’illustre Centaure Eurytion, lorsqu’il vint au festin des Lapithes? Ses excès enivrent ses sens, et, furieux, il commet dans ce palais des actions honteuses. Une vive douleur transporte les héros ; ils se lèvent, lui coupent avec l’airain aigu les oreilles et les narines, et l’entraînent hors du portique, sanglant, le cœur envenimé. Dès lors... la guerre s’allume entre les hommes et les Centaures1. » Cette lutte offrait à la sculpture un motif fécond, parla variété des épisodes, par le contraste dramatique entre l’attitude des héros grecs et les mouvements désordonnés de leurs adversaires. Au ve siècle, elle est traitée par les artistes qui exécutent la frise du Théséion, les métopes du Parthénon, le fronton oriental d’Olympie, et la frisé du temple de Phigalie. C’est là surtout qu’il faut chercher le type purement hellénique du Centaure, avec sa tête à l’expression brutale, sa longue barbe, sa croupe nerveuse, ses jambes de cheval fines et sèches. Dans le fronton d’Olympie, le sculpteur a rendu avec une énergie saisissante leur caractère de bestialité : rien de plus vivant que le Centaure entraînant la jeune Grecque qu’il cherche à ravir. Après la Centauromachie, les autres sujets le plus fréquemment traités sont l’enlèvement de Déjanire, la visite d’Héraklès chez Pholos, et le combat du héros contre les Centaures au pied du Pholoé. Mais la peinture de vases s’en inspire plus souvent que la sculpture.
A mesure que l’art, en quête de nouveautés, cherche
i. Odyssée, XXI, vers 295 et suivants.