DIVINITÉS DE LA NAISSANCE ET DE LA SANTÉ
ILITHYIE — ASCLÉPIOS (ESCULAPE) ET HYGIE Von Sallet : Asklepios und Hygieia; Berlin, 1878.
Les divinités qui président à l’activité humaine forment un nouveau cycle. Bien que les destinées de l’homme relèvent surtout de la volonté de Zeus, certaines puissances secondaires sont considérées comme les agents du maître de l’Olympe, et l’esprit grec leur donne, comme aux dieux, une personnalité distincte. Parmi ces divinités, celles qui sont en rapport avec la vie physique sont l’objet d’un culte très répandu; leur religion est populaire; l’art multiplie leurs images, et leur donne des traits fort précis, sinon très variés. Elles
ne restent pas à l’état de conceptions purement morales ou poétiques.
Ilithyie est la déesse qui préside à la naissance des hommes, comme à celle des divinités. Nous avons déjà cité les peintures de vases représentant la naissance d’Athéna; les plus anciennes s’inspirent de la tradition homérique, en montrant auprès de Zeus plusieurs Ilithyies. Plus tard, ce groupe se réduit à une seule personne, qui se confond parfois avec d’autres divinités, et prête son nom à Artémis ou à Héra. Mais Ilithyie a aussi sa physionomie propre; la déesse de l’accouchement a ses sanctuaires, ses images du culte, objets de la dévotion des femmes. C’est un xoanon que les femmes athéniennes vénéraient dans le temple d’Ilithyie, et faisaient disparaître sous des rameaux votifs. A Ægion, la statue de la déesse était aussi une vieille idole de bois, à laquelle un sculpteur contemporain de Lysippe, Damophon de Messène, avait ajusté une tête et des extrémités de marbre1. Peut-être cette image est-elle reproduite sur les monnaies de la ville, où l’on voit la déesse, vêtue d’une longue robe, élevant le bras droit, et tenant un flambeau. Pausanias donne à cet attribut une signification allégorique : « Ilithyie est celle qui amène les enfants à la lumière ». Ce type figuré varie peu : des formes simples conviennent en effet à des images destinées à un culte populaire, et c’est pour d’autres divinités que l’art réserve ses ressources.
Asclépios, le dieu de la santé, a hérité de son père Apollon la science médicale. Mais, si son culte prend
. Pausanias : VII, 23, 5.
3i± MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRECË.
en Grèce une importance croissante, dans les sanctuaires célèbres de Tricca, d’Épidaure, de Cos, de Pergame, à l’origine, Asclépios est seulement un héros; il n’arrive que plus tard à la dignité divine. L’art archaïque le représente jeune et imberbe. Dans la statue chryséléphantine exécutée pour Sicyone, Kalamis avait encore suivi cette tradition, et représenté le dieu imberbe, appuyé sur un sceptre, tenant en main une pomme de pin. A quelle date s’introduit dans l’art le type plus âgé qui finit par prévaloir, et que reproduisent la plupart des statues conservées? Otfried Müller attribue cette innovation à un artiste de l’école pergaménienne, Phyromakhos, auteur d’une statue d’Asclépios consacrée dans le Niképhorion de Pergame. Mais avant cette date, l’art industriel du ive siècle connaissait déjà le type classique du dieu-médecin : les ex-voto trouvés sur l’emplacement de l’Asclépiéion d’Athènes ne permettent pas d’en douter. L’école de Phidias, en créant l’idéal deZeus, a sans doute aussi mis en faveur ce nouveau type d’Asclépios, qui offre avec celui de Zeus les plus grandes analogies. Dans l’art, le dieu de la médecine est une sorte de Zeus, aux traits adoucis; l’expression du visage, quelquefois imberbe, est clémente et sereine; sa large poitrine est à découvert, et l’himation jeté sur l’épaule drape le bas du corps. Il s’appuie sur un sceptre, ou sur un bâton noueux; un serpent s’enroule à ses pieds. C’est le type que reproduisent les monnaies de Pergame, dans le groupe où il est associé à Hygie et à Télesphoros, et la statue de Florence qui est peut-être inspirée par l’œuvre de Phyromakhos.
Les ex-voto trouvés en Grèce, et en particulier dans
LES DIVINITÉS DE LA VIE HUMAINE, ETC. 3 i S
les fouilles de rAsclépiéion d’Athènes, montrent le
FIG. 120. EX-VOTO A ASCLEl'IOS.
( Trouvé à Athènes. Extrait du Bulletin de Corresp. hellénique.')
dieu dans des scènes très variées1. Tantôt, il accueille
i. Voir sur les ex-voto de l’Asclcpiéion la thèse de M. P. Girard : VAsclépieion d'Athènes d'après de récentes découvertes , p. 97 et suivantes.
3i(5 MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.
une famille de suppliants qui vient implorer son secours, et amène devant un autel les victimes destinées au sacrifice; ailleurs le dieu s’approche d’un malade. Sur une autre série de bas-reliefs votifs, dont l’explication prête encore à la discussion, Asclépios est à demi couché sur un lie, tenant un rhyton; devant lui des mets sont disposés sur une table, comme si le dieu acceptait le banquet que lui offrent les suppliants figurés dans l’angle de l’ex-voto. Si le sens de ces scènes figurées est parfois indécis, on y retrouve avec certitude le type consacré d’Asclépios : les marbriers qui sculptaient ces tableaux de marbre montrent toujours le dieu sous les traits d’un homme barbu, à la physionomie bienveillante.
Nous ne pouvons que signaler brièvement les génies secondaires groupés autour d’Asclépios. Le génie de la convalescence, Télesphoros, est figuré comme un enfant, encapuchonné dans un manteau. L’art associe également au dieu guérisseur les membres de sa famille, par exemple sur le bas-relief trouvé à Loukou, près de Nauplie1, où il est accompagné des Asclépiades mentionnés par le rhéteur Aristide 2. D’abord deux jeunes gens, Podalire et Machaon, ses fils; puis la triade des déesses Iaso, Panakéia, Æglé, filles d’Asclépios, et enfin leur sœur Hygie. Cette dernière est souvent figurée auprès du dieu, sur les ex-voto, et les artistes la représentent aussi isolément. Elle a les traits d’une jeune fille robuste, tenant à la main une patère où vient boire
1. Voir O. Lüders : Annali dell’ Inst., 1875, tav. d'ag., M. N.