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CHAPITRE II

LES PARQUES TYCHE NEMESIS

l’agathodæmon.

De toutes les figures mythologiques, celles des divinités de la vie morale sont les moins caractérisées. On le comprend sans peine. L'art les traite d’abord comme de simples allégories, dont le sens est déterminé par les scènes auxquelles elles sont associées. A la belle époque, les artistes sont surtout dominés par le souci de la forme; les figures allégoriques, peu chargées d’attributs, ont une grande simplicité. La préoccupation de forcer l'attention du spectateur, par des emblèmes mis en évidence, se fera jour plus tard, avec la recherche du symbolisme que l’art érudit de la décadence met en faveur. Aussi les monuments oü l’on reconnaît avec le plus de certitude les divinités de la vie morale appartiennent-ils pour la plupart à la période gréco-romaine.

Les Parques, ou, pour leur laisser leur nom grec,

les Motpat, sont dans les croyances primitives de véritables divinités de la mort. A une époque plus récente, cette conception s’épure, et les trois sœurs deviennent des déités du destin, instruments de la nécessité fatale qui fait de la mort le terme inévitable de l’existence humaine. Par son caractère abstrait, une telle idée n’offrait pas à la plastique les éléments d’un type bien défini. Nous possédons en effet peu d’œuvres de style hellénique où l’on puisse reconnaître avec certitude le groupe des Parques. Plusieurs archéologues ont voulu donner ce nom aux trois magnifiques figures de femmes assises qui occupent l’angle droit du fronton oriental, au Parthénon; mais il est plus prudent d’y voir simplement Pandrose, l’une des Cécropides, avec deux des Heures athéniennes, Thallo et Garpo. Les mêmes réserves s’appliquent aux trois personnages féminins représentés sur les bas-reliefs de l’autel Borghèse; c’est par une pure conjecture que Welcker a donné les noms des Parques à ces femmes tenant un sceptre surmonté d’une fleur de grenadier1. Le type traditionnel des trois sœurs, distinguées par des attributs précis, nous est surtout connu grâce aux sculptures des sarcophages. Le symbolisme romain montre les Parques occupées à remplir leur mission fatale : Glotho tient la quenouille, d’où se déroule le fil des destinées; Atropos, debout près d'une sphère, lit sur un rouleau les volontés du destin; Lakhésis tire les sorts.

Comme les Parques, Némésis est un personnage allé-

1. M. Frohner les interprète au contraire comme les Euménides : Sculpture antique du Louvre, p. 6.

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gorique, dont le caractère divin ne s’est développé qu’assez tard : l’idée de la colère divine, qu’elle personnifie, repose sur une conception purement morale et très particulière. Cependant Némésis est devenue une déité distincte ; elle avait ses temples, dont le plus renommé était le sanctuaire de Rhamnunte, en Attique;

elle y était représentée tenant à la main une branche de pommier, et portant sur la tête un stéphanos. Mais son type figuré n’offrait pas des traits bien précis, s’il faut en croire les anecdotes qui couraient à propos de la statue de Rhamnunte. D’après Pline, elle était l’œuvre d’Agoracritos, et représentait d’abord Aphrodite. Le sculpteur parien ayant échoué dans un concours transforma son Aphrodite en Némésis, et la vendit aux gens de Rhamnunte. Suivant une-autre tradition, Phidias lui-même aurait exécuté la statue, et l’aurait, par amitié pour Agoracritos, signée du nom de ce dernier. Un fait au moins est certain : c’est qu’au temps de Phidias, le type de Némésis est encore indécis. On le trouve plus tard caractérisé par la coiffure appelée polos, et par le geste attribué à la déesse; elle ramène la main droite devant sa bouche, un doigt posé sur les lèvres, comme pour commander le silence. Plusieurs médailles de Smyrne, de l’époque impériale, la représentent ainsi montée sur un char attelé de griffons, et ayant à ses côtés la nymphe Adrasteia. Thé-

mis, qui lui est parfois associée, ne nous est guère connue que par des peintures de vases.

Tyché, la déesse de la fortune, nous offre un cycle figuré un peu plus riche; nous connaissons au moins les origines de son type plastique. C’est un maître primitif, Boupalos, qui la représente pour la première fois coiffée du polos, et tenant à la main la corne de la chèvre Amalthée, devenue plus tard la corne d’abondance 1 ; la statue de Boupalos était à Smyrne. Le caractère de divinité bienveillante attribué à Tyché est encore accentué par l’épithète d’ Agathe (la Bonne) ajoutée à son nom. « La Bonne Fortune » avait un sanctuaire à Athènes, et on sait qu’au ive siècle les décrets du peuple athénien sont rendus sous ses auspices. Praxitèle Pavait représentée deux fois : une de ses statues se trouvait dans un temple de Mégare; l’autre, plus tard transportée à Rome, est sans doute celle qui se trouvait près du Prytanée d’Athènes. Après Alexandre, Tyché personnifie fréquemment la divinité protectrice d’une ville, et le nom de la cité, ajouté au sien, lui donne, dans chaque pays, une attribution plus particulière. Les graveurs monétaires reproduisent Souvent cette divinité, dont l’image prend place au droit des monnaies; sur celles d’Antioche, la Tyché de la ville a la figure d’une femme couronnée de tours, enveloppée d’un long voile, et tenant

FIG. 122. TYCHE.

(Monnaie d’Antioche.)

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