Ménandre : b'ragm
théâtre de Dionysos mentionnent un prêtre de la Niké olympique 1. Ces transformations intéressent plutôt la mythologie de faits que la mythologie de l’art ; elles ne semblent pas avoir modifié le type figuré de Niké, fixé d’assez bonne heure. La déesse est d’abord représentée comme une jeune fille, sans que rien la caractérise. Le premier artiste qui lui donne des ailes est Arkhermos, un maître primitif antérieur à la Le olympiade. Depuis cette époque, les ailes sont l’attribut presque constant de Niké. Si Kalamis la représente sans ailes, dans un ex-voto consacré à Olympie par les Messéniens, c’est, suivant la remarque de Pausanias, pour imiter le xoa non attique d’Athéna-Niké.
En raison de son rôle mythologique indéterminé, Niké est mêlée aux scènes les plus diverses; c’est une des figures que la peinture de vases reproduit le plus fréquemment. Elle a sa place marquée dans les sujets inspirés par les légendes religieuses; ici, elle verse une libation aux dieux réunis dans l’Olympe, et se confond avec Hébé; ailleurs, elle vole auprès de Zeus et d’Athéna dans la lutte de la Gigantomachie; c’est elle qui apporte à Héraklès victorieux une couronne et des bandelettes. Bien plus, l’art l’introduit dans les scènes de la vie des hommes, comme une sorte d’Eros féminin. Niké personnifie alors des victoires réelles, remportées aux concours gymniques ou musicaux; sur un vase de Nola, elle fait une libation devant un trépied, en l'honneur d’un poète vainqueur. Les mêmes nuances d’attributions se retrouvent dans les représentations plasti-
i. Corpus Inscr. Atticarum, III, i, 245.
ques de Nike, parmi lesquelles nous ne citerons que les plus importantes. Dans les statues chryséléphantines de Phidias, elle était figurée comme un attribut de Zeus et d’Athéna; mais la sculpture la représente souvent
FIG. 123. NIKE.
(D’après un vase peint.)
isolément, et son image consacre le souvenir de victoires qui n’ont rien de* mythique. C’est une Niké que les Messéniens et les Naupactiens avaient consacrée à Olympie, après l’affaire de Sphactérie. Les fouilles allemandes ont mis au jour cette statue, œuvre de Pæonios de Mendé. Le sculpteur avait figuré Niké sous les traits d’une robuste vierge, munie de longues ailes, dont les mains, aujourd’hui perdues, tenaienr sans doute une couronne et une palme; le corps, porté
j26 MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.
en avant par un mouvement plein d’audace, se modèle énergiquement sous les plis d’une robe que lé vent fait coller aux membres. Après le ve siècle, l’art ne modifie pas le type traité par Pæonios, mais il ne s’astreint pas à concevoir Niké comme une figure unique. De même que les Éros se multiplient autour d’Aphrodite, ce sont plusieurs Victoires qui apparaissent sur les charmants bas-reliefs du temple d’Athéna-Niké, à l’Acropole d’Athènes; lés unes conduisent les taureaux destinés au sacrifice, une autre dénoue sa sandale, dans une attitude d’une élégance exquise. La belle Niké du Louvre, trouvée à Samothrace i. * * 4, est au contraire une figure isolée, et procède de la même conception que la Victoire d’Olympie. Debout à l’avant d’une trière, Niké s’avance fièrement; ses vêtements agités par la brise de mer flottent autour d’elle; la main droite tenait une trompette, et la gauche un trophée. Suivant toute vraisemblance, c’est ce monument qui figure au revers des monnaies de Démétrius, et il est permis de croire que la Victoire de Samothrace a été consacrée par le fils d’Antigone, après son succès de 3o6. Le marbre du Louvre serait donc une œuvre de la fin du ive siècle, peut-être de l’école de ScopaS. Sous les dynasties macédoniennes, les images de Niké sont souvent reproduites par les graveurs monétaires î cet emblème est cher aux princes d’humeur guerrière qui se partagent l’empire d’Alexandre.
i. Trouvée eri mars 1 863 , par M. Champoiseau, consul de
France à Andrinople. Voir la notice de M. O. Rayet : Victoire,
statue en marbre trouvée à Samothrace , dans les Monuments de
l’Art antique, IIe livraison.
A l’époque romaine, le symbolisme toujours croissant donne une forme plastique à de simples abstractions, comme l’Honneur, la Bonne Foi, la Pudicité; ces divinités avaient à Rome leurs statues et leurs temples. La sculpture grecque ne semble pas s’être inspirée de ces conceptions; il faut toutefois excepter la déesse de la Paix, Eiréné, dont le caractère personnel paraît avoir été fixé de bonne heure. A l’origine, Eiréné est une des Heures, filles de Thémis, et elle est parfois associée au thiase de Dionysos. Considérée comme déesse pacifique, elle avait son culte à Athènes, et l’on sacrifiait à son autel près du vieux Prytanée. Au ive siècle, un sculpteur athénien, Képhisodote l’ancien, l’avait représentée tenant dans ses bras Ploutos enfant, personnification de la richesse. On peut reconnaître dans un groupe de marbre de Munich une réplique de l’œuvre de Képhisodote : Eiréné est figurée sous les traits d’une femme, vêtue de l’ancien chiton hellénique, et Ploutos tenait sans doute la corne d’abondance1; c’est l’attribut qui le caractérise sur les monnaies de Cyzique, où se trouve reproduit le groupe du maître athénien. Le dieu de la richesse, on le sait, est représenté comme aveugle dans la légende poétique ; la pièce d’Aristophane en témoigne. Toutefois les artistes usent d’une grande liberté, quand ils prêtent une forme à ce personnage allégorique; le plus souvent, il a l’aspect d’un enfant ailé, et les peintres de 'vases, qui ne reculent pas devant les subtilités les plus ingénieuses, lui donnent comme compagnon Khry -
i. L’urne qu’il porte dans le groupe de Munich est une restauration moderne.
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FIG. I25. — El RIÏ NE PORTANT PLOUTOS.
(Statue de la Glyptothèque de Munich.)