FIG. 12(5. HÉRAKLÈS
scythique; cette arme fait rarement
( Monnaie de Thasos )
défaut sur les vases à peintures noires.
Dès le ve siècle, l’art commence à négliger le type juvénile d’Héraklès, qui est celui de l’archaïsme, et donne au fils d’Alcmène un visage barbu, des formes plus massives qui conviennent à sa robuste maturité; en même temps le corps du héros se dépouille de son armure, et ses membres vigoureux apparaissent dans toute leur nudité. Sur les métopes d’Olympie, les sculpteurs suivent déjà cette tradition nouvelle, à laquelle la peinture de vases se conformera plus tardivement, car les beaux vases de style sévère montrent encore Héraklès vêtu de la peau de lion. C’est à Lysippe et à son école qu’il appartient dé retracer la figure du héros, telle qu’elle s’imposera définitivement à l’art. On connaît par les textes plusieurs statues d’Héraklès, exécutées par Lysippe, outre le cycle complet des douze travaux, qu’il avait représenté pour un temple d’Alyzia
en Acarnanie. La statue colossale de Tarente, décrite par l’écrivain byzantin Nicétas, montrait le héros assis, sur une corbeille recouverte de la peau du lion néméen. Ailleurs, Lysippe l’avait représenté avec un Eros, qui le domptait, et lui enlevait ses armes ; dans une autre statue, plus tard transportée à Rome, Héraklès était assis tenant une coupe, comme s’il assistait à un banquet : c’était l’ Héraklès. epitrape^ios. Grâce à la faveur dont l’école sicyonienne a joui, lors de la renaissance de la sculpture grecque qui se produit vers 1 3 8 avant notre ère , nous possédons des répliques plus ou moins directes des statues de Lysippe. Pour ne citer que les plus célèbres, l’ Héraklès epitrape^ios est sans doute le prototype du magnifique torse en marbre du Vatican, qui porte la signature d’Apollonios, fils de Nestor. Un autre sculpteur athénien qui travaillait pour Rome, Glycon, paraît s’être inspiré d’une des statues de Lysippe, en exécutant l’Héraklès Farnèse. Il a eu sous les yeux le même modèle que l’auteur de l’Héra-^ klès du palais Pitti, à Florence L Suivant toute vraisemblance, la statue Farnèse nous renseigne exactement sur le type que Lysippe avait prêté à Héraklès. La vigueur du héros s’accuse par des formes athlétiques, par une musculature excessive; la tête, petite, est posée sur un cou énorme. Appuyé sur sa massue que recouvre la peau de lion, le héros semble se reposer de ses fatigues ; mais l’expression soucieuse du visage trahit l’accablement, comme si Héraklès sentait peser sur lui
i. La statue du palais Pitti porte une inscription peu authentique, qui la désigne comme une oeuvre de Lysippe.
(Musée de Naples. )
la destinée qui le condamne aux plus durs travaux.
Les aventures dont sa vie terrestre est remplie ont de tout temps fourni à Part une matière inépuisable. L’enfance même du héros est merveilleuse; arrivé à l’âge d’homme, Pexpiation que lui impose l’oracle de Delphes, en le mettant au service d’Eurysthée, l’oblige à marquer par des exploits sans cesse renouvelés ses voyages dans les pays grecs, ou dans des régions plus lointaines. Cette légende ne s’est pas faite sans emprunts; POrient asiatique y a sans doute contribué. Il est permis de reconnaître le prototype de plusieurs des travaux d’Héraklès dans certaines scènes figurées des monuments assyriens ou phéniciens1; ainsi les nains difformes, que des scarabées ou des terres cuites de Phénicie nous montrent étranglant des animaux sauvages ou des oiseaux, ont pu inspirér à l’imagination grecque quelques épisodes de la légende héracléenne; il en est de même pour l’Izdubar assyrien, qu’on voit, sur des cylindres gravés, enlevant le lion qu’il a dompté. De telles représentations étaient répandues par le commerce phénicien dans tous les pays grecs du littoral de la Méditerranée; on imagine volontiers que les Hellènes à l’esprit curieux, avides de nouveautés, devaient y trouver matière à des récits merveilleux : le héros de ces scènes devenait naturellement leur Héraklès, le grand tueur de monstres. Ainsi enrichie par une imagination sans cesse en éveil, la légende du héros thébain comporte les aventures les plus diverses : les douze travaux,
i. Voir W» ManselL Galette archéologique , 1879, P* ll4m
comme on est convenu de les appeler, n’en représentent qu’une partie. A une époque récente, les mythographes
ont introduit cette classification, laissant en dehors des épisodes secondaires, désignés sous le nom de 7:apepfa. Mais si cette division n’est pas antérieure à Euripide, les artistes avaient déjà été conduits à faire un choix parmi les travaux du héros qui étaient représentés
comme les plus importants. Les épisodes figurés sur les métopes d’Olympie sont ceux que les mythographes rangent parmi les douze travaux. Pausanias les décrit dans l’ordre suivant : i° Le Sanglier d’Érymanthe; 2° l’ Enlèvement des cavales de Diomède; 3° le Combat contre le triple Géryon; 40 Héraklès et Atlas dans le jardin des Hespérides; 5° Héraklès nettoyant les étables d’Augias; 6° la Lutte d’Héraklès contre l’Amazone Hippolyte; 70 la Biche Cérynite; 8° le Taureau de Crète; 90 l’Hydre de Lerne; io° les Oiseaux du lac Stymphale,; ii° le Lion de Némée. La description du voyageur grec est incomplète : on sait, grâce aux fouilles allemandes, que la douzième métope montrait Héraklès enchaînant Cerbère. Chacun de ces douze travaux est reproduit par l’art à l’infini; les peintres de vases en particulier se plaisent à illustrer ces légendes, populaires entre toutes, et la sculpture y trouve le sujet des grandes compositions décoratives. Pour n’en citer qu’un exemple, la lutte contre le lion de Némée figure sur les métopes du soi-disant Théséion, à Athènes; elle décorait, avec les autres travaux, le fronton de l’Hérakléion de Thèbes, attribué à Praxitèle, et formait le sujet du groupe de Nicodamos, consacré dans l’Altis d’Olympie1. On ne saurait compter les peintures de vases où Héraklès est représenté terrassant le lion, tantôt seul, tantôt accompagné d’Ioalos, et assisté par Athéna ou par Hermès. L’épisode du taureau de Crète est aussi traité avec prédilection, et la belle métope d’Olympie, conservée au
1. La liste des bas-reliefs qui la représentent est donnée par Zoega : Bassirilievi . Il, p. 53 ; mais cette liste est déjà fort incomplète.
Louvre, nous le montre dans une composition d’une simplicité magistrale. D’autres scènes sont moins fréquemment reproduites ; telle est la lutte contre les oiseaux stymphalides, dont les représentations céramiques soni rares. C’est ce qui donne une valeur particulière à l’amphore du Musée Britannique3 publiée par M. J. de Witte : Héraklès abat à coups de fronde ces oiseaux malfaisants, figurés comme des grues ou des ibis, et auxquels l’art donnait quelquefois la forme de femmes avec des pattes d’oiseau.
Aux douze travaux se rattachent des épisodes qui viennent s’ajouter à la légende principale. L’aventure d’Héraklès chez le roi égyptien Busiris est un incident de son voyage au jardin des Hespérides. On sait comment ce roi, impitoyable pour les étrangers qui abordaient en Egypte, voulut faire immoler Héraklès, qui le tua. La fable était devenue populaire, grâce au drame satirique et à la comédie, et les peintres de vases se plaisaient à retracer la figure étrange des Ethiopiens, serviteurs de Busiris, qui tentent d’enchaîner le héros grec. C’est aussi en poursuivant le sanglier d’Erymanthe que le fils d’Alcmène engage sa lutte avec les Centaures du Pholoé. Enfin, le combat contre Alkyoneus, et contre Achéloos, l’épisode du .Centaure Nessos et de Déjanire sont au nombre des aventures qui ne figuraient pas parmi les douze travaux. Faut-il rappeler comment la mort d’Héraklès, sur le bûcher du mont Œta, met fin aux épreuves de sa vie terrestre, et comment le héros,
1 . J. de Witte, Hercule et les oiseaux de Stymphale , Galette archéologique , 1876, pl. III.
Ho MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRECE.
admis dans l’Olympe, est enfin appelé à jouir de la vie bienheureuse des dieux? Ce nouveau cycle figuré n’est pas moins riche que le précédent : l’apothéose d’Héraklès, ses noces divines avec Hébé, sont représentées sur de nombreuses peintures de vases1. Le héros est comme transfiguré ; il a dès lors en partage l’éternelle jeunesse, et c’est sous les traits d’un jeune homme qu’il s’assied au banquet des Olympiens. Mais si les artistes ont souvent traduit, avec un sentiment très élevé, cette scène de l’apothéose, la caricature s’en est aussi emparée. On sait sous quel aspect grotesque la comédie attique a peint Héraklès : la pièce des Grenouilles, d’Aristophane, nous en donne la preuve. L’art s’inspire quelquefois de ces charges comiques. Une amusante peinture, qui décore un vase du Louvre, montre l’entrée grotesque d’Héraklès dans l’Olympe2 : son char est traîné par des Centaures, précédés d’un Satyre aviné; près de lui se tient une Niké difforme, au profil de négresse, et le héros lui-même a le visage hébété et grimaçant d’un masque comique.