‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 151 sur 152 · Voir livre I, chap. VI, fig · texte numérisé non relu

Voir livre I, chap. VI, fig

2. Voir Klügmann : Die Ama^onen in attischen Litteratur und Kunst , Stuttgart, i8y-.

guerrier, comme les adversaires des héros grecs, Héraklès, Thésée, Bellérophon; elles avaient poursuivi jusqu’en Attique Thésée, le ravisseur d’Antiope, et leur souvenir s’associait ainsi à celui des événements légendaires de l’histoire d’Athènes. En représentant le combat des Amazones contre les Grecs, l’art ne sortait pas du cycle des légendes nationales; il y trouvait en outre un motif singulièrement fécond. Ces scènes, pleines de mouvement, riches en contrastes, convenaient aux grandes compositions sculpturales; il n’en faut pas davantage pour expliquer le choix des artistes. Il serait trop long de signaler ici tous les édifices dont la décoration plastique est empruntée au mythe des Amazones : rappelons seulement la frise du temple d’Apollon Epicourios à Bassae, celle du Mausolée d’Halicarnasse, et l’ex-voto offert par Attale aux Athéniens. Ce sujet n’est pas moins familier à la peinture qu’à la sculpture : Micon l’avait peint sur les murailles de la Stoa Poikilé d’Athènes, et sur celles du Théséion; Panainos l’avait représenté sur la barrière qui entourait le trône de Zeus à Olympie. Au ve siècle, les maîtres de la sculpture attique prennent part à un concours ouvert par les Ephésiens, pour une statue d’Amazone destinée à être placée dans l’Artémision de leur ville. On sait que les concurrents furent Polyclète, Phidias, Crésilas, Phradmon et Kydon. Plusieurs statues d’Amazones que possèdent les musées d’Europe nous offrent sans doute les répliques des statues exécutées par ces sculpteurs. Celle de Phidias, au dire de Lucien, était blessée et s’appuyait sur sa lance. Il est possible que les statues du Salone du Capitole soient inspirées par l’œuvre de Phidias;

PIC. IJO. — amazone.

(Rome : Vatican. Musée Chiaramomi.)

suivant Overbeck, le marbre du musée Chiaramonti, au Vatican, pourrait être une imitation soit de l’original de Phidias, soit de la statue de Crésilas. L’Amazone de Polyclète, au -contraire, semble être le prototype de la belle statue du musée de Berlin, qui rappelle, par l’aspect robuste des formes, le Doryphore de Naples1.

Dans les œuvres de la plastique, le type des Amazones est tout à fait grec : elles portent la courte tunique, souvent aussi le casque hellénique. Les sculpteurs ne visent pas à représenter exactement des Asiatiques; ils subordonnent à la recherche du beau celle de la vérité réaliste; ou plutôt cette dernière les laisse indifférents. Or, la demi-nudité héroïque n’offre-t-elle pas à l’art plus de ressources que le vêtement oriental, couvrant le corps entier? Les conditions de la peinture de vases sont toutes différentes ; cependant les peintres céramistes suivent longtemps la même tradition que les sculpteurs. Sur les vases d’ancien style, et sur un certain nombre de peintures de style achevé, les Amazones portent le casque, la courte tunique et les embades ou bottines à retroussis des cavaliers grecs. C’est seulement sur les peintures du plus beau style, qu’on les voit représentées en costume asiatique, avec la tiare aux ailes flottantes, la tunique de peau couverte de mouchetures, et les anaxyrides, qui s’ajustent aux jambes comme une sorte de maillot. Le costume oriental offrait aux peintres l’avantage de distinguer les Amazones au milieu des combattants grecs; ils y trouvaient aussi un élément

i. Voir Klügmann : Statua d’ Ama\\one} del R. Museo di Berlino. Annali dclV Inst., 1869, p. 272.

pittoresque, et la finesse de leur pinceau pouvait s’exercer dans le rendu de ces étoffes striées et couvertes d or

nements.

Mais on a peine à croire que le goût de la vérité an conduit les artistes à 'adopter cette tradition nouvelle; ils obéissaient plutôt aux préoccupations qui ont toujours dominé l’art grec. Quel que soit le mythe dont l’art s’inspire, tous ses efforts tendent à créer des formes belles ou expressives, et par là même il échappé a un

grave danger : sans cesser d’emprunter ses sujets à la mythologie, il ne s’enferme pas dans un symbolisme rigoureux. Ces légendes, qu’il traduit, ne lui imposent pas la répétition stérile des mêmes types. Ce n’est pas le moindre mérite des artistes grecs d’avoir su concilier une très grande liberté, dans la recherche de la forme, avec le respect des traditions mythologiques.

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