Apollodore : Biblioth., II
ryalé , poursuivent à tire-d’aile le héros qui s’enfuit. C’est le sujet de plusieurs peintures de vases d’ancien style ; mais les autres moments du drame n’étaient pas négligés , témoin la peinture d’une pyxis athénienne, qui montre Persée surprenant Méduse endormie1.
On sait comment la*tête coupée de Méduse, ou Gorgonéion, est devenue l’emblème de la terreur; elle est représentée sur l’égide d’Athéna, et souvent aussi les artistes la traitent isolément, comme une figure indépen-
1. A. Dumont : Pyxis athénienne représentant Persée et les Gorgones. Monuments grecs, publiés par l’Association des études grecques, 1878.
FIG. 129. GORGONÉION.
(Antéfixe en terre cuite peinte, trouvée à l’Acropole d’Athènes.)
dante. L’étude de cette série de monuments offre un vif intérêt : il en est peu qui démontrent plus clairement à quel point le souci du beau finit par faire oublier les énergiques conceptions de l’ancien âge1. La tête de Gorgone, que reproduisent les monnaies d’Athènes, de Corinthe et de Coronée, procède de l’ancien type : elle est franchement hideuse. Le même caractère se retrouve dans des antéfixes en terre cuite, de style archaïque, où la laideur du visage est encore soulignée par des couleurs vives et crues. Avec le temps, ce type s’adoucit progressivement et arrive même jusqu’à la parfaite beauté. La tête de Méduse mourante de la villa Ludovisi est celle d’une femme au visage charmant : les ailettes attachées aux tempes sont le seul souvenir qui reste de la Méduse ailée des vieux maîtres grecs.
En Laconie, les héros nationaux par excellence sont les Dioscures, fils de Zeus et de Léda. Leur image est souvent représentée sur les en-têtes des stèles Spartiates; ils ont l’aspect de jeunes gens sveltes et robustes, tenant leurs chevaux par la bride. Cet air de jeunesse et de vigueur les caractérise moins encore que le bonnet de forme conique dont ils sont coiffés. Quelquefois des étoiles figurées au-dessus d’eux sur les miroirs étrusques et sur les médailles rappellent le caractère sidéral qui leur est attribué.
Les héros que nous venons de signaler sont grecs d’origine; ils ne le sont pas moins par le type et par le
i. Voir les réflexions du duc de Luynes, à propos de l’ouvrage de Levezow, Sur le développement du type idéal des Gorgones dans la poésie et V art figuré des anciens. Annali delV Inst, i834, p. 3 1 1 .
costume. Certaines légendes thraces ou asiatiques donnent au contraire aux artistes l’occasion de représenter des personnages au type étranger, comme Orphée ou les Amazones. Toutefois, la recherche de l’exactitude dans le costume ou les attributs ne préoccupe pas l’art le plus ancien. Qu’ils soient Thraces, Mèdes ou Phrygiens, les étrangers reçoivent des artistes primitifs le type et le costume helléniques, à peine altérés par des détails presque insignifiants. Pour Orphée en particulier, nous savons que Polygnote l’avait représenté en costume grec dans les peintures de la Lesché de Delphes : Pausanias relève ce fait, non sans étonnement. Plus tard, on voit souvent le héros thrace revêtu de vêtements phrygiens : il porte la tiare appelée cidaris , d’où s’échappe une longue chevelure flottante, la tunique brodée et les anaxyrides. Les peintres de vases de l’époque la plus récente le montrent ainsi, tantôt jouant de la lyre, assis sur un rocher, tantôt en proie aux fureurs des femmes thraces. Sur un beau bas-relief de la villa Albani, dont il existe plusieurs répliques, il porte un costume à demi hellénique, la tunique, le bonnet de four rure appelé alopékis et les hautes bottines que les Grecs empruntaient quelquefois aux Thraces1.
Les Amazones sont aussi des étrangères. On sait que la tradition la plus accréditée plaçait le séjour de ces héroïnes mythiques dans la région du Pont, sur les rives du fleuve Thepmodon. Leur légende est variée et complexe2 : elles y apparaissent toujours avec un rôle