‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 26 sur 152 · Il faut remarquer qu’un type analogue figure sur les mon · texte numérisé non relu

Il faut remarquer qu’un type analogue figure sur les mon

Sur ce point, il faut se résigner au doute. L’attitude d’ensemble de la statue nous est du moins connue par des monnaies impériales d’Argos. L’une d’elles, de la collection Imhoof Blumer, montre Héra assise, tenant le sceptre et la grenade, dans une pose qui convient à une statue colossale; on voit près d’elle la statue d’Hébé placée dans le même sanctuaire, et le paon d’or et de pierres précieuses dédié par Hadrien dans l’Héraion. Ces documents éclairent les témoignage des textes. L’attitude de la Héra de Polyclète est bien celle de la souveraine de l’Olympe : c’est « la déesse aux bras blancs, aux bras d’ivoire, au regard magnifique, au splendide vêtement : c’est la royale déesse, assise sur un trône d’or1. » Les attributs eux-mêmes traduisent les caractères mythologiques de la déesse. Le sceptre est l’insigne de sa royauté. La pomme de grenade, symbole de l’union conjugale, les Saisons et les Kharites, qui font allusion à la maturité des fruits, rappellent l’heureuse fécondité que le « mariage sacré » de Zeus et d’Héra entretient sur la terre. Quand les deux époux s’unissent, « aussitôt la terre produit en abondance une végétation nouvelle. Le lotus humide de rosée, le safran, l’hyacinthe molle et touffue forment aux deux époux un lit épais, ou ils sont étendus, enveloppés d’un magnifique nuage d’or, d’où s’échappent des gouttes brillantes de rosée2. » Après Polyclète, la nouvelle école attique ne modifie pas sensiblement le type d’Héra. Peut-être dans sa

naies de Knossos et d’Himéra. Voir Overbeck, ouvr. cité. Mil» tafel II, 22.

i. Maxime de Tyr, Diss., 14, 6.

%. Iliade , XIVj vers i5? çt suivants,

LES DIVINITÉS DU CIEL

statue d’Héra Télêia à Platées, Praxitèle avait-il donné au visage dé la déesse un caractère plus gracieux et moins sévère. La tête qui figure sur les monnaies de Platées offre déjà des traits plus adoucis. On peut se rendre compte de ces nuances d’expression en comparant deux des bustes les plus remarquables d’Héra, qui appartiennent à des périodes différentes. Le premier est le buste Farnèse, conservé aü musée de Naples. S’il est difficile d’y reconnaître une imitation du type créé par Polyclète1, nous avons au moins sous les yeux un bel exemple du style du ve siècle ; c’est sans doute la copie en marbre d’un bronze original, exécuté avant la LXXXIP olympiade. La physionomie de la déesse est sérieuse, la bouche sévère ; les yeux sont cernés par des ressauts qui rappellent la technique du bronze. Retenus par Yampyx, les cheveux se massent simplement, encadrant un front étroit. Au contraire, les influences de la nouvelle école attique apparaissent clairement dans le magnifique buste colossal de la villa Ludovisi. Certains archéologues l’attribuent au ive siècle ; à coup sûr, il n’est pas postérieur au me. On trouverait difficilement un modèle plus parfait du type classique d’Héra dans la tradition grecque. Les boucles de la chevelure ondulent sous la riche sjéphané qui couronne le visage, et accompagnent un ovale très pur. Les yeux sont largement ouverts2; les lignes de la bouche et du menton

1. Voir les remarques de M. A. Conze \Beitrage %ur Gesch. der gricch. Plastik, p. 2 et 6.

2. On connaît l’épithèté de ëowiuç attribuée à Héra dans les poèmes homériques. Ellea donné lieu à de longuesdiscussions, résumées par Overbeck. Ouvr. cité, p. 86 et suivantes,

ont une grande fermeté, mais sans sécheresse, car les contours sont plus pleins que dans le buste de Naples.

FIG. ip. BUSTE d’hERA.

(Villa Ludovisi.)

Une sorte de grâce sérieuse tempère l’expression de dignité souveraine qui anime le visage.

Les statues d’Héra, exécutées sous l’influence des écoles du ive siècle, lui prêtent des formes pleines et arrondies; la déesse est dans tout l’épanouissement de

FIG. 20. HERA.

(Rome : Vatican.)

6o MYTEIOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.

sa beauté. Elle est toujours vêtue du chiton sans manches, qui tombe jusqu’aux pieds, et laisse à découvert le cou et le haut des épaules. Un vaste himation entoure le milieu du corps, et recouvre de ses plis le bas de la tunique. Les marbres conservés la représentent debout, appuyée sur son sceptre, une patère à la main. C’est la Héra Téleia, la déesse du mariage, telle que la montrent la statue Barberini du Vatican, celle du Braccio-Nuovo trouvée à Ostie, et celle du Salone du musée Capitolin. La tête de cette dernière est un portrait; on la désigne sous le nom de Crispina ou de Lucilla. La plupart des statues de style hellénique représentent Héra debout, et sans voile; cet attribut a cessé, aux beaux temps de l’art, d'être le signe distinctif de la déesse. Il reparaît au contraire à l’époque romaine. Une statue du Vatican (au Casino de Pie IX), un bronze du Cabinet des Antiques de Vienne, montrent la déesse coiffée de la stéphané, la tête entourée par les plis du voile. Il est facile d’y reconnaître la Juno Regina des monnaies romaines, et des bas-reliefs de l’époque impériale; elle y figure comme un des membres de la triade divine adorée au Capitole : Jupiter, Junon et Minerve.

Tandis que les cultes locaux introduisent dans le type de Zeus de nombreuses variantes, la Héra grecque conserve presque toujours les mêmes traits. Les surnoms d'Hoplosmia, d'Eileithyia , qui lui sont attribués dans certains cultes, n’entraînent pas de modifications profondes dans son type figuré. Il faut passer en Italie, pour reconnaître dans des attributs très particuliers de la Junon romaine le souvenir de vieux cultes locaux. C’est

LÈS DIVINITÉS DO CIEL

êt

ainsi que Junon Lucina , qui préside aux accouchements, porte le flambeau; sur les monnaies de Faustine la jeune, elle tient des enfants dans ses bras. A Lanuvium, Junon Sospita n'a rien de commun avec la H era des Hellènes. C’est une divinité guerrière, qui a pour attributs le bouclier, la lance, et la peau de chèvre. Le serpent qui s’élance à ses pieds rappelle la légende rapportée par Properce1: on connaît les jolis vers où le poète montre les jeunes filles de Lanuvium venant toutes tremblantes offrir de la nourriture au serpent sacré. La popularité du culte de Junon en Italie défend ces croyances locales contre les influences de la mythologie grecque. Pour les populations italiotes, Junon est par excellence la divinité féminine. Il est à peine besoin de rappeler que, dans les inscriptions latines, le mot juno désigne le génie tutélaire des femmes; et lorsque les villes grecques veulent honorer une impératrice, elles lui décernent le titre de « nouvelle Héra romaine2 ».

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