‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 25 sur 152 · I. Voir Y Introduction, page · texte numérisé non relu

I. Voir Y Introduction, page

LES DIVINITÉS DU CIEL. s?

par-dessus, un diploïdion tombant jusqu’aux genoux, et un ornement formé de deux bandelettes croisées sur la poitrine. Le buste est entouré d’une pièce d’étoffe qui en fait trois fois le tour. On sait, par les documents épigraphiques, que la Héra samienne possédait une riche garde-robe. Une inscription de l’année 346 avant notre ère, qui en relate l’inventaire, mentionne des tuniques de différentes couleurs, des manteaux de fin tissu, des coiffures de formes diverses, mitres, voiles, eécryphales, etc. 1.

La Héra de Samos était sans doute adorée comme la déesse du mariage, en souvenir de la tradition locale qui plaçait dans l’île le lieu où Zeus s’unit a la déesse. Ce caractère de divinité matronale est également accusé sur toutes les représentations archaïques d’Héra. Ses attributs presque constants sont la coiffure cylindrique appelée polos, ou le stéphanos, sorte de couronne plus basse, partout égale en hauteur, et qui règne tout autour de la tête ; le visage est encadré par les plis du voile, qui rappelle la parure consacrée des fiancées. On distingue nettement cet agencement de la coiffure sur une terre cuite d’Argos, de style archaïque; la déesse est assise, et ramène sur la poitrine les plis de son voile. Qu’elle soit assise sur un trône, ou debout, Héra est toujours strictement drapée dans les monuments de l’art archaïque. C’est ainsi que la montre une statue trouvée à Samos, qui offre un vif intérêt pour l’histoire du type figuré d’Héra2 *. Le sculpteur, sans doute un

1. Cari Curtius, Inschriftenund Studien fur Gesch. von Samos,

?. Pccrite par M- P. Girard : Bulletin de Corr. hell. i88o;

maître de la fin du vie siècle, ou des premières années du ve, Ta représentée debout, vêtue d’une longue tu-

( D’après un vase peint à figures rouges.)

nique de fine étoffe rayée; une sorte de châle se croise sur la poitrine; un voile, qui devait recouvrir la partie posté- ; rieure de la tête , malheureusement disparue, s’attache à la ceinture, en serrant le corps sans dessiner aucun pli. Si l’on rapproche de la statue de Samos une tête en pierre calcaire trouvée à Olympie, on aura une idée exacte du type archaïque d’Héra. Au début du ve siècle, on donnait encore à la déesse ces traits rigides , cette chevelure massée en boucles ondulées, qui caractérisent la tête d'Olympie.

Un type plastique ne saurait être fixé par des détails extérieurs , tels

que le costume ou des attributs. A la belle époque,

pl. XIII, XIV, L’inscription gravée sur le manteau fait parler la statue elle-même. XyjpafJLÛYiç p. avs0[Y)]x[£]v 'nîforu àya)jxa. « Khéramyès m’a consacrée à Héra ».

LES DIVINITÉS DU CIEL. SS

Tart se préoccupe de traduire plus dignement le caractère moral de la déesse qui occupe dans l’Olympe hellénique le rang le plus élevé. Des maîtres de l’école attique, Phidias, Alcamènes , Kolotès impriment au type d’Héra une singulière noblesse, si l’on en juge par un bas-relief de l’école de Phidias. On connaît le beau morceau de la frise du Parthénon, représentant un groupe de divinités, et où la déesse apparaît vêtue du chiton dorien, qui laisse à découvert le cou et les bras. La noblesse et la grâce sévère de l’attitude disent assez que l’art a déjà conçu un type idéal d’une grande beauté. Mais c’est surtout à l’Argien Polyclète qu’il appartient de le réaliser dans une œuvre capitale : la statue chryséléphantine exécutée pour l’Héraion d’Argos. Suivant la description de Pausanias1, la déesse était assise sur un trône comme le Zeus olympien. *« Elle porte sur la tête un stéphanos, orné des figures des Saisons et des Kharites; d’une main elle tient une grenade, de l’autre un sceptre... On explique le coucou placé sur le sceptre en disant que Zeus, lorsqu’il aimait Héra encore vierge, prit la forme de cet oiseau. » Quels traits Polyclète avait-il prêtés à la déesse? Les rapprochements qu’on a voulu établir entre l’œuvre du maître argien et certains bustes célèbres, comme ceux du musée de Naples et de la villa Ludovisi, n’ont aucune certitude. Tout au plus peut-on retrouver l’influence du type créé par Polyclète sur les monnaies d’Argos, où la tête de la déesse, coiffée du stéphanos, offre un caractère de sévérité et de grandeur, plutôt que de beauté2

Page 1