I. TYPE FIGURÉ D’ARTEMIS
Dans Y Odyssée, le poète homérique dessine en quelques traits la noble figure delà déesse sœur d’Apollon : « Telle qu’Artémis, hère de ses flèches, marche à travers les montagnes, ou sur le long Taygète, ou sui TÉrymanthe, et se réjouit de poursuivre les sangliers et les cerfs rapides; autour d’elle se jouent les Nymphes, filles de Zeus qui tient l’égide, habitantes des champs, et Latone se réjouit en son cœur1. » Ce rôle de chasseresse est le caractère dominant de l’Artémis hellénique. Divinité dorienne, comme Apollon, Artémis est la vierge austère, à la puissance parfois meurtrière, mais dont l’activité se tourne le plus souvent vers les occupa-
i. Odyssée, VI, 102.
LES DIVINITES DU CIEL
IOI
tions de la chasse. Le croissant lunaire, qui est parfois son attribut, rappelle assez quelles sont ses origines mythiques. Bien que Séléné, la déesse de la lumière lunaire, apparaisse de bonne heure comme une divinité distincte d'Artémis, la sœur d’Apollon n’en est pas moins une personnification fort ancienne de l’astre de la nuit.
Le caractère de gravité qui prévaut dans son culte lui donne une physionomie morale empreinte d’une grande noblesse. A travers tous les changements qu’a subis le type figuré d’Artémis, on retrouve la conception prédominante du caractère virginal. Grâce à des découvertes récentes, nous pouvons suivre le développement de ce type depuis les origines jusqu’au ve siècle; les statues que les fouilles de M. Homolle à Délos ont mises au jour forment une véritable série chronologique1. Nous avons déjà mentionné la curieuse reproduction en marbre d’un xoanon d’Artémis; c’est la plus ancienne des statues déliennes2. Artémis y est représentée sous des traits naïvement primitifs : les bras collés aux côtés, la chevelure répandue sur les épaules et divisée en quatre mèches, le corps serré dans une robe. L'inscription gravée sur la statue est nécessaire pour nous avertir que cette informe image est celle de « la déesse qui frappe au loin, et se plaît à lancer ses flèches ».
1. Voir Th. Homolle : Les Fouilles de Délos, dans les Monuments grecs de l’Association pour l’Encouragement des études grecques, 1878. Cf. Bulletin de Corr. hell., 1879, P* 99 et pld, II, III et 1880, p. 29.