‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 45 sur 152 · FIG. 3 6. — ARTÉMIS · texte numérisé non relu

FIG. 3 6. — ARTÉMIS

(Statue de style archaïque. Musée de Naples.)

les artistes se plaisent-ils à les accentuer dans les œuvres d’une date postérieure qui ne sont que des pastiches de l’ancien style. La statue du musée de Naples, trouvée à Herculanum, montre bien la préoccupation de donner au type de la déesse une sorte de saveur archaïque. Les éléments de la coiffure et du costume sont les mêmes que dans les marbres de Délos ; mais le manteau est orné d’une riche bordure, et le baudrier remplace le bourrelet d’étoffe. En outre, la déesse est représentée marchant à pas rapides, et elle portait sans doute l’arc, qui ne figure pas dans les anciennes images, dépourvues d’attributs. Il est vraisemblable que ce type primitif d’Artémis était respecté dans les statues destinées au culte; on aimait à conserver dans les temples le souvenir des vieilles idoles chères à la foule. C’est ainsi que sur une monnaie d’or d’Auguste frappée en Sicile, on voit Artémis coifféë du modius et vêtue de la longue robe : M. Ch. Lenormant y a reconnu la statue consacrée dans PArtémision d’Ortygie, près de Syracuse.

En même temps que la nouvelle école attique du ive siècle modifie l’ancien type d’Apollon en lui attribuant des formes plus élégantes, elle fait subir à celui d’Artémis un changement analogue. Scopas, Praxitèle, Timothéos atténuent le caractère austère des anciennes représentations de la déesse. Faut-il réellement demander aux monnaies d’Anticyra la reproduction de la statue exécutée pour cette ville par Praxitèle ou par des artistes de son école1? On conviendra tout au moins que la figure gravée sur ces monnaies rappelle de tous

i. Michaelis, Arch. Zeitung, 1876, p. 168.

(Musée du Louvre,)

points le type créé sous l’influence de la nouvelle école. Dans l’art du ive siècle, comme dans celui des époques qui suivront, Artémis est la chasseresse agile, courtvêtue, armée de l’arc, à la chevelure relevée sur le sommet de la tête, en forme de crobyle. Les traits du visage, plus délicats et plus ronds que ceux d’Apollon, offrent cependant avec ceux-ci une singulière analogie. Il semble que les artistes se complaisent à traduire sous une forme féminine la figure idéale d’Apollon.

Parmi les monuments conservés qui se rapportent à ce nouveau type, la statue du Louvre, connue sous le nom de Diane de Versailles, est un des plus renommés1. Ce n’est pas qu’elle soit des meilleurs temps; elle appartient sans doute aux premières années de l’époque impériale. Mais l’Artémis du Louvre reproduit un type connu et souvent traité, celui de l’Artémis chasseresse ou Agrotèra. La déesse, lancée dans une course rapide, et accompagnée par une biche qui court à ses côtés, s’apprête à tirer une flèche de son carquois ; la main droite, que le sculpteur moderne a posée sur la tête de la biche, devait tenir l’arc 2. Au lieu de la longue robe des statues archaïques, elle porte le court chiton dorique, replié en diploïdion, et agrafé sur l’épaule ;

1. On sait que cette statue a été apportée de Rome en France sous François Ier. Restaurée par Barth. Prieur, elle fut placée à Versailles par Louis XIV, et rendue au Louvre l’an VI de la République.

2. On pensait alors à la biche cérynite. Il paraît prouvé que cette opinion est erronée. (Voir Welcker : Akad. Kunstmuseum ^ u Bonn, p. 57.) On a aussi voulu grouper la Diane de Versailles avec l’Apollon du Belvédère : cette théorie ne repose sur aucun fondement sérieux.

LES DIVINITES DU CIEL

un himation enroulé serre sa taille, et pa,sse sur l’épaule droite, formant à la fois une écharpe et une ceinture ; ses pieds sont protégés par des sandales. Ce motif de l’Artémis Agrotèra est un des plus familiers à l’art antique : on la représente dans diverses attitudes avec des attributs caractéristiques. Tantôt, comme la montre un petit bronze d’Herculanum , elle décoche une flèche ; elle est chaussée des endromides Cretoises, à retroussis flottants, serrées par des lacets, et sur son chiton porte en sautoir une peau

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