‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 50 sur 152 · Hérodote : V · texte numérisé non relu

Hérodote : V

2. Le culte de Bendis elle-même est apporté plus tard en Grèce, surtout en Attique. On sait qu’Aristophane combattit dans les Lemniennes cette invasion d’un culte barbare. Bendis avait au Pirée un sanctuaire fréquenté surtout par la population flottante qui restait en dehors du culte officiel. On y célébrait ses fêtes, les Bendideia. Voir P.Foucart : Les associations religieuses en Grèce *

LES DIVINITES DU CIEL

in

ARTÉMIS TAUROPOLE.

(Monnaie d’Amphipolis. )

d’après la légende, été rapportée du pays des Taures par Oreste et Iphigénie. Comment la sombre et cruelle déesse de Tau ride avait-elle pu se transformer en une Artémis grecque? Par une confusion de mots. L’Artémis brauronienne n’est autre que l’Artémis tauropole de Lemnos, adorée à Ampbipolis, à Samos, etc., et transportée à Brauron à une date fort ancienne.

Les monnaies d’Amphipolis nous font comprendre le sens de ce surnom de tauropolos ou de taurique , que la déesse devait à ses attributs : deux cornes de taureau formant le croissant lunaire. L’épithète fut rapprochée du nom géographique de laTauride, et la déesse brauronienne fut assimilée à la divinité des Taures.

En Asie Mineure, même confusion avec la grande déesse d’Ephèse, dont l’origine est toute asiatique. Le caractère lunaire commun àla divinité éphésienne et à Artémis a pu faciliter l’assimilation. Mais là s’arrêtent les analogies. Déesse féconde et nourricière, l’Artémis éphésienne ne rappelle nullement la vierge dorienne. L’art la représente coiffée du polos, les deux mains ouvertes et étendues, la poitrine chargée de nombreuses mamelles; son corps est enfermé dans une- gaine historiée de zones sculptées, oü apparaissent des têtes d’animaux, cerfs, lions et taureaux. La diffusion et la popularité de son culte, qui pénètre jusqu’à Marseille, grâce aux colonies grecques, expliquent la fréquence de ses

ii2 MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.

représentations figurées. Dans une autre région de l’Asie Mineure, à Perga, en Pamphylie, on trouve également une divinité assimilée à Artémis, et presque semblable à la déesse d’Éphèse.

Mais la confusion la plus étrange est celle qui s’établit entre Artémis et une divinité originaire de Perse, Anahit, ou Anaïtis, devenue pour les Grecs l’Artémis persique1. Des monuments grecs fort anciens nous montrent déjà le type de cette déesse introduit dans l’art : à ses épaules sont attachées des ailes recoquillées ; elle tient d’une main une panthère, de l’autre un lion. Cette figure, qui n’a rien d’hellénique, était souvent traitée par les artistes de la période gréco-orientale. Elle était sculptée sur le coffre de Kypsélos; nous la retrouvons sur des pendeloques de collier découvertes dans la nécropole rhodienne de Gamiros et sur le vase François. Bien plus, l’art étrusque s’en est emparé. Ce motif décore des vases noirs de Chiusi, et, à une date plus récente, des terres cuites italiotes le reproduisent encore. Faut-il expliquer par la diffusion du culte d’Artémis persique ce grand nombre de représentations figurées? On l’admettrait difficilement : le culte d’Anahit paraît avoir été localisé dans la Cappadoce, le Pont et la Lydie, sans avoir franchi ces limites. C’est l’art qui s’est chargé de répandre ce type d’une déesse étrangère, où les Grecs reconnaissaient une image de leur Artémis. Les objets de fabrication orientale, tels que les pierres gravées, les coupes de métal, fournis-

i. Voir l’article de Gerhard : Persische Artémis ; Arch. Zei tunfÇj 1854. Planches LXI à LXIII.

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