FIG. 58. ÉROS
(Terre cuite de Tanagra. — Louvre.)
1. Théogonie, vers 116. Cf. sur les autres traditions le scoliaste d’Apollonius de Rhodes, III, 26.
LES DIVINITES DU CIEL
légende la plus répandue, il importe peu à l’art. Ces généalogies contradictoires trahissent la recherche savante et la réflexion, et ne relèvent pas de la conscience populaire. Tout au plus peut-on en retrouver l’influence dans certains monuments, où l’artiste semble s’être souvenu du rôle de divinité primordiale attribué à Eros. Telle est, par exemple, la plaque d’argent doré trouvée à Galaxidi1, où l’on voit Eros recevant Aphrodite sortant des flots de la mer, au moment de sa naissance. Toutefois les théogonies érudites ne semblent avoir exercé aucune action sur la formation du type figuré de l’Amour. A vrai dire, Éros n’a pas de mythe particulier, bien défini, qui s'impose à l’art, et accuse nettement une physionomie plastique. Ce n’est pas qu’il ne soit adoré en Grèce dès la plus haute antiquité; à Thespies, où il était figuré sous la forme d’une pierre brute, il recevait un culte solennel ; on célébrait en son honneur la fête des Erotidia, et il était également honoré à Sparte. Mais la divinité à laquelle on rendait un culte sous le nom d’Eros, c’était surtout la puissance mystérieuse qui provoque le rapprochement des êtres, et assure la persistance de la vie.
De telles idées étaient familières à la foule; les poètes tragiques, comme Sophocle, s’en font l’écho dans un magnifique langage, et Aristophane y fait allusion dans la parabase des Oiseaux. Cependant l’art semble avoir cherché ailleurs ses inspirations. L’Eros des monuments figurés n’est pas l’Eros cosmogonique d'Hésiode et des Orphiques; c’est le compagnon d’Aphrodite, le dieu
i. De Witte : Acad. Inscr., septembre 1879.
ailé personnifiant la puissance de l’amour dans son action sur le cœur humain. Cette conception apparaît de bonne heure dans la poésie. Déjà Hésiode montre Aphrodite accompagnée d’Eros etd’Himéros qui représente, lui aussi, le désir amoureux; au vie siècle, la poésie lyrique donne à Eros les traits d’un personnage allégorique ; elle lui prête l’arc et la torche, avec lesquels il fait de cuisantes blessures. Sappho se plaint qu’Eros, descendu du ciel en chlamyde de pourpre, ait percé son cœur1, et l’on connaît les jolies pièces d’Anacréon oü il est peint comme « un jeune enfant, portant des ailes, un arc et un carquois ». C’est la poésie lyrique qui développe le thème dont l’art s’emparera; il ne faut chercher les origines du type figuré d’Eros que dans ces libres conceptions poétiques.
Dès lors, on comprend sans peine que ce type n’ait pas été fréquemment traité par l’art primitif. Nous savons, il est vrai, qu'avant la L° olympiade, Arkhermos avait le premier représenté le dieu ailé; mais on ne connaît pas de représentations franchement archaïques d’Éros. Il faut arriver jusqu’au vc siècle, pour le voir apparaître sur des monuments de style sévère. Telles sont les plaques de terre cuite estampée, oü le jeune dieu, nu et portant aux épaules de longues et fortes ailes, se tient debout près d’Aphrodite sur un char attelé de griffons2. Sur une autre plaque, conservée à Munich, il est figuré près de sa mère, une lyre à la main. On sait que sur la frise orientale du Parthénon,