‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 61 sur 105 · MINOS II. — DÉDALE · texte numérisé non relu

MINOS II. — DÉDALE

Minos , au désespoir , jure de venger son fils. Il va lui-même solliciter l'alliance des princes voisins , équipe une flotte et vient mettre le siège devant Mégare. Scylla, fille de Nisus roi de cette ville, apercevant du haut de la citadelle le roi de Crète à la tête de ses guerriers , conçut de l'attachement pour lui. Minos était d'une stature élégante, d'une figure agréable et distinguée : Scylla n'eut pas honte , pour lui plaire , de trahir son père et son pays. Le sort de la ville de Mégare dépendait d'un cheveu couleur de pourpre que Nisus avait au sommet de la tête et qu'il gardait soigneusement. Scylla le lui coupa pendant qu'il dormait , et le porta à Minos comme un gage non équivoque de sa tendresse. La ville fut prise le même jour ; mais la perfidie de Scylla causa tant d'horreur à Minos , qu'il refusa de lui adresser la parole et même de la voir. Accablée de honte , cette infortunée alla se précipiter dans la mer ; les dieux la soutinrent au moment de sa chute, et la métamorphosèrent en alouette : son père fut changé en épervier, et il continua de s'acharner à sa poursuite.

Athènes, craignant le sort de Mégare, demanda la paix. Minos ne voulut l'accorder qu'à une condition cruelle : il exigea que durant neuf années consécutives les Athéniens lui envoyassent sept jeunes garçons et autant de jeunes filles qui serviraient de pâture au Minotaure.

Cependant Dédale , artiste athénien qui avait bâti par les ordres de Minos le labyrinthe de Crète , séjournait encore dans cette lie avec son fils Icare; mais il ne payait que d'ingratitude l'hospitalité de Minos : il favorisait les démarches criminelles de Pasiphaé, femme intrigante et passionnée.

Minos ne put retenir son courroux ; il enferma Dédale et Icare dans le labyrinthe , et ils restèrent

142 HÉROS "et DEMI-DIEUX.

longtemps captifs dans cette inextricable demeure , où ils devaient finir leurs jours. Dédale , dont le génie égalait l'audace , imagina un moyen d'échapper de sa prison. Sous prétexte de vouloir faire un présent à Minos , il demanda à ses geôliers de la cire et des plumes , il en fait des ailes , il les essaie , il se balance , il peut partir. Alors s'adressant à Icare : « Vole prudemment, mon fils, et tiens un juste mi- » lieu dans les airs. Si tu t'élèves trop baut vers le » soleil , sa chaleur fondra la cire de tes ailes ; si tu » voles trop bas , l'humidité de la mer les rendra » trop pesantes pour ta faiblesse. Evite l'un et l'au- » tre extrême, et ne cesse pas de me suivre. » En disant ces mots , Dédale ajuste les ailes aux épaules d'Icare, non sans verser des larmes d'appréhension. Dédale part le premier. Icare s'élève en tremblant à travers ce chemin nouveau ; il hésite , il frissonne. Peu à peu il s'enhardit, ne doute plus de rien, abandonne son guide, et s'élance vers les hautes régions de l'éther. Alors les liens qui tenaient ses ailes se relâchent ; la chaleur du soleil fond la cire ; les plumes se détachent ; et, dans le moment oii, poussant un cri d'effroi , il appelait Dédale à son secours , il tombe et trouve la mort dans cette mer qui fut appelée de son nom icarienne (1).

Le sens naturel de cette fable est sans doute que Dédale, qui, durant sa captivité, avait trouvé l'art de mettre des voiles h sa barque , se sauva ainsi de l'Ile de Crète en devançant les navires de Minos qui le suivaient à force de rames. Le navire d'Icare, mal gouverné, heurta contre les écueils et se brisa.

Dédale poursuivit sa course périlleuse et vint des-

(1) La mer Icarienne s'étend entre les îles de Chio , de Samos , de Pathmos , de Naxos et de Mycone.

Page 1