‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 85 sur 105 · NIOBÉ · texte numérisé non relu

NIOBÉ

lieu pour se reposer. Peu satisfaite de cette vengeance , elle envoya contre elle un serpent monstrueux nommé Python, qui la poursuivait partout et qui allait la dévorer, lorsque Neptune, d'un coup de son trident, fit sortir du milieu des flots et rendit stable 2)e/o5 , île jusqu'alors cachée et flottante. Latone, que Jupitervenait de métamorphoser en caille, s'y réfugia, y recouvra sa première forme, et mit au monde, à l'ombre d'un palmier (d'autres disent d'un olivier) , Apollon et Diane. Mais le calme dont elle jouissait à Délos ne fut pas de longue durée : Junon découvrit cette retraite , et Latone fut contrainte de s'enfuir. Elle erra longtemps en diverses contrées et parcourut la plus grande partie de l'univers.

Un jour qu'elle traversait la Lycie, elle arriva près d'un marais où travaillaient quelques paysans. Epuisée de fatigue et de soif, elle leur demande de l'eau pour se désaltérer : « Vous me sauverez la vie , » dit-elle ; « venez à mon aide 1 ï> Mais les Lyciens , excités par Junon, lui refusent ce léger service, et troublent même l'eau, en y jetant des pierres et des bâtons. Latone indignée invoque Jupiter, qui, pour punir ces inhumains, les change en grenouilles, animaux qui aiment. et habitent la fange.

§ 12. IWîobé.

NiOBÉ, fille de Tantale, roi de Lydie, épousa Amphion, roi de Thèbes, et en eut quatorze enfants, qui tous répondirent aux soins que cette mère attentive avait pris de leur éducation. Ses fils étaient bien faits, agiles, vigoureux ; ses filles possédaient toutes les vertus de leur sexe et de leur rang. Niobé pouvait se dire la plus heureuse des mères.

Mais , tout entière à ses devoirs domestiques , elle négligeait trop le culte des dieux de la patrie. Latone surtout, qui n'avait que deux enfants (1) , était l'objet de son indifférence , quelquefois même d'une raillerie coupable ; et, tandis que le peuple se rendait en foule au sanctuaire d'Apollon , Niobé se promenait sur un char avec sa brillante famille , comme pour braver la divinité de Thèbes et lui ravir l'encens des mortels. Offensée de tant d'orgueil, Latone invoqua son fils et sa fille , et les pria de la venger : vœu cruel, qui ne tarda pas à être accompli. Apollon découvrit , dans les plaines voisines de Thèbes , les fils de Niobé qui s'exerçaient à la lutte et à la course, et il les perça de ses flèches. A cette affreuse nouvelle, les sœurs de ces princes accoururent tout éplorées sur les remparts , et elles tombèrent au même instant sous les coups invisibles de Diane. Niobé se traîne mourante vers le théâtre de tant d'horreurs ; elle s'assied devant les cadavres de ses enfants ; elle y demeure immobile ; elle ne donne plus aucun signe de vie ; elle est métamorphosée en rocher. Un tourbillon de vent l'emporta en Lydie , vers le sommet du mont Sipyle ; et dès ce jour coulèrent de ce rocher deux sources d'eau vive.

— Cette fable est fondée sur un événement des plus tragiques. Sous le règne d'Amphion, époux de Niobé, la ville de Thèbes fut envahie par la peste. Les sept fils du roi et ses sept filles en furent atteints et succombèrent, malgré la promptitude des secours. Niobé vit expirer en quelques heures sa famille entière; et elle ne put mourir ! Sa constitution physique résista aux miasmes pestilentiels et aux déchirements de son cœur. Muette et impassible , elle resta plusieurs

(1) Apollon et Diane.

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