‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 84 sur 105 · ÉCHO. — NARCISSE · texte numérisé non relu

ÉCHO. — NARCISSE

qu'elle le suivait dans les bois, à la chasse, au bord des fontaines, au fond des déserts, espérant obtenir de lui quelque mot favorable, quelque regard d'amitié, quelque témoignage d'intérêt. Peine inutile : un opiniâtre dédain était l'unique salaire de tant d'avances. Navrée de chagrin, et honteuse de s'être abaissée à tant de démarches humiliantes. Echo se retira dans l'épaisseur des forêts, n'habita plus que les antres et les cavernes, et tomba dans un tel état de dépérissement et de maigreur, qu'il ne lui resta que les os. Ses os mêmes furent métamorphosés en rocher, et il ne lui resta enfin que la voix.

Narcisse, jeune homme d'une grande beauté, était fils du fleuve Géphyse et de la nymphe Liriope.

Quand il vint au monde, sa mère consulta le devin Tirésias sur la future destinée de cet enfant , et elle reçut pour réponse « que Narcisse parviendrait à une » vieillesse avancée s'il ne se connaissait jamais. » Un jour qu'il parcourait les campagnes , il aperçut son image dans une source limpide, devint amoureux de sa propre figure, et ne voulut plus s'éloigner du miroir des eaux. Plus il se regardait, plus sa folle passion prenait d'accroissement : il soupirait, tendait les bras à l'objet aimé, s'efforçait de le saisir et.de l'embrasser, et versait des larmes de dépit et de douleur. Fixé jour et nuit auprès de cette fontaine , il s'y consuma d'inanition et de mélancolie.

En descendant des montagnes, les nymphes voient Narcisse, qui venait d'expirer, et ne peuvent retenir leurs gémissements. Elles se dispersent dans toute la contrée et rassemblent à grands cris leurs compagnes pour célébrer les funérailles de leur ami. Couronnées de cyprès , elles s'avancent lentement vers la source fatale : mais elles n'y trouvent plus le corps de celui qu'elles regrettent. A sa place s'élève une fleur nou-

200 ETAMORPHOSES DIVERSES.

velle, qu'on appela narcisse, et qui fut consacrée à Pluton , à Proserpine et aux Euménides.

§ 10. Sgérie.

Egérie était une nymphe de Latium à laquelle les Romains rendaient un culte religieux. Numa Pompi- Lius, voulant rédiger des lois pour son peuple encore barbare, se retirait fréquemment dans les bois qu'habitait la nymphe Egérie, lui demandait des avis, et obtenait d'elle de précieuses directions. Leur attachement mutuel dura autant que leur vie. Quand Numa mourut , Egérie en fut si désolée qu'elle ne cessait de pleurer, et que ses gémissements, ses cris, ses sanglots interrompirent plus d'une fois les sacrifices de Diane. Cette déesse, émue de pitié, la changea en une fontaine , qui fut nommée Egérie, et dont les eaux ne tarissent point.

— Quelques auteurs ont voulu voir dans Egérie le symbole de la solitude , qui prodigue ses faveurs à l'esprit méditatif, au philosophe, au sage. — ^ D'autres ont prétendu que Numa ne feignit des conférences avec une nymphe inspirée que pour donner à ses lois une sanction divine, et rendre le peuple romain plus docile à s'y conformer.

§ IL I^attone et les ILiyciens.

Latone, fille du titan Géus , était si parfaitement belle qu'elle captiva le cœur du maitre des dieux , et causa tant de dépit à Junon , que cette reine jalouse lui voua une haine éternelle, la bannit de l'Olympe, et fit promettre à la Terre de ne lui accorder aucun

Page 1