N'a-Qu'un-Oeil
élé pour Part autant qu'homme de France et, d'ailleurs, impatient de parachever mon œuvre où je me suis dépensé de mon mieux et qui, je V espère parfois, sera bientôt close, je inaperçus, et non sans quelque effroi, naguère, en la révisant avec le soin que j'apporte à mes travaux, qu'elle manquait d'un indicateur assez lumineux pour que chacun en suivit aisément les méandres un ptu compliqués en leur simplicité plus apparente que réelle, et partout y reconnût l'extraction et
l'homogénéité des terriens qui la peuplent. A cet effet y il me sembla nécessaire et même indispensable de peindre les dieux de ces christicoles encore semi-barbares , c'est-àdire les serfs que délivra la Révolution. Or, après avoir longtemps et vainement tâtonné, je me souvins tout à coup du seul, peut-être le dernier de tous, que j 'avais vu, de mes yeux vu, presque à la veille de Quarante-huit, et, par ainsi, le joint enfin trouvé, je me résolus à remplir illico la lacune qui m'avait troublé plus que de raison. Évoquées sans délai, my apparurent aussitôt les générations antérieures à N'a-Qu'un-OEil et dès lors luimême était déjà conçu, sinon encore né. Souhaitant ardemment que le nouvel accouchement de mon esprit ne fût pas aussi laborieux que ceux qui V avaient précédé, fusai de mille précautions analogues à celles que prennent les femmes jalouses d'assurer la vie au fruit prochain de leur chair. Eu donc égard à ma prudence et sans trop de fatigue pour moi ni pour lui, ïenfanteau vint a terme, et quand je l'eus
êiUité de mon sang et nourri de ma sève, on constata que nous jouissions d'une excellente santé tous les deux et je le lançai dans le monde où, ma foi , depuis, il a, tout en trottinant à son gré, suffisamment grandi. J'avoue qu'il ne m'eût pas déplu de comparer ici ses faits et gestes à ceux de ses aînés qui, chronologiquement, ne sont plus que ses cadets aujourd'hui, nuis mon si bénévole ami de Bruxelles, Edmond Picard, ayant bien voulu se faire l'historiographe de mes fils immatériels et de leur tangible papa, je lui passe avec plaisir la plume et ne la reprendrai que lorsqu'il aura trop tôt fini de charmer quiconque aime à ckoytr les belles-lettres et ceux qui savent en discourir avec non moins d'indépendance que £ urbanité.