‹ N. Lenau, poète lyriqueChapitre 1 sur 43 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce IWre n*est pas un travail d'ensemble sur Lenau. Il suppose au contraire une connaissance au moins générale de sa vie et de ses œuvres. Nous nous sommet proposé ici, en substance» de soumettre Torganisation morale et la production lyrique du poète à une analyse aussi exacte et aussi complète que possible, pour essayer de détei*minei* les rapports profonds qui les unissent.

L'objet de cet ouvrage étant, avant tout, une analyse, nous devions nous préoccuper de choisir une méthode qui permit de pousser cette analyse aussi loin que cela serait nécessaire. Cest pourquoi nous avons renoncé à la méthode biographique, qui, replaçant lés œuvres littéraires parmi les événements qui les ont produites directement ou indirectement, respecte la succession extérieure de ces événements eux-mêmes. Une méthode pareille aurait offert ici de graves inconvénients. Elle nous aurait contraint de présenter les faits de tout ordre qui constituent la vie morale du poète : actes, idées, influences littéraires sociales ou philosophiques, dans ce pêle-mêle inintelligent où la réalité brute les confond, ou, tout au moins, dans cet ordre encore très imparfait que Fart du biographe arrive à établir à grand peine, le plus soavent aux dépens de sa méthode elle-même. Car enfin

homme est complexe et on peut dire que, dans le e même journée, son âme est modifiée par une ans extérieures très difTérentcs les unes des autres, ochées par le hasard des circonstances. D'autre âme réagit à son tour contre ces impressions, eurs directions et de plusieurs manières, que quotidienne confond dans sa synthèse factice. Or ue, pour défmir la nature d'un corps nouveau, le in de le soumettre successivement à l'inflaence ar, de l'électricité et des diiTéreuts agents chimiîme l'analyse psychologique a le devoir de dissoî la vie associe fortuitement, elle doit grouper ;s modifications psychiques du même genre, afin es séries uniformes et complètes, où les phénos'ajoutant les uns aux autres, s'expliquent récit et dégagent peu à peu la loi intérieui'e qui

des séries uniformes et complètes de phénotlà, en effet, la tâche initiale qui s'impose à toute i'un caractère scientifique. Ce qu'un fait isolé as, plusieurs faits le laissent deviner et une séHe e faits groupés méthodiquement le confirme, en ^ans cesse à l'ohservateui- attentif le principe jur est commun, et en éliminant peu à peu tout ontiennent d'accidentel ou de contradictoire en C'est ainsi qu'en rapprochant les unes des autres ions recueillies par un poète dans ses rapports ire, à diverses époques et dans des régions difféon enfance à son âge mûr, il nous devient possionnaltre, d'une part, l'instinct premier qui le is ces rapports, et d'autre pai't l'action inverse -cée les spectacles de la nature, familiers à ses son imagination, sur le développement de cet conscient au début. En recueillant, de même, et

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en groupant séparément les habitades quotidiennes de cet homme, les actes de sa vie sociale, les traits de caractère rapportés par les personnes qui Vont fréquenté, les plaisirs qu'il a préférés, les besoins qu^il cherchait à satisfaire par ses lectures littéraires ou philosophiques, nous arriverons à déterminer, sinon avec une rigueur mathématique, du moins avec une vraisemblance suilisante, le sens dans lequel ont évolué les organes principaux de son activité morale et leur constitution définitive au moment de la pleine maturité de son talent.

La seconde partie du problème consistera maintenant à observer si ces tendances générales, que nous avons retrouvées derrière les faits de même nature, n'ont pas à leur tour une origine commune, si par exemple cet instinct qui pousse le poète dont il s'agit ici à ne demander à la nature que des impressions violentes, soudaines, accablantes et enivrantes ; si le besoin qu'il éprouve de rechercher Textraordinaîre dans ses attitudes, ses actes et ses paroles, de viser à refTet dans ses relations avec les autres hommes, de n'admettre dans son âme que des sympathies ou des antipathies exclusives, de favoriser en lui-même Téclosion et le développement de sentiments d'exception, de s'exciter même facticement à f émotion intense par toute sorte de jouissances artistiques acres et par des stimulants d'ordre physiologique ; si ces goûts littéraires enfin, qui le conduisent vers les génies oi-gueilleuz et intempérants et ces penchants philosophiques , à la fois excessifs et variables, qui s'accommodent tour à tour de l'extrême scepticisme et de la dévotion mystique la plus étroite, restent à la merci d'influences extérieures, fortuites, auxquelles ils se livrent sans restriction et sans conditions, pour s'en affranchir aussi complètement et aussi binisquement dès qu'elles aui^ont perdu de leur force ; bref, si tous ces besoins, instincts, goûts et penchants ne procèdent pas en dernière analyse, de quelques dispositions fonda-

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mentales ou même d'une seule loi élémentaire de cette orga* nisation morale tout entière.

La complexité des phénomènes de l'existence proprement dite une fois ramenée à Funité, il reste à s'occuper^ de la production littéraire qui constitue un ordre nouveau de réalités, différent de Tordre précédent, bien qu'il n*eu soit en quelque sorte que la prolongation. Retrouver les rapports de dépendance qui unissent la production littéraire à la vie sei*a le premier souci de la critique. C'est là un droit que personne ne lui conteste plus. A cette illusion que le poète, comme Dieu lui-même, créait ses œuvres de rien» s'est substituée peu à peu la conviction que ses productions les plus impei*sonnelles étaient presque toujours remplies, pour ainsi dire, des faits de son expérience humaine. Il n'est plus un seul historien de la littérature qui ne tente aujourd'hui de le démontrer. Nous nous appliquerons donc, dans les chapitres divers de la seconde moitié de cet ouvrage, à retrouver l'origine des éléments variés, sensations, sentiments, événements et idées, dont se compose le lyrisme de Lenau, et nous distinguerons ce qu'il doit à son expérience propre, des emprunts directs qu'il a pu faire à d'autres poètes (les influences générales, qui avaient agi sur l'homme, ayant été étudiées dans la première partie). Bien entendu, ce qu'il importe d'établir ici, ce n'est pas- simplement un catalogue des sources ou des emprunts, mais la méthode même suivant laquelle l'auteur a utilisé ses acquisitions personnelles ou celles de ses devanciers, c'est-à-dire le rôle qu'ont joué, dans cette œuvre d'assimilation poétique, les tendances fondamentales de son oi^anisation, telles qu'elles ont été définies plus haut. Car c'est seulement en la comprenant ainsi que l'étude des sources d'un auteur peut présenter un intérêt psychologique réel et faciliter la connaissance de l'homme et de l'œuvre. Ici encore, cependant, nous aboutirons dans chaque chapitre à des conclusions générales qu'il s'agira.

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