CHAPITRE II
La nature qui l*a formé
Si Lenau a subi dans une mesuin; insignifiante l'influence de la langue et de la littérature hongroises, s'il doit peu aux hommes, en revanche la nature de son pays d*origine a marqué son tempérament d'une empreinte ineflaçable. Et s'il ne faut pas hésiter à rejeter en bloc toutes les théories qui essaient d'expliquer le genre particulier de son inspiration poétique par des considérations ethnographiques, on est obligé de reconnaître qu'il n'a pas impunément passé son enfance en terre madgyare. A la base de tous nos sentiments et de toutes nos idées se trouve une sorte de vaste plan sur lequel s'étage TinGnie complexité de nos états 'd'âmes. Quelques sensations primitives, simples et larges ont pour ainsi dire établi ce fond compact et durable, oii se fixeront par la racine les images, les représentations, les souvenirs, les concepts dont la totalité constitue notre individu moral. C'est ainsi que la terre immuable porte des forêts éternellement ondoyantes et prodigieusement variées par le feuillage de leurs arbres. Les alluvions fertiles produisent des plantes aux couleurs vives, serrées en une ardente poussée vers la lumière, chargées de fruits doux et juteux que le soleil et Thumidité ont fait mûrir rapidement. Sur la lande immense aux horizons tristes, que les vents balaient en rafales, que les orages ébranlent en rapides chevauchées.