Nabur Martins
Quelques considérations g-énérales au sujet de l'école primitive gantoise. On eu connaissait le fondateur, Hubert van Eyck, et les derniers continuateurs, mais le chaînon intermédiaire manquait. Il est retrouvé lorsque Ton admet comme gantoises les peintures de mains diverses, qui procèdent si évidemment de l'enseig-nement de l'aîné des van Eyck et qui furent erronément attribuées jusqu'ici à un maître tournaisien. C'est grâce à l'étude de l'école gantoise antérieure aux van Eyck qu'on trouveraja solution des principaux problèmes qui préoccupent encore nos historiens d'art. Sans elle on ne peut raisonnablement reconstituer une histoire générale de la peinture flamande primitive.
Tous les historiens d'art reconnaissent qu'Hubert van Eyck fut le fondateur de l'école gantoise primitive. On savait aussi qu'Hugo van der Goes et Juste de Gand étaient les derniers représentants de cette école. Mais on ig-uorait jusqu'ici le chaïuon qui devait immanquablement relier ces peintres à leur maître incontesté, le génial auteur du retable de Gand.
On semblait ignorer que des pièces d'archives indiscutables prouvaient que dans l'entourage de l'aîné des van Eyck, et même avant son arrivée dans la capitale de la Flandre, vivaient et prospéraient en cette ville un grand nombre d'artistes de valeur dont on ne connaissait jusqu'ici les œuvres que par les comptes communaux de Gand. Malheureusement toutes ces peintures furent détruites, à une ou deux exceptions près, par suite des nombreuses guerres civiles et étrangères, des troubles et des incendies dont la riche mais turbulente cité fut si souvent le théâtre.
On avait négligé de constater, d'autre part, que des séries de peintures d'origine inconnue, mais reflétant d'une façon si frappante l'esthétique du fondateur de l'école gantoise, étaient conservées dans d'autres villes moins éprouvées. La plupart de ces œuvres de valeurs diverses et de mains différentes avaient été attribuées jusqu'ici : soit à Hubert van Eyck, soit au fantaisiste Maître de Mérode, ou de Fiémalle, dont on avait fait sans preuves suffisantes un Tournaisien, alors qu'une
œuvre gantoise de l'époque, existant à l'ancienne Boucheriedé Gaud, indiquait visiblement pour son auteur le Maître de la Xativitè de Dijon, c'est-à-dire un élève direct de Hubert van Evck.
L'importance de cette peinture gantoise, pour ainsi direignorée, dont nous sommes parvenu pour la première fois à faire faire une photographie d'ensemble, n'avait pas été soulignée jusqu'ici comme elle méritait de l'être.
On devait l'étudier, car elle constitue un échantillon indéniable de ce qu'était cette école gantoise peu après van Ejck,. c'est-à-dire à l'époque exacte où peignait le peintre énigmatique désigné jusqu'ici sous le nom de Maître de Flémalle.
Déjà cependant, en 1900, M. H. Hymans avait signalé la parenté étroite qui existe entre la Nativité du Musée de Dijon et la peinture gantoise. Plus récemment — nous l'ignorions lorsque nous écrivions l'étude que l'on va lire — M. Verlant, Directeur général des Beaux-Arts, avait remarqué de son côté combien toute l'œuvre attribuée au Maître de Flémalle se trouvait dépaysée — « déracinée », disait-il — dans le milieu tournaisien. Et avec une perspicacité à laquelle nous nous plaisons à rendre hommage l'auteur indiquait, avant nous, pour son lieu d'origine le plus probable : Gand.
(Le cours d'histoire de Tart de M. Verlant, auquel nous faisons allusion, n'a malheureusement pas été publié. Les notes, qu'un de ses auditeurs, M. Pierre Bautier, a bien voulu nous communiquer en Mars dernier, remontent à 1907-1908.)
D'autres auteurs avaient nié comme nous l'origine tournaisienne du maître de Flémalle. Tschudi reconnaissait en lui un Flamand. Firmenich-Richards et Hasse le rangeaient dans l'école de Bruges. A. J. Wauters l'identifie avec Hubert van Eyck.
Dans une petite étude préliminaire, parue dans la Chronique des arts le 25 janvier 1913, nous avons fait connaître quelques-unes des raisons qui nous portent à identifier le Maître de Flémalle avec Nabur Martins, l'auteur de la peinture de l'aucienne Boucherie de Gand. Cette publication nou.s valut des lettres réconfortantes, venues de France — notam-
ment de Paris et de Dijon — ainsi que de Belgique. Parmi ces dernières nous nous permettrons de reproduire celle de notre collègue du musée royal des beaux-arts à Anvers, la croyant de nature à jeter un peu plus de lumière sur la question qui nous occupe.
Musée royal le 5 mars 1913.
des Beaux-Arts d'Anvers.
Honoré Collègue,
C'est avec intérêt que j'ai lu vos communications au sujet de Xabur Martins et j'attends avec grande curiosité la publication annoncée de votre travail illustré d'oeuvres du Maître de Flémalle.
Maintenant que l'hypothèse FJémalle = Daret (ou Campin) se trouve complètement condamnée, il me semble personnellement que le moment est venu pour que la critique abttndonne définitivement toute tentative de personnifier le Mhître de Flémalle avec l'un ou l'autre artiste du groupe tournaisien.
Il me semble que tous ceux qui s'occupèrent de ce peintre — Tschudi seul excepté — s'appuièrent trop exclusivement sur ce que le Maître de Flémalle présente de commun avec Roger van der Weyden. Ils négligèrent trop d'autre part ce que dans sa technique et son style il a de commun avec les frères van Eyck.
Le fait que notre artiste travailla pour Werle à Cologne, et se trouva avec lui sur un pied d'intimité, indique d'autre part une origine flamande plutôt que wallonne.
Cependant, il n'est pas suffisamment prouvé que tout ce qui passe pour avoir été peint par le Maître de Flémalle soit de sa main.
Faites de kis salis! Il me reste à souhaiter beaucoup de succès à votre très intéressant travail. {Signé) Pol de Mont.
Depuis, dans une étude plus complète, accompagnée d'illustrations et de documents probants (voir la Gazetle des Beaux-Arts de juillet 1913), nous avons pu mieux faire comprendre l'importance de l'école primitive gantoise et les raisons sérieuses qui permettent d'}^ rattacher le Maître de Flémalle ainsi que d'autres peintres inconnus, élèves directs de Hubert van Eyck lorsqu'il travaillait à Gaud.
11 nous restait cependant bien des choses à dire, qui ne pouvaient prendre place dans un simple article de Revue. II était nécessaire de mieux situer l'école gantoise ; il fallait esquisser en un ensemble plus complet l'histoire artistique de Gand, avant l'arrivée de van Eyck. II y avait lieu surtout d'évoquer la richesse et la somptuosité incroyables de cette
cité opulente qui, depuis l'époque de Jacques van x\rtevelde s'était affirmé comme le plus ancien et le plus brillant centre d*ai-t de toute la Flandre. Et l'on comprendra ainsi que ce ne fut pas saus raisons que le plus génial de nos peintres flamands vint s'établir à Gand pour y peindre grâce à l'initiative d'un riche mécène bourgeois de cette ville, son immortel cbef-d'œuvre de V Adoration de VAgneaio mystique^ au milieu d'artistes gantois de valeur, qui n'avaient pas attendu son arrivée pour peindre à l'huile, procédé qu'ils inventèrent, ou tout au moins connurent, depuis les premières années du quatorzième siècle.
Une étude plus approfondie de l'école gantoise primitive s'impose. Car, nous en avons la ferme conviction, c'est par elle que l'on trouvera la clef de bien des énigmes. C'est elle seule qui nous amènera à résoudre des problèmes anciens considérés comme insolubles, et à en poser de nouveaux, non envisagés jusqu'ici.
Pourquoi Hubert van Eyck vint-il s'installer à Gand? Comment se fait-il, que c'est dans cette ville qu'il fît de tels progrès, que le retable de Gand doit être considéré comme son unique chef-d'œuvre? A qui faut il attribuer nombre de peintures énigmatiques, contemporaines ou antérieures à l'arrivée de l'aîué des van Evck à Gand? Et ces maîtres inconnus — selon nous ce furent des Gantois — n'eurent ils pas à leur tour une influence heureuse sur l'évolution de l'art Eyckien dans tout le pays flamand ?
Grâce à nos archivistes et à nos historiens d'art, une quantité incroyable de matériaux, pour ainsi dire inconnus, sont disséminés dans la Biographie nationale et dans nombre d'autres publications belges. Nous ne prétendons donc pas avoir découvert l'école gantoise, ni l'identité du Maître de Flémalle. Il ne restait qu'à tirer des conclusions nouvelles de ces nombreux travaux !
Car, comme le disait Marie Antoinette, en s'adressant à sa modiste :
€ Il n'^y a de nouveau que ce qui est ouUié! »
C'est là le cas pour l'école gantoise primitive. Elle parait nouvelle parce qu'elle eut le grand tort de se faire oublier...
L'étude que nous présentons aujourd'hui au public est en grande partie tirée du Bulletin de la Société cl' Histoire et d' Archéologie de G and [nmvs 1913). Nous l'avons complétée, comme texte et surtout comme illustrations, en y ajoutant de nombreuses reproductions tirées des excellents et importants ouvrages de MM. Fierens-Gevaert et Durand-Gré ville (Les Primitifs flamands et Hubert et Jean van Egck), édités avec un si grand luxe par la Maison G. Van Oest et C'% dont l'éloge n'est plus à faire.
Avant van Eyck.
Spécimens de peintures et de sculptures des XI« et XK« siècles à Gand. Les peintures de la Byloque^ des tisserands et de la Leugemeete au XlVe siècle. Splendeur et opulence de Gand à l'époque de Jacques van Artevelde. Sculptures tombales. Les bourg-eois mécènes à Gand. Ancienneté de la gilde des peintres g-antois. Sou caractère aristocratique. La peinture à l'huile emplo\ ée à Gand dès avant 13 J8. Les peintres gantois à l'étranger. Ceux de Gand : van Beirveld, van Axpoele, van der Asselt, Jan Martins, leur vie et leurs œuvres.
Les historiens d'art de tous les pays ont célébré les mérites des écoles primitives de Bruges, de Bruxelles ou d'Anvers. Ils ont parlé même d'une école de Tournai et de Liège, alors que celle de Gand reste encore à faire.
Pourquoi cet injuste oubli?
On semble ignorer que la vieille cité gantoise fut le centre d'art le plus ancien et le plus important des Pays-Bas et que pendant des siècles elle surpassa en luxe et en beauté toutes les autres villes de la région.
Ses peintures murales du XIP siècle, découvertes récemment dans le réfectoire de l'abbaye de Saint-Bavon, sont avec celles de Liège les plus anciennes de tout le nord de l'Europe. Notre musée lapidaire conserve des fonts baptismaux et des chapiteaux sculptés du XP siècle (1), ainsi qu'un superbe linteau de porte ouvragé des deux côtés, du XII% qui est
(1) Un de ces chapiteaux et une des faces des fonts baptismaux sont reproduits dans notre volume 'Péchés 'Primitifs (Art et Folklore). Editions du Mercure de France. Paris, 1912, pp. 109 et 105.
considéré à juste titre comme le spécimen le plus vénérable et le plus beau de tout le pays flamand (1).
Du XIV*" siècle datent les fresques si importantes de la Byhque, où l'on distingue encore les grandes figures de Saint Jean-Baptiste et de Saint Cliristophe. Une composition de plusgrandes dimensions (elle mesure plus de 4 m. 50 de hauteur et de largeur) nous offre, mieux conservée, l'effigie du Christ bénissant sa Mère. Ces derniers personnages sont entourés d'anges et de curieux ornements mobiliers du temps.
Au XIV^ siècle, les peintures murales durent abonder à Gand, car on en retrouve encore de beaux vestiges à la chapelle des Tisserands (Petite Boucherie), et l'on croit qu'il en exista dans les cryptes de la Cathédrale de Saint-Bavon jadis dédiée à Saint Jean.
De la même époque sont les peintures religieuses et pro> fanes de la chapelle de Saint-Jean et de Saint-Paul, dite hospice de la Leugemeete (la menteuse), que l'on retrouva vers 1846 sous une épaisseur de six couches de badigeon superposées. On pouvait y contempler la longue théorie des divers métiersgantois, telle qu'on pouvait les voir lors de leur prise d'armes annuelle de la mi-caréme, dite F « Axiwet ». Ces milices urbaines étaient représentées avec leurs costumes et les armes du temps, chaque groupe se distinguant par ses couleurs, ses armoiries et ses étendards.
Peintures étonnantes qui s'effacèrent hélas I peu à peu, et qui rappelaient étrangement celles du château d'Artois à Conflans, dont M"" Dehaisnes nous a laissé une curieuse description d'après les documents de l'époque. Là-bas on avait représenté non seulement l'armée et les portraits des chevaliers qui la commandaient, avec leurs armures et leurs étendards rehaussés d'or et d'argent, mais môme y figuraient les navires en grand pavois qui devaient transporter le comte d'Artois et ses compagnons d'armes en Sicile (2).
(Il Raymond Koechlin. La sculpture belge et les influences françaises aux Xlll* et XIV'' siècles (Gazette des Beaux Arts, 1903;.
(2) La Chapelle de la L'-ugemeete a disparu. En 1911, « la Commissioii des monuments de Gand, dit M"" V. van der Haeg'hen dans son rapport annuel, a assisté aux derniers moments de ce petit édifice du XI V" siècle.
PI. I et 2. — Un linteau de porte à double lace du Xlle siècle. — Abbaye de Saint-Bavon (Musée lapidaire à Gand).
Si les peintures du château d'Artois disparurent sans laisser de traces, il n'en est pas de même de celles de Gand, dont un peintre et un archéologue de grand mérite, feu M' F. De V^igne, prit des calques très exacts qu'il enlumina d'après nature, en fac-similé. Ces reproductions conservées au musée d'archéologie de Gand nous donnent une idée très complète de la valeur artistique et documentaire des peintures de cette époque. Elles ont été décrites et reproduites par notre confrère Van Werveke dans son ouvrage : Ilet Godshuis van St. Jan en St. Pauivel gezegd de Leugemeete. De Vlaamsche bibliophilen, Gent, 1909.
PI. 3. La Pucelle de Gand. Etendard de la ville de Gand (Pennon). Peint sur toile par Agnès van den Bossche (XVe siècle} (Musée d'Archéologie de Gand).
On ne peut s'imaginer la splendeur et l'opulence des grandes villes industrielles flamandes au XIV^ siècle. Parmi celles-ci, Gand brillait au premier rang. C'est alors que l'on aurait pu dire d'elle avec quelque vraisemblance le mot célèbre attribué à Charles-Quint :
— « Je mettrai Paris dans mon Gand! »
C'est dans cette cité riche et orgueilleuse qu'habitait le vrai souverain de la Flandre, qui n'était ni le comte, ni le
Après la démolition du toit, il a été fait une dernière inspection des peintures murales. Au-dessus delà piscine-crédence se voyaient encore distinctement trois personnages agenouillés. L'arbre de Jessé, visible il y a peu d'années, avait disparu. Plus de traces des autres fresques... » On sait que cette chapelle avait été convertie en chais par son ancien propriétaire, qui était brasseur.
rui de France, mais bien Jacques van Artevelde, a l'esinouveur du peuple », le Kuwaert de Gaud, l'ami et l'allié du roi d'Ani«-leterre. Profondément démocratique, notre cité tirait surtout sa richesse d'une industrie essentiellement populaire, <vlle de la laine, qui occupait des milliers de foulons, de tisserands et d'autres ouvriers. Car c'est surtout à Gand et à Ypres que se fabriquaient alors ces draps et ces lainages de Flandre si renommés dans l'Europe entière. Dès cette époque (le XIV* siècle) Gaud s'était couvert de superbes monuments civils et reli<''ieux, symboles impérissables de sa force; ses églises en forme de donjon.-, percées de meurtrières, attestent encore aujourd'hui le caractère g-uerrier de ses habitants toujours prêts aux mouvements populaires.
On pourrait s'étendre à perte de vue sur les richesses et le faste que déployait cette ville puissante. Les archives énumèrent ses innombrables vases d'or et d'ar<^ent, ses tapisseries et ses divers autres trésors. Eu toutes occasions, cette commune de marchands donnait l'exemple de la munificence et de la prodigalité. Son magistrat, ses échevins, ses doyens, ses chefs d'armes ou de tir paraissaient dans les fêtes et les cortèges vêtus comme des souverains. De simples marchands ou banquiers s'entourent d'un luxe royal. Us vivent avec une suite de trouvères, de jongleurs, de nains, de ménestrels, d'imagiers. Leurs a Steenen », ou palais de pierre, s'élèvent comme des forteresses imposantes, au milieu du fouillis pittoresque des maisons de bois richement sculptées, dorées et polychromées.
On con.serve encore de nombreux inventaires des biens mobiliers de ces « riches hommes », qui furent pour la plu- [•art des mécènes généreux.
C'est une vision éblouissante d'orfèvreries, de pierres rares, de métaux précieux, où l'or et l'argent sont transmués en œuvres d'art pieuses et profanes, où s'accumulent les épées, les calices, les cliàsses, les coupes, les missels, les sceaux, si bien que l'on a pu dire que « le XIV* siècle flamand préluda avec éclat aux folies bourguignonnes » (1).
(l) Fisrens-Gevaert. La Renaissance Septentrionale, etc., p. 13.
PI. 4 et 5. — Le l'Enfaot Jésus, f
Pi. 6. — Ecole gantoise primitive (antérieure à l'arrivée de van Eyck à Gand).
La Madone, S^e Elisabeth de Hongrie, Ste Barbe et un moine chartreux à genoux
(Collection de la Baronne Gustave de Rothschild à Paris).
PI. 7. — Ecole gantoise primitive (antérieure à l'arrivée de van Eyck à Gand). sPontaine de Vie et le Triomphe de L^Eglise sur la Synagogue (Musée du Prado à Madrid).
Comme les princes et les seigneurs, les marcliaDcls gantois élèvent à leur mémoire des tombes sculptées. Elles deviennent si nombreuses que les églises encombrées sont forcées de vendre périodiquement leurs pierres tombales et leurs marbres. On sait qu'on en retrouva des centaines, conservées comme par miracle, dans les radiers démolis des anciennes écluses de la ville (1); celles trouvées mxxBraemgaten suffirent pour créer à Gand la collection de pierres tombales la pins importante du continent.
On comi)rendra qu'au milieu de ce luxe et de cette richesse les arts se développèrent à merveille. Les peintres gantois figurent dans les comptes communaux bien avant la fondation du métier des peintres à Florence et à Sienne, qui datent respectivement de 1349 et 1355, tandis que la naissance de la gilde de Saint-Luc à Bruges nous reporte en 1359 et celle d'Anvers en 1382. Pour ce qui regarde les artistes de Paris, on sait qu'ils étaient encore alors sous Tinflaence du clergé et qu'ils ne s'émancipèrent qu'en 1391 !
Chose curieuse pour une ville démocratique, la corporation des peintres et des sculpteurs gantois constituait une véritable aristocratie. On n'y recevait comme membres que les artistes nés dans la ville ou y possédant le droit de bourgeoisie. Ils devaient verser, comme don de joyeuse entrée, une somme de six livres de gros, plus un plat en argent aux bords dorés et portant les armoiries de la gilde. Ils devaient ajouter en outre « 8 schelUngen groote » pour défrayer un banquet offert au doyen et jurés (Ces sommes furent cependant parfois réduites, par suite de l'une ou l'autre circonstance). Les frais considérables occasionnés par l'entrée dans le métier ou la gilde des peintres à Gand nous expliquent le chiffre peu nombreux des maîtres en cette ville.
(1) Une importante collection de pierres tombales provenant des écluses démolies est conservée dans les réfectoires de l'Abbaye de Saint-Bavon k Gand. Parmi les importantes nous citerons celle d'Hubert van Eyck; une dalle avec incrustations d'émail, représentant en diverses couleurs une ville fortifiée (Xllle siècle) ; des dalles des prêtres et de hauts dignitaires religieux, ainsi que celle de la célèbre famille gantoise des Artevelde.
4'ê i'^^immÂi
'1 9- — Ecole gantoise primitive.- Une vue do Gand. A remarquer la porte cochère ouverte du Steen par où l'on voit une cour intérieure. La petite porte gothique à droite rappelle également une maison encore existante à Gand, rue Haut Port. (Bas de page du Livre d'PIcures de Turin.)
1. 10. — Ecole gantoise primitive. Adieux de Naomé à sa bru. A rapprocher du panneau central de l'Adoration de l'Agneau, à Gand. (Livre d'Heures de Turin.)
^1. II. — Ecole gantoise primitive. Le Baptême du Christ dans le Jourdain. A rapprocher du panneau central de l'Adoration de l'Agneau. (Livre d'Heures de Milan.)
'Les clichés ci-dessus, faisant partie de l'étude de ]\L J. Six : La couleur locale dans le livre d^Heures de Guillauvic VI de Bavière, ont été prêtés gracieusement par la Revue L'Art Flamand et Hollandais.)
Les nouveaux maîtres devaient jurer, en outre, de n'employer, les peintres, que des couleurs fines et des ors de première qualité; les sculpteurs, du bois pur et sans défauts. Membres d'autres gildes ou confréries, ils s'occupaient des représentations et des tableaux vivants représentés en public lors des joyeuses entrées des Souverains à Gand.
Nous avons rappelé naguère que les « Mandistes », c'està-dire les rhétoriciens de la Chambre portant le nom singulier de « Boomloose Mande » ou de Panier sans fond, figurèrent d'importants sujets profanes et religieux lors de la joyeuse entrée à Gand en 1458 de Philippe le Bon, vainqueur de la bataille de Gavere. Parmi ceux-ci se distinguait par son luxe €t l'ingéniosité de sa mise en scène V Adoration de VAgneaic, tel que Hubert avait conçu son immortel chef-d'œuvre (1).
Les gildes des peintres et des sculpteurs astreignaient leurs membres à des obligations nombreuses, et leur liberté était souvent entravée par des réglementations draconiennes.
D'autre part, la jalousie entre les métiers artistiques d'une ville à l'autre était grande, et les droits ou privilèges des maîtres étaient conservés et défendus avec âpreté. Les comptes des gildes gantoises nous renseignent abondamment à cet égard. On y voit des traces nombreuses de procès soutenus contre ceux qui employaient ou achetaient des œuvres d'art faites par des artistes étrangers, ou n'appartenant pas à la gilde gantoise. Cette procédure surannée existait encore au XVP siècle. Ainsi, en 1503, le conseil des doyens des métiers de Gand, à la requête du corps des charpentiers, défend à Jaa van Dikele, sculpteur en bois, de continuer son travail d'ornementation extérieure d'un orgue placé à l'église Saint-Jean {actuellement la cathédrale de Saint-Bavon).
Des délégués ou « supposten » des gildes des peintres et
(1) Voir nos études : L'Art et les Rhétoriciens flamands (Bulletin du Bibliophile etc., Paris, avril 1906). L'année suivante, M*" P. Bergmans, aa congrès historique de Gand, en 1907, donna des notes très complètes sur la représentation du retable de l'Agneau inystique dont nous lui avions signalé l'existence.
sculpteurs surveillent même les portes de la ville, pour empêcher l'entrée clandestine d'œuvres d'art étrangères (1).
C'est peut-être à cause de ces jalousies de métier que nous constatons ce fait étrange que Hubert van Eyck, qui peignit et séjourna à Gand pendant de nombreuses années, ne figure pas dans le registre de la gilde des peintres gantois.
Grâce à de nombreuses découvertes, faites par M"' V. van der HaegLen, archiviste de la ville de Gand, nous pouvons nous faire une idée de l'importance du mouvement artistique gantois au début du XV*' siècle et même dès la seconde moitié du XIV« (2j.
Dès avant l'époque où Hubert installa à Gand ses ateliers d'art renommés, dans lesquels il s'occupa de toutes sortes de travaux artistiques dédaignés par les grands artistes de notre temps, travaillaient et prospéraient en cette ville de nombreux peintres de valeur, qui déjà employaient la couleur à l'huile plus de cent ans avant la soi-disant invention des van Eyck.
Un compte de la ville datant de 1328-1329 (fol. 242 v«) nous apprend que le peintre Jacob Compère peignit à Vhiiile a des étendards et vingt et un couronnements de tentes » (van 21 tenlen cqypelen te xervene met olien). Ce qui nous prouve qu'à cette époque ce mode de peinture était déjà habituellement employé à Gand (3).
Les peintres gantois sont de bonne heure attirés en France. M"" Dehaisne cite un Jean de Gand, « Jemourant à Paris d, qui donne quittance « le 30 avril 1328, au sujet de trois grands tableaux et d'ung petit tableau rond à images de l'ouvrage de Rome d, fournis à la comtesse Mahaut d'Artois. Jean de Hasselt, aux gages de Louis de Maie, est chargé par le
(1) Voir pour plus de détails rotre Genre satirique dans la sculpture flamande, p. 22 (Jean Sc}ierait,52, rue Laffitte. Paris, 1910).
(2) Voir Napoléon de Pauw, piésidect de la Commission d'Histoire : Les premiers peintres et sculjjttu) s gantois, 1426 (Bull. Soc. d'hist., à Gand, 1890).
(3) Victor van der Eaeghen. Mémoire sur les Documents faux^ etc. (1899), p. 32, note 2.
12. — Ecole gantoise primitive, contemporaine de Hubert van Eyck. fihodo laissant entrer Pierre. Une vue de la ville de Gand. A gauche des maisons en bois, à droite un Sttcn avec sa salle à colonnes ou crypte. (Livre d'Heures de Milan.)
y^ww ^^^^
13. Ecole gantoise primitive. La Bénédiction de la fosse des morts. (Livre d'Heures
de Milan.)
PI. 14. - Ecole gantoise primitive. L'Annonciation aux Bergers. (Livre d'Heures de Milan.) A remarquer \v. côté intime et humain de ces miniatures faisant présager les œuvres du Maître de Flémalle, ie génial élève de Hubert à Gand.
(Les clichés ci-dessus faisant partie de l'étude de M. J. Six ont été prêtés par la Revue L'Art Flamand et Hollandais, à qui nous présentons ici tous nos remerciements.)
prince « d'ouvrer de son métier de pointure en notre chapelle à Gand et ailleurs, où il nous plaira... ». van der Haeglien a fait observer dans son mémoire déjà cité que HasseJt ou Âsselt est un nom de lieu qui se rencontre dans plusieurs villages de la banlieue de Gand. Jacques de Gand, le « peintre », travaille à Valenciennes en 1364; Jean de Rome, «peintre demourant à Gand », et bien d'autres encore seraient à rappeler (1).
Parmi les peintres résidant à Gand il faut citer surtout Pierre van Beervelde, qui florissait à la fin du XIV*' siècle et au commencement du XV^ Lorsqu'il mourut, en 1414, il était « Présent meester » ou maître des cérémonies à la ville, chargé de remettre aux personnages de marque, de passage à Gand, des présents de vin ou d'orfèvreries faits au nom de la Cité. Les archives nous apprennent que, de 1410 à 1414, il peignit un grand nombre d'étendards et d'armoiries, rehaussés d'or et d'argent pour les milices gantoises lorsqu'elles se rendirent au siège de Montdidier, à la suite du comte de Flandre (2j.
On connaît aussi les décorations qu'il exécuta lorsque le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, fut reçu à Gand comme comte de Flandre. Dès 1404 il avait livré à la ville divers tableaux peints et des dessins calligraphiques. Presque chaque année il orne de nouvelles peintures et de nouvelles figurines le fameux baldaquin de Notre-Dame, qui figurait périodiquement, avec une députation gantoise, à la célèbre procession de Tournai (3).
Il faut encore rappeler, vers la môme époque, le peintre
(1) P. BEVi.G^ik^s. Artistes gantois au moyen âge [Bulletin de la S'^ d'Hist. etd'Ârch. de Gand, 1900).
(2) 11 est expressément prévu dans le contrat que les peintures seront f xécutées à l'huile, « van ol ye verven ». Ce qui prouve une fois de plus que les van Eyck n'inventèrent pas la couleur à l'huile.
(3) Pour plus de détails consulter sa biographie par M. E. De Busscher {Biographie Nationale). Il est bien entendu que tous nos renseignements inédits d'archives cités m'ont été fournis par notre éminent confrère M' V. van der Haeghen, à qui je présente ici tous mes remercîments.
Willem van Axpoele, également né à Gand. En 1419 il est choisi par le magistrat pour repeindre à VliuiU les fresques historiées de la maison scahinale. Celles-ci comprenaient la série des premiers comtes et comtesses de Flandre, avec leurs armoiries (1). On sait qu'une même suite des comtes de Flandre, exécutée sur Tordre de Louis de Maie, en 1374, pour sou oratoire de l'église de Notre-Dame à Courtrai, par un autre Gantois, Van Asselt, fut retrouvée en 1859 sous diverses couches de badigeon et qu'elle existe encore, malheureusement en partie surpeinte par un artiste peu respectueux de Festhétique de nos peintres primitifs.
Jan Martins peignait également à Gand avant l'arrivée en cette ville de Hubert van Evck. Les reo^istres scabinaux de ville nous apprennent qu'il entreprit le 3 juin 1419, avec le peintre Guillaume van Axpoele, de refaire en bonnes couleurs à Fhuile, « met goeder olieverwen », les portraits des comtes de Flandre, peints antérieurement déjà sur les parois de la maison échevinale de la Keiire. Dans le contrat très détaillé intervenu entre les artistes et les représentants du Magistrat, on remarque des stipulations très curieuses concernant la bonne qualité des substances à employer. Il y est défendu notamment de faire usage de toute matière corrosive ou nuisible.
Cette suite de peintures comjDrenait une trentaine de panneaux où se suivaient les comtes en armure accompagnés de leurs épouses en costumes d'apparat. Le prince alors régnant, Jean sans Peur, était le dernier de la série. Son portrait isolé fut également peint par le même artiste. Ces peintures devaient être analogues à celles de Courtrai dont nous parlions plus haut.
(1) Plusieurs renseignements inexacts, inspirés par \eHfaux documents dont M. V. van der Haeghen a fait justice, se sont glissés dans certaines notices qui se trouvent dans la Biographie Nationale. Ainsi il n'est pas vrai que \V. van Axpoele fut doyen delà corporation des peintres gantois ea 13i^ et une deuxième fois en 1419.
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PI. i6. — Ecole gantoise primitive (contemporaine de Hubert van Eyck). Portrait de Jehan Barrât (Musée de Bruxelles).
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PI. 17. — Ecole gantoise primitive (contemporaine de Hubert van Eyck; Portrait de Jehanne Cambri (Musée de Bruxelles).
Jaii Martins figure fréquemment, depuis lors, dans les comptes delà ville de Gand. Il exécute les ouvrages de peinture les plus divers. En 14*24, il enlumine le Saint Georges^ du Steeiidam, et refait le fameux baldaquin de Notre-Dame, qu'il orne de sujets religieux, probablement peints à l'huile sur soie, tels qu'on les voit encore sur les étendards de nos églises. En 1427 il est chargé avec G. de Ritsere de repeindre, toujours à l'huile, les peintures murales de la chapelle de la Kev.re^ et aussi les armoiries qui servirent en 1430, lors de la joyeuse entrée d'Isabelle de Portugal à Gand, A côté de ces travaux artistiques importants nous voyons qu'il se chargeait aussi de peintures utilitaires. Ainsi, en 1422, il vernit seize pierriers en fer, « Yseriii steenhissen », livrés à la ville par Colard Guvse, de Maubeuo-e,
On a cru jusqu'ici que notre peintre fut le père de Nabur Martins, dont nous aurons à nous occuper plus loin; mais M*" van der Haeghen n'a pu découvrir les preuves de cette filiation.
Van Eyck à Gand.
Les peintres prantoi.s à l'arrivée de Hubert. Willem de Ritsere, Zegher van de Vv'oestine, Jan Ryquart, Gherard de Stoevere, Petrus van der Pale, Jacob van der Straten et Willem Lombeke. La peinture à Gand de V Adoration de l'Agneau. Quelques renseig-nements authentiques sur les travaux divers de Hubert. Le mécène Robert Poortier et les éclievins de Gand. Disparition complète de presque toutes les œuvres d'art antérieures au XVl« siècle à Gand. Les iconoclastes. Seule échappe Y Adoration de VAgneaUf qui eut une influence si persistante sur les peintres primitifs gactois.
On connaît aussi un grand nombre de peintres gantois de marque qui vécurent autour de Hubert van Eyck, notamment Guillaume de Ritsere, de son vrai nom Willem van Lombeke, « geseyt de Ritsere », qui est cité en qualité de peintre de tableaux dès 1411 et mourut le 26 mai 1447.
On sait qu'il fit de nombreux travaux en « couleur à oille i> pour le comte de Flandre à son palais de « ten Walle », tant
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î^ l'intérieur qu'à l'extérieur. En 1420-1421 il décore, avec le sculpteur Jan Bulteel et le peintre Jan van Bassevelde, la chambre des comptes de la maison communale gantoise. De
son atelier sort, peinte et dorée, la statue de la Vierge^ de la porte Saint-Liévin. En 1427- 1428 il refait, avec le peintre Jan Martin s, les peintures de la maison scabinale de la keure. En 1430, la Gilde de Saint Sébastien lui commande encore divers « scilderien »
ou tahïeaiix peints mais non décrits.
Une de ses spécialités, c'était l'enluminure des étendards et des bannières (en drap de soie), ainsi que la peinture d'armoiries, qui étaient de vraies œuvres d'art. En 1426 il peint (ou plutôt fait peindre dans ses ateliers) des décors et quatre cents armoiries, qui servirent lors de la Joyeuse entrée d'Isabelle de Portugal, la jeune épouse de Philippe le Bon.
De Ritsere fut souvent élu doyen de la corporation des peintres gantois, notamment de 1420 à 1422 et en 1426. 11 exerçait donc les fonctions de doyen pendant le séjour de Hubert van Eyck à Gand. Car on sait que celui-ci mourut en cette ville en 1426. De Ritsere fut encore élu en 1431-1432 et lors de son décès exerçait les fonctions de
PL i8. — Hubert van Eyck. Les Ang-es Musiciens. Volet de droite du retable de Gand (Musée de Berlin).
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« présent meester » ou de maître de cérémonie de la régence gantoise (1).
Bien d'autres peintres gantois de la fin du XIV^ siècle devraient être rappelés : Zeglier van de Woestine, désigné comme doyen parles maîtres en 1367-1368; Jan Ryquart, en 1398-1399; Gherard de Stoevere, en 1412-1413; Petrus van der Pale, en 1413-1414 et 1415; Jacob van der Straten, de 1416 à 14"J0 ; etc., etc.
On ne sait presque rien de la vie d'Hubert van Eyck. Mais au milieu du fatras d'bypothèses diverses qui entourent son nom surnage une seule et absolue certitude, c'est que le maître s'établit à Gand, qu'il y fonda un atelier et qu'il y peignit son immortel chef-d'œuvre : V Adoration de V Agneau. On sait de plus qu'il y mourut, laissant dans son atelier diverses œuvres inachevées.
Quelques renseignements authentiques puisés dans les archives gantoises prouvent que Hubert peignit non seulement pour Josse Vyt, qui lui commanda le retable de Gand, mais aussi pour d'autres financiers ou mécènes et même pour les échevins de la ville.
Dans les comptes de 1424-1425 il est noté que Maître Hubert reçut cinq escalins de gros pour deux projets « bewerpenen » de retable qu'il avait exécutés sur Tordre des échevins :
Stadsrekening , UM-M^o, fol. 488 et 210 (Omerziene ccstenj. « liem gJiegheveoi over sijn 7noete Litherecht, van II lewerpenen (projets) van eenre taefele die Mj maecte ten devebie xan scepenen V. s. gr. » (2).
Dans les mêmes comptes, l'année suivante (1425-1426),
(1) Pour plus amples détails voir la notice que M. V. van der Haeghen a consacrée à ce peintre dans [ql Biographie Nationale.
(2: M*" Fierens-Gevaert, dans sa Renaissance sepienit'ionale, etc., traduit erronément « bewerpenen » par Volets (?) au lieu de projet ou esquisse. On constate ainsi que, comme de nos jours, les artistes devaient présenter de3 maquettes ou esquisses du travail qui leur était commandé.
est signalé un don de six çrros fait en courtoisie aux « kinderen j> (enfants), c'est-à-dire aux élèves ou gens de Maître Hubert :
Stadsrekening, n2o'U26, fol. 288. Chap. àe^ Prosenien. « Item gheglieven in hoofdscbede den kiuderen te meester Ubrechts VI gr. »
C'est ensuite le registre aux Etats de Biens (1425-1426) qui nous fournit une mentioii plus intéressante. Il s'agit d'un passage du testament de Robert Poortier et de sa femme Avesoete 's Hoegen :
Stalen van Goed (1425-1426), fol. 63. « Dat men in de sehe cajMe doe maken eenen altaer te stelne 1 leelde tan Sinte Anthonise welc leelde nu ter tyt rust onder meester Hubreclite den scildere met meer o/ader Ktercx dienende ten selven altare » (Voir V. van der Haeghen, Inventaire des arcbives de Gand, cat. général, 1896, p. 230).
C'est-à-dire qu'en 1425-1426 Robert Poortier et sa femme avaient choisi pour emplacement de leur sépulture l'église de Saint-Sauveur, située à cette époque dans la seigneurie de Saint-Bavon et transférée en 1540 à l'ancienne église de Saint-Jean (cathédrale actuelle). Ils lui avaient ordonné d'exécuter un autel pour la chapelle où se trouvait leur tombe, a On y célébrera le service du Seigneur, disent-ils dans leur testament, et l'on y placera une image ou statue [beelde] de Saint Antoine, laquelle se trouve en ce moment chez maître Hubert., le peintre, avec divers autres ouvrages devant servir à orner le susdit autel. »
Ce passage relatif à Hubert van Eyck nous prouve que le grand maître flamand s'occupait dans son atelier de Gand de toutes les manifestations de l'art, et non pas seulement de polychromer les statues. Il se chargeait aussi, le texte est formel, de toutes les sortes d'ouvrages nécessaires à l'ornementation d'un autel complet, c'est-à-dire, croyons-nous, des objets d'art de tout genre, y compris les dinanderies, ou chandeliers, devant servir au luminaire, et peut-être même les châsses et orfèvreries destinées aux reliques ainsi que les
20, 21, 22 et 23. - Hubert van Eyck. L'Annonciation. Revers des quatre volets supérieurs du retable de Gand. - A remarquer que la scène se passe dans une chambre avec des fenêtres ouvertes, par où l'on aperçoit un paysage urbain gantois (comme dans les œuvres analogues du Maître de Flémalle ou de Mérode). L'Ange est semblable a celui du Tableau de Bruxelles. LaYierge, comme draperie et attitude, rappe.le celle de Nabur Martins qui se trouve à la Boucherie de Gand et à Dijon.
livres liturgiques. Une dernière pièce d'archivé, qui figure dans les comptes de 1426-1427 (chapitre du droit d'issue), nous apprend qu'à cette date les droits de succession de feu Huhert van Eyck furent fixés à « 6 schellinghen groote ».
« Item van den hoyre van Lubrecht van Heyke 6 schellinghen groote. > — Cette date correspond avec celle qui se trouve sur son épitaphe.
Il y a malheureusement lieu de croire que toutes les œuvres d'art qu'exécuta Hubert van Eyck à Gand furent détruites par les iconoclastes, qui à deux reprises différentes vidèrent et détruisirent systématiquement tout ce qui se trouvait dans les églises, les couvents et les chapelles de cette ville. Et c'est ainsi que nos plus admirables richesses artistiques religieuses, antérieures à la seconde moitié du XVP siècle, disparurent de Gand sans laisser de traces. Seule fut sauvée, comme par miracle, V Adoration de VÂgnemo^ que les chanoines, bien avisés, eurent la précaution de mettre en lieu sur en 1578.
Le Maître de Flémalle.
La N'attvfté de la grande Boucherie de Gand indique pour son auteur un élève ou ua continuateur de Hubert van Eyck. Description de la peinture murale (à l'iiuile) de Gand. Opinion de M*" H. Hymans. Ressemblances entre la peinture de Dijon et celle de Gand. Monuments gantois observés sur les œuvres attribuées au Maître de Flémalle. Œuvres de mains différentes. Aspect légèrement rhénan.
C'est très probablement par suite de cette disparition pour ainsi dire complète de toutes les peintures primitives de Gand que le souvenir de la brillante école gantoise s'évanouit peu à peu. Seuls surnagèrent quelques rares petits tableaux de la fin du XV« siècle et fort heureusement, en partie tout au moins, une JSJathitè peinte sur un mur de l'ancienne Boucherie de Gand, peinture précieuse qui nous servira à établir, preuve à l'appui, que son auteur, Nabur Martins, n'e.st autre que l'énigmatique peintre si admiré, à qui Ton donna « The absurd title of the master of Flémalle d.
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