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L'oubli de cette école glorieuse s'explique non seulement par la destruction totale à Gand (à quelques exceptions près) de toutes les peintures antérieures au XVP siècle, mais aussi par les goûts esthétiques à l'époque de la renaissance. On assista presque indifférent à ces pertes irréparables. Le genre gothique, considéré comme barbare, n'était plus de mode, et était généralement méprisé par les esthètes et les artistes du temps. Il faut ajouter que Gand et Bruges, qui avaient été si longtemps les principaux centres d'art du pays flamand, avaient d'ailleurs bien déchu de leur ancienne splendeur. L'art avait suivi à Anvers le commerce et la richesse. C'était là que, revenus d'Italie, régnaient les peintres romanisants à la mode. On les surnommait avec orgueil les G R(q)lia'éls flamands » ! De Vriendt, dit Frans Fioris, Michel et Raphaël Coxie, et tant d'autres encore, s'efforçaient de transplanter chez nous l'esthétique étrangère inspirée par l'antiquité. Partout, même à Gand, les encouragements officiels allaient aux peintres classiques. Le collège de la Keure gantoise fait peindre en 1588, pour son hôtel de ville, un Jugement dernier inspiré de Michel Ange. Jacob de Backer, dit Palermo, exécute à la même époque un triptyque dans le goût de Raphaël Sanzio, pour l'abbé mitre Del Rio, de Baudeloo. D'autres tableaux furent exécutés par des Auversois ou romanisants, tels que Martino Hemskerke, Frans Fioris, ou bien par leurs principaux élèves. Les églises s'adressaient à Pourbus, à Otto Venins ou à Van Noort, jusqu'au moment où Rubens revenu d'Italie balava les derniers souvenirs des van Eyck, en créant une nouvelle et prestigieuse école flamande, réunissant à la brillante couleur de nos grands primitifs le style grandiose nouveau, emprunté aux Maîtres les plus puissants et les plus pompeux de l'Itahe.