‹ Nabur MartinsChapitre 4 sur 5 · C- rt · texte numérisé non relu

C- rt

'1, 32bis. Ecole primitive gantoise (XVe siècle, milieu). Le Christ mort sur les genonx du Père Eternel. Atelier de Nabur Martins. ^Musée communal de Louvain.)

l existe de nombreuses répliques de cette composition, notamment une excellente au Musée de Bruxelles,

série qui se trouve sur un des panneaux peints par l'auteur du retable de Gand.

Un autre tableau : la Légende de Saint Fligius, appartenant au B*"' Oppenheim, une des peintures les plus typiques

PI. 2)Z- ~ Petrus Christus. La Légende de Saint Eligins

(Galerie Oppenheim, à Cologne).

Tradition de van Eyck, (A rapprocher de la pi. 5.)

du maître, nous montre encore d'une façon non moins certaine que nous sommes en présence d'un continuateur de Hubert Tan Eyck.

Dans cette peinture gantoise, comme dans d'autres, attribuées au maître de Flémalle (Nabur Martins), on peut noter une influence ou plutôt des réminiscences de l'art rhénan, ce qui s'explique très bien chez des peintres flamands 2:)arlantune langue germanique.

Une belle Déposition de Croix du Musée de Bruxelles, attribuée jadis à Pierre Cliristus, devrait être aussi, selon nous, restituée à l'école gantoise primitive, peut-être à Daneel (Daniel) De Eycke, un peintre de grande valeur, mais dont les productions disparurent, ou bien furent faussement attribuées à d'autres maîtres. Cités dans un grand nombre de documents d'archives conservés à Gand, la plupart de ses œuvres se placent entre les années 1440 et 1469. Nous n'en rappellerons ici que quelques-unes choisies parmi les plus importantes.

En 1466, il décore de peintures artistiques la maison de refuge de l'évêquede Cambrai, qu'il occupait lors de son séjour à Gand. En 1468, il peint un tableau « à personnages » pour le mécène Odenen de Ville, ou de Villa, parent du riche banquier Pierre de Ville, originaire de Chieri en Piémoat. Ce tableau fut emporté par Odenen, lors de son retour en Italie. Notre peintre peignit aussi un tableau d'autel, ou retable, pour les Augustins à Gand. Une curieuse pièce d'archivé nous apprend que cette peinture fut payée au-dessous de sa valeur par les ER. PP. et que ceux-ci furent condamnés à suppléer la différence, fixée par les experts, dans un nouveau contrat passé en 1469.

Daneel de Ryke fut aussi appelé à Bruges en 1468, lors des noces de Charles le Téméraire et de Marguerite d'York. Il y a lieu de remarquer qu'il y reçut un salaire supérieur à la plupart des autres artistes, y compris Hugo van der Goes. Seul des peintres gantois, il se fait accompagner d'une suite de trois varlets qui sont payés séparément. Maître dès 1440, de Rycke fut désigné plusieurs fois comme doyen des peintres gantois à partir de 1460.

C'est peut-être aussi à ce peintre, ou à quelque autre artiste gantois de son temps (1), je ne puis les citer tous, qu'il

(1) Voir pour les peintres gantois de cette époque, V. van der Haeghen, Mémoire sur les documents faux^ etc., publié par l'Académie royale de Belgique en 1899, et ses biographies des peintres gantois parues dans la Biographie Nationale. Voir aussi Nap. de Pauw, Les 'preriiiers 'peintres et sculpteurs gantois (1420;. BulU soc. hist., Gand, 1899, 39 pp.

PI. 34-35. — Ecole primitive gantoise. Philippe le Bon et Isabelle de Portagal.

Pi- Z'^-^l- — Ecole primitive gantoise. Charles le Téméraire et Isabeau de Bourbon. Peintures du XVe siècle (2e moitié). Musée de Gand. Ancien inventaire de Baudeloo. Copies anciennes faites d'après des originaux perdus. L'original du portrait d'Isabelle de Portugal se trouve au Louvre.

Ecole de Hugo van der Goes. Traditions eyckiennes. La Nativité et la Circoncision.

(Musée de Bruxelles.)

PI. 39. — Hugo van der Goes de Gand. Portrait de Philippe de Croy

(Musée de Bruxelles).

PI. 40.— Hugo van der Goes (?). Ecole gantoise primitive (XVe siècle, 2e moitié . Portrait déjeune femme (Coll. L. Cardon, Bruxelles).

y a lieu d'attribuer uu très intéressant triptyque delà seconde moitié du XV*-' siècle, conservé depuis cette époque à la cathédrale Saint-Bavon à Gand. Cette œuvre, vous le savez, fut attribuée faussement à un Gérard van der Meire, cet élève apocryphe de Hubert van Eyck. Elle représente au centre une Crucifixion, et sur les volets Moïse faisant jaillir une source et le Serpent d'airain. Ici encore, le tout procède visiblement du maître de V Adoration de V Agneau. On y reconnaît son cheval blanc, sa façon de draper les personnages et à les grouper en les étageant en hauteur dans un vaste paysage, où, à l'horizon surélevé, on reconnaît une ville très détaillée. Chose presque unique dans l'ensemble de l'école gantoise, le sujet est dramatique. Son auteur a môme emprunté à l'esthétique de Roger de Bruxelles, peut-être et ce par ordre, une ])àrnoison de la Vierge, épisode mis à la mode par le van der Weyden brabançon, né à Tournai.

Les derniers continuateurs de van Eyck.

Les derniers continuateurs de van Eyck à la fin du XV« siècle sont Hugo van der Goes et Juste de Gand (Josse van Wassenhovei. Les peintres gantois primitifs du XYI^ siècle au Musée de Gand. La Fontaine de vie, de Luc Horenbault, datée de 1595,

La o'rande fîo^ure de Hug-o van der Goes domine toute la seconde génération de peintres qui suivit Hubert van Eyck. Il vient h. point pour restituer, « à l'art primitif flamand à son déclin, le sens merveilleux de la réalité et l'amour profond des belles techniques », c'est-à-dire pour rétablir les traditions d'art du génial fondateur de l'école gantoise.

Cette influence de l'esthétique de Hubert est si visible diez Hugo que van Mander le crut son élève direct; chose impossible, puisque van der Goes ne commença ses études artistiques qu'après la mort de Jean van Eyck.

Le Gantois van Vaernewyck au XVP siècle et avant lui Jérôme Muntzer, qui voyagea dans les Pays-Bas en 1494, rapportent que l'admiration du peintre pour Hubert, l'auteur

du retable de Gaïul, était si grande que, <ï désespérant de Téo-aler il devint mélancolique et mourut fou ».

On trouve Hugo van der Goes inscrit à la corporation des peintres de Gand à la date du 5 mai 1467. L'année suivante, ses confières le choisissent comme juré, ou sous-doyen, fonctions qu'il assuma pendant un an. C'est alors qu'il fut appelé à Bruges à l'occasion des fêtes données lors du mariage de Charles le Téméraire. Puis nous le voyons doyen de la gilde, depuis l'173 jusqu'en 1475. Van Mander et van Vaernev^'yck signalent de nombreuses œuvres du maître existant encore à Gand à leur époque, mais qui ont disparu depuis. Une Vierge et V Enfant Jésus, à l'église Saint- Jacques ; une Légende de Sainte Catherine au couvent des Carmes ; un diptyque représentant une Sainte famille et la Trihi de Jiula (1), ainsi que des vitraux dans plusieurs édifices, toutes œuvres qui furent également détruites par les iconoclastes.

Van Mander vantait surtout « la grâce pudique de Marie et la pieuse dignité des Saints » qui se trouvaient sur le tableau de l'église Saint-Jacques. « Mais certaine œuvre peinte par van der Goes à Gand surpassait alors toutes les autres en célébrité. On la voyait, dit le biographe flamand, dans une mai.son près du « Muyden Brugsken » ou pont du Muyden; elle était peinte sur le manteau d'une cheminée, et retraçait Y histoire d'ÂUgaïl, femme de Nabal. D'après divers chroniqueurs, van der Goes jeune aurait représenté, sous les traits d'Abigaïl, une jeune fille à laquelle il était fiancé, circonstance qui ne fut peut-être pas étrangère à la grande popularité de l'œuvre. Cette histoire d'Al/igaïl est perdue, mais il en existe de nombreuses copies anciennes connues, dont une conservée à Bruxelles, aux Musées royaux du Cinquantenaire (2).

(1) Peut-être le Musée de Gand possède-t-il des copies anciennes ou des répliques de ces tableaux désignés sous le nom de la Descendance de Hainte Anne (catalog-ue du Musée^. Voir plus loin.

(2) Le tableau de Bruxelles est d'origine gantoise. Il fit partie jusqu'en 1885 de la collection du Comte de Loen. Voir à ce sujet : Fierens-Gevaert. Les P/inutifs flamands. Van Oe.sf, Bruxelles.

Cette copie, qui n'est pourtant pas la meilleure, laisse entrevoir le charme que van der Goes sut déployer dans cette composition champêtre, dont la grâce des figures féminines, la noblesse et la piété des personnages masculins, l'ampleur du paysage rappellent si bien les rêves d'idéal de l'auteur de V Adoration de rAgnemo.

Pour mesurer toute la beauté de l'œuvre disparue, il faut s'imaginer cette même scène interprétée non pas par un copiste, mais par le maître admirable à qui l'on doit le retable encore existant des Portinari, à Florence. On sait qu'il peignit ce triptyque vers l'année 1476, pour l'agent des MéJicis à Brug*es. On sait de plus que cette peinture, actuellement aux Offices, fit une prodigieuse impression, même en Italie, et qu'elle fut signalée par Vasari. Il parle avec admiration du chef-d'œuvre de « Hugo d'Anversa (sic) che fe la tavola de Santa jJaria de Fiorenza ». Ce chef-d'œuvre de l'école gantoise infiuença doue encore la peinture florentine à la fin du XV« siècle.

Comme le remarque fort bien M. Fierens-Gevaert, « dans le retable des Portinari, comme dans V Adoration de VAgneaif.y l'art primitif de la Flandre (disons plutôt celui de l'école gantoise) se hausse de nouveau aux sommets les plus sublimes de la ferveur et de la vie, et rien ne peut traduire la solennelle émotion de l'ensemble. Au centre, c'est V Adoration des Bergers, avec V Enfant divin entouré d'anges richement vêtus (rappelant ceux créés par Hubert) avec Marie, les cheveux dénoués, et /o^ét;;/^ pieusement à l'écart (1). On se croirait en présence d'une série de portraits. Les figures nobles et méditatives des Saints, les portraits si réels des donateurs, les paysages d'une profondeur émouvante mettent les volets au niveau du sujet principal... Dans les saintes Marguerite et Madeleine on retrouve cette élégance et ce charme qui, dans

<1) A comparer les fig-ures de la Vierge, les cheveux dénoués, à l'Enfant Jésus nu sur le sol, avec celles du maître de Fiémalle et de Nabur Martins, notamment sa peinture de la Boucherie.

VAligaïl de Gand, faisaient l'attrait du groupe féminirï chauté par Lucas de Heere... »

On sait que, devenu moine, le grand peintre gantois mourut fou à Rouge- Cloître eu 1482. Un véritable culte entoure encore ce qui reste de son œuvre et beaucoup de peintres s'inspirèrent de son esthétique. On la retrouve dans une Adoration des Bergers exécutée vers 1494, conservée au

PL 41. — Hugo van der Goes. L'Adoration des Bergers. Galerie des Offices à Florence.

Traditions de van Eyck et de Nabur Martins, architectures gantoises.

Musée de Bruxelles, que M-" A. J. AVauters attribuait san& hésitation à Hugo van der Goes dans son dernier catalogue. Son influence est manifeste dans un grand nombre de tableaux attribués à Albert Bouts. On la retrouve également dans une peinture, la Sainte Famille et Sainte Anne du Musée de Gand, où Ton remarque l'influence de Hugo van der Goes,. par la façon de traiter les visages et notamment les barbes et les cheveux. On v reconnaît aussi ce caractère noble et reposé^ presque hiératique, qui distingue les œuvres de Hubert et qui

PI. 42. — Ecole de Hugo van der Goes. La Nativité et les Bergers. A remarquer l'Enfant nu sur le sol et Joseph tenant une chandelle, comme sur les peintures de Nabur Martins de Gand et de Dijon. Milieu d'un triptyque (Musée de Bruxelles).

PI. 43. — Ecole primitive gantoise (XV^ siècle. 2e moitié i. La Descendance de Sainte Anne. Panneau central d'un triptyque du Musée de Gand. Provient de l'ancien Bé,^uinage du Poortaoker. (Tradiiions eyckiennes et rhénanes.)

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PI. 48. — Juste de Gand (Josse van Wassenhove). La Sainte Cène à Urbino. A rapprocher du panneau central du retable de Gand. ^,Traditions eyckiennes.)

PI. 49. — Juste de Gand (Josse van Wassenhove). Portrait de Moïse. (Influences eyckiennes et italiennes.)

PI. 50. — Juste de Gand (Josse van Wassenhove). Boëce. Portrait.

(Influences eyckiennes et italiennes.) Palais Barberini, Rome.

se continua d'une façon si visible pendant plus d'un siècle dans l'école qu'il fonda à Gand.

Juste de Gand, récemment identifié en la personne du peintre gantois Josse van Wassenliove, naquit, croit-on, vers 1435. 11 était déjà maître à la gilde de Saint-Luc à Anvers, lorsqu'il fut reçu au métier de Gand en 1465. Diverses pièces des archives gantoises prouvent qu'avec Hugo van der Goes il exécuta plusieurs ouvrages pour sa ville natale. Il ne figure plus dans les comptes après 1468, ce qui fixe par conséquent son voyage en Italie après cette date. On sait aussi que Josse fut le premier peintre flamand qui resta à demeure dans la péninsule jusqu'à sa mort (1).

C'est en 1472 que Josse de Gand peignit pour la corporation du Corpus Christi, d'Urbino, la Cène, cette superbe et originale composition où le maître continue encore les combinaisons et les traditions chères à nos artistes médiévaux.

Tout en restant complètement original, le peintre y continua les enseignements de l'école de Hubert; ses apôtres à genoux rappellent les mêmes attitudes des personnages agenouillés du panneau central de VAdoration, mêmes types, mêmes cassures de plis dans les étofi"es. Comme le remarque, d'autre part. M"" J. Destrée, « quant aux anges, ils évoquent le souvenir de ceux qui planent au dessus de la Sainte Vierge et de Saint Joseph dans le triptyque de Portinari, dii à van der Goes », qui lui aussi, nous l'avons vu, resta fidèle aux enseignements de l'esthétique du plus génial des peintres primitifs flamands.

Comme la plupart des peintres gantois (voir le pennon

du XV« siècle peint par Agnès van den Bosche conservé au

Musée d'archéologie de Gand), Josse excellait dans la peinture

des armoiries et des étendards. Une mention du registre de la

confrérie d'Crbino mentionne l'achat d'une toile, en 1475,

(1) MM. A. DE Ceuleneer et Morton H. Bernath ont publié, dans les Arts anciens en Flandre, des articles au sujet de Josse de Gand. Nous ren- ■voyons à ces études approfondies pour tout ce qui concerne la partie biographique de ce peintre. Voir aussi létude plus récente de M"" Joseph Destrék. parue dans la Revue de l'art Flarriand et Hollandais, année 1912.

pour la confection d'une bannière qu'il fut cliargé de peindre. D'après M"" J. Destrée, le même artiste fut aussi désig-né pour faire plusieurs cartons de tapisseries, à exécuter par d'habiles Laut-liciers, que le ducd'Urbino avait fait venir de Flandre (1).

Le retable d'Urbino a malheureusement beaucoup souffert par suite de restaurations et de surpeints, qui empêchent d'apprécier pleinement les qualités picturales de Josse de Gand. On peut mieux le juger grâce à une suite de portraits historiques et d'allégories remarquables qu'il peignit aussi eu Italie. On y constate qu'au contact des maîtres italiens, Josse de Gand s'assimila une distinction et un style que Ton croyait l'apanage exclusif des peintres latins. On doit surtout reconnaître chez lui l'influence de Melozzo da Forli, mais jamais il n'alla jusqu'au pastiche, comme le firent maints de nos romanisants des XVP et XVII' siècles. « Il dût s'arrêter à Florence où, sans nul doute, il étudia des prodiictions de Boticelli ; mais il fut surtout impressionné par l'art si franc et si sincère de Massacio et de Ghirlandaïo, qui, de leur côté, furent influencés par le triptyque de van der Goes » (2).

Or dans la plupart de ces ]) or traits et allégories, peints pour des Italiens, par un artiste déjà séduit par l'art des grands peintres de la péninsule, notre Gantois se souviendra encore de Hubert van Eyck à qui il conserva un culte.

Dans le portrait de Ptolémée, digne de van der Goes, la tête du personnage — M'^J. Destrée l'a remarqué avant nous — semble une copie du chef barbu et hirsute du grand Saint Jean Baptiste^ qui se trouve dans la partie supérieure de V Agneau rnysticiue de Gand. Il en est de même du Virgile à la puissante chevelure, qui, dans son expression méditative, paraît supérieur au panneau d'abord cité.

C'est encore une physionomie eyckienne, ajoute avec raison M"" J. Destrée, que celle du pape Grégoire, qui nous

(1) Les reproductions d'œuvres du maître nous ont été gracieusemeiit prêtées par M*" De Ceuleneer, à qui nous présentons ici tous nos remerciements.

(2) Joseph Destrée. Juste de Gand — (Josse van Wassenhove). N'oies critiques. Tiré a part de VÂri Flamand et Hollandais, Bruxelles, 1912, p. 13.

PI- 51' — Juste de Gand (Josse van Wassenhove). Allégorie de la Musique. (Traditions eyckicnnes et influences italiennes.)

n. 5î. — îr-îTï. î>y Gwr Jicxscie v.r^ \VAssvi'tt^h'in^\ Li 'J^i.

îs eycUueniû** «i k

PI- 53» — Juste de Gand (Josse van Wassenhovc). Portraits du duc de Montefeltre et do son fils Guidobald. (Traditions eyckiennes et influences italiennes.) Palais Barberini. Rome.

PI, 54, — Ecole primitive gantoise. Juste de Gand (Attribution). La Bénédiction

(Musée d'Anvers).

ramène au panneau central du polyphT|ue de Hubert. Nous y reconnaissons le type et le costume d'un des saints docteurs

♦ du célèbre retable, dont Juste de Gand dut certainement avoir emporté des dessins. Il s'agit d'un pape tenant eu main un livre ouvert (Palais Barberini à Rome).

L'allégorie de la Musique, de la National- G aller y de

- Londres, qui semble à première vue si exclusivement inspirée par l'esthétique italienne, apparaît d'autre part comme une

. interprétation ingénieuse de la Vierge de Hubert van Eyck à Gand. a Josse ne s'inspire pas seulement de l'attitude du modèle, mais il dispose les cheveux dénoués presque de la

-•^ même façon et, qui plus est, la souple ampleur des draperies et l'emploi des perles sur les bords des vêtements sont autant

; d'emprunts non déguisés faits à la figure dont il s'agit... » (1). A remarquer aussi le décolleté et la coupe du corsage, ainsi que les cintres dorés qui entourent le haut des tètes dans les deux peintures.

h'à Rhétorique, chère aux Flamands, conservée également à Londres, présente plus encore les mêmes aspects et les mêmes réminiscences.

Ces divers portraits et allégories remontent à 1476. Le portrait de Frédéric de Montefeltre accompagné de son fils Giiidolaldo fait également songer, malgré son aspect italien, à l'art noble et digne de Hubert van Eyck, quoique son modelé plus souple fasse aussi penser à Melozzo da Forli.

Une Farnille de Sainte Anne (triptyque) provenant du béguinage de Saint-Aubert, dit « Poortacker » à Gand, et un autre tableau représentant le même sujet, tous deux conservés dans la galerie gantoise, nous donnent une idée de l'art en cette ville entre les années 1490 et 1500. Malgré l'époque tardive de leur exécution, on y remarque encore vivace le souvenir persistant de Hubert et l'emploi, pour les noms, les nimbes et les trônes, des dorures chères à nos primitifs.

Il en est de même pour une Vision de Saint Bernard, du même musée, qui nous reporte vers 1525-1540. Remarquons

(1) Joseph Destrée. Op. cit., p. 13.

cependant que rarcliitectiire et rornementation du mobilier présentent un étrange mélange des formes gothiques avec celles de la renaissance. D'après les armoiries peintes ou sculptées oà et là, le personnage à genoux serait Johannes van Devuse, XXl\'^ Abbé mitre de Baudeloo, élu en 1516 et décédé à Gand entre 1539 et 154*2.

Un très curieux polyptyque, peint par Luc Horenbault, daté de 1596, représentant sur le panneau central uueFontaine de Vie, si évidemment inspirée du fameux retable de Gand, nous prouve que sous le règne d'Albert et d'Isabelle, à une époque où Uubens avait déjà vingt ans, le souvenir enthousiaste de l'école primitive de Hubert avait encore des adhérents parmi nos peintres gantois...

Mais il faut se borner; ces quelques pages, que nous comptons compléter plus tard, en donnant une idée de ce que furent les sculpteurs, les miniaturistes, les verriers ou les orfèvres de la capitale de la Flandre, suf&ront à démontrer la haute valeur et l'importance trop peu connue de l'école de peinture primitive gantoise (1). Importance d'ailleurs en rapport naturel avec la somptuosité et la richesse de la ville oii fut employée dès le XIV'^ siècle la ])einture à l'huile et où Hubert van Eyck peignit son chef-d'œuvre de YÂdoratio?iy entouré d'artistes gantois déjà arrivés à un très haut développement artistique (2).

(1) On sait que Gand posséda de brillantes écoles de sculpteurs de retables et fcurtout de tombiers, sur lesquels Mr V. van der Haeghen a réuni de nombreuses notes. On se rappellera aussi que ses miniaturistes collaborèrent aux enluminures de manuscrits célèbres, notamment aux Heures de Turin et de Milan attribuées à Hubert van Eyck et, plus tard, au fameux Bréviaire Grimant de Venise.

(2) Signalons encore ici que les allusions narquoises et satiriques, qui caractérisent Te.' prit des habitants de Gand, se retrouvent dans nombre d'oeuvres attribuées au peintre gantois Nabur Martins, plus connu sous le nom de Maître de FlémalJe. Ainsi le Joseph du retable de Mérode fait dee... souricières; il tient la chandelle dans les peintures de Gand et de Dijon ; ii joue un rôle presque comique dans le Miracle des, prétendants de la Vierge, à Anvers et à Madrid ; il est surchargé d'outils ridicules sur le tableau d'Hoogstraeten et sur d'autres peintures...

PI. 55. — Ecole primitive gantoise (vers 1510). Anciennement attribué au Gantois Gérard van der Moire, dont parle van Mander. La Mise aa Tombeau (Musée de Gand).

56. — Jacques van Laethem. Peintre et varlet de Chambre de Philippe le Beau. (Laethem est un village situé près de Gand.) Ecole gantoise. Le Jagement dernier. Panneau central da triptyque dit de Zierickzee. Peint en 1500. (Collection de Mr Ramlot à Gand.)

PI 57. — Ecole gantoise (XVIe siècle, l'c moitié). Vision de Saint Bernard (Musée de Gand). D'après les armoiries, le donateur à genoux serait Jean van Deynze, XXIVe Abbé mitre de l'Abbaye de Baudcloo de Gand. (Traditions eyckiennes et influences italiennes.)

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