‹ Naissance, vie et mort des maladies infectieusesChapitre 15 sur 42 · NATURE ET DIVERSITÉ DES AGENTS DES JLVLADIES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

NATURE ET DIVERSITÉ DES AGENTS DES JLVLADIES INFECTIEUSES

Si nos maladies sont diverses, nous savons, depuis Pasteur, que leur diversité vient de la diversité des ^ents vivants qui les causent et des modes multiples d’action de ces stents.

Nous éviterons dans ce livre, autant qu’il sera possible, les détails trop tecliniques. Il nous faut bien dire à quelles catégories d’êtres appartiennent les microbes et inframicrobes, les microbes du moins car, pour les inframicrobes, la question est actuellement impossible à résoudre.

Les microbes étant les plus petits des êtres, il est naturel d’y trouver les représentants les moins compliqués du règne animal et du règne végétal.

Les premiers sont les moins nombreux ; mais certains ont une grande importance ; tel l’agent qui cause le paludisme (l’hématozoaire, lequel représente, non pas tme, mais plusieurs espèces), tels encore ceux de la maladie du so mm eil et des infections animales voisines, les trypanosomes ; tels les infusoires flagellés du Kala Azar et du bouton d’Orient ; telle l’amibe dysentérique.

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Les microbes du règne v%étal appartiennent les uns à la cat%orie des champignons, les autres à celle des algues. Les microbes des teignes, du muguet, de l’actinomycose sont des champignons. La plupart des microbes pathogènes connus sont des algues inférieures ; on donne à leur groupe le nom de bactéries. Tels sont les microbes de la fièvre typhoïde, du choléra, de la peste, des suppurations (staphylocoque, streptocoque, gonocoque, etc.), du tétanos, de la pneumonie, du charbon, de la morve, etc. et, bien que certains de leurs caractères les rapprochent des champignons, ceux de la diphtérie, de la tuberculose, de la lèpre.

Il est des microbes plus déHcats à classer comme les spirochètes ; il semble bien que ce sont des bactéries.

La nature des inframicrobes est très discutée. Il en est, panm eux, qui ne représentent que des stades invisibles de bactéries; d’autres,sans doute, sont des bactéries très petites. En est-ü ainsi de tous ? Nul ne saurait l’affirmer ni le contredire.

Et, d’ailleurs, au rang inférieur de l’échelle des êtres, peut-être est-ü vain de chercher à distinguer la règle animal du végétal.

Retenons la multipUdté de nature des agents pattcçènes ; eUe nous fait comprendre que ~ 22 =

diverses seront également les maladies qu’ils engendrent.

MODES ET DIVERSITÉ D’ACTION DES AGENTS DES MALADIES rNFECTIELSES

Certains des agents de nos maladies agissent en brutaux. Pénétrés par la plus petite efîraction de notre peau, parfois inoculés par un invertébré piqueur (insecte, arachnide), parfois doués d’un tel pouvoir offensant qu’üs traversent les muqueuses saines, en particulier celles des yeux, du nez, de la gorge et la muqueuse digestive, ne rencontrant, au moins tout d’abord, aucune résistance de la part de l’organisme surpris, ils ont tôt fait d’envahir le sang, de s’y multiplier, d’y foisonner, comme ils le feraient dans un milieu de culture favorable et inerte.

Ces germes déterminent surtout des fièvres, des troubles du système nerveux (maux de tête, douleurs, stupeur, délire), des éruptions, caractéristiques de certaines de ces maladies : les fièvres éruptives (variole, scarlatine, rougeole, typhus exanthématique) et qui manquent dans d’autres : paludisme, fièvres récurrentes.

D’autres germes pénètrent presque aussi brutalement ; mais, à la période d’envahissement, fait

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suite une pliase de localisation particulière : le microbe de la pneumonie se cantonne dans xm lobe du poumon, celui de la fièvre typhoïde se multiplie principalement dans le tissu ganglionnaire (rate, intestin), ceux des méningites aiguës autour du cerveau, etc.

I/a multiplication de certains microbes, particulièrement actifs, peut se faire seulement f1an; a les régions mêmes qu’ils ont attaquées : le microbe du choléra, celui de la dysentérie baciUaire foisonnent à la surface de l’mtestin et ne pénètrent pas dans le sang du malade.

Iæ développement local n’est, pour d’autres agents pathogènes, qu’une étape préparatoire à l’envahissement de l’organisme, he microbe de la syphiHs cause une lésion locale, le chancre induré, avant d envahir les ganghons voisins, puis tout 1 être, he microbe de la peste offre d’ordinaire une premère phase de développement ganghonnaire ; ü n infecte le système sanguin qu’ensuite. microbe de la tuberculose se locahse souvent aussi dans un ganghon pour y demeurer indéfiniment, ou bien, 1 ayant frappé, il va contaminer d’autres ganghons, d’autres organes.

Il est, parmi ces ennemis particuhèrement actifs, des germes qui n’ont aucune tendance à envahit

roi^anisme ; cantonnés au point qu’ils ont touché, au tissu qu’ils affectionnent, ils se contentent d’y camper, de s’y fortifier et, s’ils semblent agir aussi brutalement que les microbes envahisseurs, c’est qu’ils secrétent des poisons extrêmement nocifs qui vont porter au loin les troubles les plus graves. Tel s sont le microbe de la diphtérie dont le poison lèse à distance le tissu rénal, le tissu nerveux ; celui du tétanos, complication redoutable des plaies ; celui d’une infection alimentaire terrible, le botulisme ; et, dans tme certaine mesure, ceux du choléra et de la dysentérie bacillaire.

Infiniment petits dont la virulence assure la multiplication intensive et l’envahissement brutal de l’organisme, microbes secréteurs de poisons rapidement actifs sont les personnages les plus représentatifs parmi les agents des maladies infectieuses.

Ils ne sont ni les plus nombreux ni les seuls redoutables. Pour être moins bruyants, plus lents dflTis leur action envahissante, d’autres peuvent leur disputer le renom de la malfaisance. Nous avons déjà parlé du bacille de la tuberculose. Apprenons à le mieux connaître, au moins dans ses allures générales. Il pénètre d’ordinaire sournoisement dans les premiers temps de la vie par notre tube digestif ; de cette porte d’entrée, il va

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se focaKser dans les ganglions voisins du poumon et là, protégé par la résistance énorme des substances de nature cireuse qui constituent son enveloppe, peu dangereux et tenace, ü attend, durant des mois ou des années, que le moindre affaiblissement de l’individu qui le porte lui permette de gagner, d’envahir le tissu pulmonaire. I^e même microbe peut, de ses premières positions, aller envahir nos os, nos articulations ; il peut en disparaître après un .temps variable, y persister toujours ou bien, pris d’une activité subite, violente, tuer en envahissant les méninges.

he tréponème de la syphilis, après son stade de générahsation dont nous avons parlé, va souvent se localiser dans certains organes. Il y crée des lésions qui ne se révéleront qu’à la distance de plusieurs années et par des symptômes si particuliers qu’on a considéré jusqu’à Fournier les états morbides qu’ils caractérisent : ataxie, paralysie générale, comme des maladies spéciales. Ricord qui a tant fait pour reconstituer dans son ensemble le tableau de la syphiHs, oubKé depuis la Renaissance, a dit très justement que la syphiHs était un drame, employant cette expression dans le sens antique d’action. C’est le plus touffu, le plus complexe des drames.

Void maintenant de moindres personnages de la troupe tnicrobienne ; mais, dans les bonnes compagnies, il n’y a pas de rôle qui ne fournisse son succès à qui le sait faire valoir. Certains n’ont aucune tendance à pulluler en dehors des surfaces, des cavités, des conduits pour lesquels ils montrent une prédilection fâcheuse : microbes des tdgnes, des conjonctivites, de certaines stomatites, rhinites, pharyngites, etc., et, à côté d’eux, parmi eux, il en est qui peuvent quitter subitement ce rôle et prendre une attitude menaçante. I^e microbe d’une conjonctivite, d’ordinaire banale, en ulcérant la cornée détruit l’œil. De proche en proche, le microbe d’im simple rhume attaquera l’oreille, rendra sourd ou bien, de cette étape, ü envahira les méninges et tuera. De gonocoque, habitué de l’urètre, peut g^ner les testicules, amener la stérilité ou bien envahir à distance les articulations, se fixer même sur le cœur.

Il n’est pas jusqu’aux germes vulgaires des suppurations les plus localisées qui ne puissent présenter soudain cette tendance envahissante, pour peu que notre résistance faiblisse. Une plaie insignifiante prend parfois, chez un diabétique, une gravité mortelle ; à plus forte raison, la pneumonie franche que la plupart des adultes subissent

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vaiUamment enlève le diabétique en quelques heures.

A chacun de ces modes d’activité des microbes (et nous n’en avons cité que les plus parlants), correspond un ensemble particulier de symptômes. Tant que l’on n’a pas eu, pour fixer le domaine de chaque infection, la connaissance de son agent causal, les cadres des maladies ont 'manqué de fixité, de certitude. C’est la connaissance de ces causes qui a donné à la pathologie infectieuse sa physionomie rationnelle. Il est juste de reconnaître qu’avant Pasteur, auquel nous devons cet immense progrès, la sagacité des médecins avait, au cours de siècles d’observation simple, distingué, délimité, qualifié un bon nombre, le plus grand nombre des maladies que nous étiquetons aujourd’hui avec assurance.

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