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LA MALADIE INFECTIEUSE, PHÉNOMÈNE BIOLOGIQUE

Tes agents des maladies infectieuses sont multiples ; leurs moyens d’action divers. Sans cesse, ces ennemis rôdent autour de nous ; sans cesse, ils nous menacent et nous attaquent. Confondant 1 effet et la cause, agent pathogène et maladie, nous donnons à celle-ci les caractères de celui-là.

Nous nous faisons de la maladie une image vivante. Ce n’est pas une erreur. La maladie infectieuse porte lefe caractères de la vie. Elle les doit, à la fois, à sa cause animée et à la réaction des cellules de nos organes qui, elles aussi, sont des êtres vivants.

Ce n’est donc pas par simple artifice de langue que nous pouvons parler de la vie d’tme maladie, de sa naissance et de sa mort et, par conséquent, lui reconnaître les qualités qui caractérisent l’existence.

Ce qui caractérise la vie, c’est la continuité. C’est cette propriété qui fait qu’alors que les forces physiques s’épuisent, s’éteignent ou plutôt paraissent s’épuiser et s’éteindre, en tout cas deviennent tout autres en se transformant, la vie, quelles que soient ses facultés prodigieuses de plasticité, se conserve, se proloi^e, dure avec ses caractères propres.

Pour se conserver,, se transmettre, la nature profite de toutes les circonstances. Comme un liquide, enfermé sous pression, filtre par tous les interstices qu’ü rencontre, pores invisibles aussi bien que brèches évidentes, la vie use des moindres possibilités pour se conserver, quelles que soient les changements, les altérations, les mons-

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truosités auxquels la nécessité l’oblige. Il n’est pas d’essais qu’elle ne tente, des plus simples aux plus osés. Si rarement qu’elle y réussisse (car elle écboue piteusement le plus souvent, n’ayant pour conseiller que le hasard et pour associé que le temps), elle y réussit parfois, et la forme qui survit sauve l’avenir.

I,a matière vivante est donc infiniment malléable, ses transformations, ses figures, sans nombre. Nous verrons plus loin qu’une autre propriété de la vie est, même en ses écarts, la tendance au retour en arrière, plus justement la tendance à l’équiHbre. Pour le moment, ne retenons de ce qui vient d etre dit que cette tendance invétérée, multiple à la différenciation.

Pa maladie infectieuse, phénomène biologique, porte les caractères de ces phénomènes. EUe tend à la fois à se perpétuer et, pour assurer cette perpétmte, à se modifier suivant les circonstances. Une maladie infectieuse change, évolue sans cesse.

NÉCESSITÉ D’ABORDER L’ÉTUDE DES MALADIES INEECTIEUSES AVEC UN ESPRIT BIOLOGIQUE

Ea maladie se présente donc à nous de tout autre façon qu’un pur phénomène mécanique.

qu’une réaction entre substances de nature chimique différente. Tant que les conditions de l’expérience ne changent pas, réaction, phénomène physique se produisent, se répètent exactement de même manière. I^a pesanteur, l’optique, l’acoustique, la combustion du soufre, la rouille n’ont pas changé, letirs lois sont les mêmes depuis le début de l’histoire. A plus forte raison, les lois d’ordre mathématique n’ont pas varié, satif dan»; l’esprit et les livres des hommes, et, quel que soit le destin des êtres et des choses, elles ne varieront jamais. Tandis que les maladies infectieuses, comme tous les phénomènes vivants, ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient hier et ne sont pas ce qu’elles seront demain. On peut même dire qu’entre le début et la fin de nos observations et de nos expériences, il y a déjà changement.

On comprend, par conséquent, qu’il ne soit pas bon, pour aborder l’étude des maladies infectieuses, d’y apporter l’esprit, les méthodes dont le mathématicien, le physicien, le chimiste font im si juste emploi dans leurs recherches. Sans doute, nul parmi les biologistes ne l’ignore ou le nie, les actes de la vie se résolvent en faits d’ordre physicochimique ; mais le moindre phénomène vivant constitue un ensemble si complexe qu’aucxm progrès

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ne saurait être réalisé, si Ton en abordait Tétnde avec un esprit uniquement mécaniste. I^a composition c himi que d’un microbe pathogène, si utile qu’elle soit à connaître, et celle du tissu que ce microbe envahit ne peuvent guère nous éclairer, du moins aujourd’hui, sur cette qualité qu’est la virulence. Aussi est-ü préférable de ne pas attendre, pour l’étude de cette propriété, que des progrès ultérieurs, sans doute bien éloignés, peut être irréalisables la ramènent à un substratum ou à des formules, mais de la considérer sous l’aspect complexe et particulier qu’elle revêt, de lui chercher des caractères biologiques, de provoquer ses variations, de l’utiliser, la domter, la traiter enfin, pour le progrès de nos connaissances et pour le bien des hommes, comme s’il s’agissait d’une combinaison indécomposable et d’un ordre particulier auquel nous pourrions donner le nom de vital, à condition de ne lui attacher qu’un sens utilitaire et provisoire.

Pour la même raison, parce que la maladie est un complexe et qu’elle change sans cesse, nous devons nous méfier, dans son étude, des figurations de langage, ordinaires aux sciences exactes, de la conclusion, de l’expression même. Ce n’est pas que ces méthodes soient inutiles. Elles rendent

de précietix services. Elles fournissent des appuis provisoires, d’où l’esprit des découvreurs peut s’élancer, pour le bond en avant, dans le territoire vierge où lèvent les découvertes. Elles mettent de se comprendre entre savants, d enseigner, de porter au tableau de nos connaissance les points acquis. Mais, tout en les utilisant, il nous faut nous défier de ces armes. Jamais, nous ne devons oublier que les faits dont nous nous occupons sont mouvants, qu’aucune formule ne peut les fixer, définir, que nous n’en apercevons qu’un tronçon, que les commencements nous échappent, que le phénomène se modifie entre nos mains et, par conséquent, que ce que nous imprimons n’est qu’une traduction maladroite, incomplète d’un aspect momentané, d’une seconde au cadran illimité du temps.

Pour les mêmes raisons, il ne saurait y avoir, dans le domaine de la vie, aucune conclusion d’ensemble, auctme conquête définitive.^ Nous n y rencontrerons pas l’inébranlable Vérité parce qu’elle ne saurait s’y trouver, mais des aspects de petites vérités, à la fois infirmes et fugaces, fantômes ou lueurs, bien peu de choses pour nos trophées. Nous avançons sur une route qui se divise sans cesse, qui marche elle-même, sans pouvoir = 33 =

NICOLLE

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jamais espérer qu’tm instant son mouvement s’arrête, que le nombre des chemins nouveaux se réduise ni qu’il y ait, au bout d’une seule de ces routes, un terme.

A condition de prendre pour guide l’imagination et la savoir infidèle, ü n’est pas peut-être de plus beau voyage.

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