‹ Naissance, vie et mort des maladies infectieusesChapitre 27 sur 42 · LES PREMIERS DOCUMENTS DE L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LES PREMIERS DOCUMENTS DE L’HISTOIRE

Nous avons dit la faiblesse de la méthode historique. Ne craignons pas d’insister sur cette faiblesse. Un peuple, un homme, une guerre, une catastrophe laissent, dans la mémoire humaine, des souvenirs durables, des traits nets. H s'y trouve une part de vrai, un point de départ exact dans des récits, même l^endaires. Ues maladies n’ont laissé de traces que dans de bien rares archives du passé et ces traces sont presque toujours vagues, sinon fautives.

H a fallu, pour déceler avec quelque précision les traits des maux qui nous semblent les plus aisés à reconnaître, des siècles d’observation, les progrès d’une conscience d’abord obscure, voüée de superstitions, de préjugés, puis les étapes d’une

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technique d’âge en âge mieux appropriée à son but et plus sûre.

Sans doute, certains sjTnptômes, particulièrement marqués, ont frappé les premiers observateurs. Si chaque maladie se caractérisait par un symptôme de ce genre, nous aurions des descriptions valables dans les premiers monuments écrits et nous pourrions en tirer des conclusions précises. Malheureusement, les signes des maladies infectieuses sont presque tous les mêmes : fièvre, maux de tête, agitation ou stupeur, éruption. Seuls, leur groupement, leur succession, une observation minutieuse ont pu, après de longs tâtonnements, permettre d établir des tableaux symptomatiques particuliers et de les distinguer entre eux. Par malchance, pour dénommer les maladies, il a presque toujours été fait chois de termes antérieurs aux progrès réalisés, de termes du langage commun. Si bien que la connaissance, peut-être assez satisfaisante, qu avaient les médecins contemporains des maladies que ces termes désignaient, s’est trouvée perdue dans les siècles qui ont suivi. Aujourd’hui, nous traînons dans notre vocabulaire médical des étiquettes désuètes qui, au sens naturel, ne signifient plus grand chose. Fièvre typhoïde, typhus exanthématique, typhus récurrent nous rappeUent

que tous ces états ont été confondus ensemble par suite de la communauté d’im symptôme, considéré comme prédominant, le tuphos, c est-àdire la stux)eur. Petite vérole et vérole n’ont qu’un trait commun ( et qui leur est co mm un avec toutes les maladies infectieuses), celui de se transmettre par un virus (d'où le mot vérole) dont on a reconnu bien vite le siège et le danger pour la contagion. Sous le nom de charbon qui n’a d’autre sens que celui de la couleur désignée, on a confondu deux maladies animales, la fièvre charbonneuse dans laquelle le sang est souvent noirâtre et le charbon symptomatique qui s’accomp^ne de tumeurs noires et on en a rapproché (par l’étiquette) les eschares de certaines maladies humaines dont la peste (charbon pesteux). mot peste a un sens si général, celui de maladie grave et épidémique, qu’on ne saurait sous sa désignation reconnaître, dans les écrits anciens, s’il signifie variole, typhus, peste bubonique ou une autre infection contagieuse.

Cette terminologie qui plonge dans les âges les plus reculés n’offre plus guère, à notre époque, de^dangers'^de’confusion.’ I^in de demander qu’on la supprime, nous la défendons en toute occasion et nous l’aimons. Elle a le visage familier des mots anciens et poptilaires ; elle est simple à retemr,

NICOLLE

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exprimer. Ce n’est pas eUe, ce sont les termes d un langage trop scientifique que nous voudrions proscrire. Ceux-la sont indigestes, pédants et, quelle que soit leur prétention, ils n’expriment tout au plus qu’un symptôme particulier, tme lésion, une notion causale, une conception provisoire. Quant à l’emploi des noms des inventeurs pour la désignation des maladies, outre qu’il consacre trop souvent des mérites discutables, il est si antipathique aux français qu’on dirait à lire nos traités que, seuls, les étrangers ont réalisé des progrès en pathologie.

Et puis les vieux termes ont cet avantage de nous rappeler les étapes de nos connaissances. De même que le mot bureau a signifié d’abord une étoffe (bure), puis le meuble qu’eUe recouvre, la pièce où se trouve ce meuble, la maison, jusqu’à un ministère, un terme, comme celui de vaccination, nous rappelle que le premier vaccin fut la vaccine et que celle-ci est récoltée sur la vache.

Mais si nous chérissons ces vieux mots, c’est qu’aujourd’hui l’usage leur a fait perdre leurs premiers sens et que nos connaissances sur les maladies sont assez avancées que, même lorsqu’il nous apparmt qu’üs couvrent une erreur, ces mots ne nous troublent nullement.

Leur emploi par les anciens nous trouble bien davantage. Il nous trouble à ce point que, sauf de très rares exceptions (la lèpre, la rs^e), nous ne saurions guère reconnmtre sûrement ce que ces vieilles locutions désignent. H nous faut, pour trouver des indications un peu précises, et sur certaines maladies seulement, arriver à la Renaissance.

Aux archives écrites peuvent se joindre, pour notre enseignement, quelques documents figurés : illustrations rarissimes des textes avant la découverte de l’imprimerie, représentations gravées sur la pierre ou sculptées, lésions encore appréciables sur des momies ou des ossements. Mais ces derniers documents eux-mêmes sont, en général, d’une appréciation délicate et ne prêtent guère qu’à des controverses.

C’est donc aux documents écrits presque uniquement que nous pouvons nous adresser. Ils nous montrent, avec certitude, la haute ancienneté de certaines maladies. Les plus lointaines archives témoignent que, dès qu’ü sut fixer sa pensée par des signes, l’homme souffrant de la lèpre, de la rage, du t3q)hus, du paludisme, du trachome, de la blennorrhs^e, de certaines teignes, de certaines maladies vermineuses (dont la bilharziose) et de complications infectieuses des plaies.

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Nous ne pouvons, de toute evidence, demander rien de plus à ces archives. L’origine des quelques maladies qu’elles nous permettent de reconnaître nous échappe, par cette voie, entièrement.

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