LA PART DE L’EXPÉRBIENTATION DANS LA SOLUTION DU PROBLÈME
Nous pourrions nous rendre compte de la manière dont les maladies infectieuses que nous coimaissons sont apparues sur le globe si, par nos méthodes expérimentales, nous parvenions à créer des maladies nouvdles. Ees conditions de nos opérations nous renseigneraient sur les conditions naturelles.
Nous verrons un peu plus loin ce que nous pouvons faire dans le domaine de la création des maladies.
Sans en créer précisément, c’est-à-dire sans réaliser la tr ansf ormation d’un microbe inofîensif (saprophyte) en un. microbe pathogène, pouvons-nous modifier les conditions d’adaption des microbes de façon à faire dn nouveau, à etendre le champ, le domaine des maladies ? Si nous le pouvons, nous retirerons déjà des faits observés lin enseignement de nature à éclairer le problème. Nous ne tiendrons pas la solution elle-même ; nous en approcherons de près. Or, nous pouvons, nous savons modifier la virulence des microbes pathogènes, étendre leur champ d’action, innover en matière de pathologie.
Nous allons exposer les méthodes que nous y pouvons employer et donner des exemples de résultats obtenus.
Nous aborderons ensuite la question de la création expérimentale de maladies infectieuses nouvelles.
LES MALADIES INFECTIEUSES
EXTENSION EXPÉRIMENTALE D’L'NE MALADIE INFECTIEUSE A UNE ESPÈCE QUI N’EN A JAMAIS SOUFFERT DANS LA NATURE
Avant que nous leur ayons donné le rôle livrât de collaborateurs dans notre conquête du progrès, la plupart de nos animaux de laboratoire n’avaient pas connu les maladies que nous leur imposons.
Us en étaient tenus éloignés ou par leur distribution géographique qui ne concordait pas avec Taire d’extension de ces maladies ou par les conditions mêmes de la contagion qui ne pouvaient s’appliquer à eux.
Le cobaye a été rencontré par les Espagnols dans les maisons des Indiens du Pérou qui l’avaient adopté en raison de ses couleurs diverses, ainsi que le perroquet le fut dans l’antiquité méditerranéenne avant qu’on se souciât de sa voix. Bien que Ton n’ait pas établi de façon indiscutable son identité avec Tapéra, vulgairement cuy, des vallées préandiennes, ü n’est pas de doute qu’il ne soit venu de ce rongeur sauvage auquel ü est identique au pelage près et avec lequel il se reproduit. Le cobaye n’avait jamais été en contact avec les maladies pour l’étude desquelles nous
en faisons un si large emploi en raison de la sensibilité extrême qu’ü présente vis-à-vis d elles ; tuberculose, peste, charbon, etc. I^a tuberculose ne sévissait pas les Indiens du Nouveau Monde avant l’arrivée des Espagnols, la peste avant l’importation des rats par les vaisseaux européens, le charbon avant celle du mouton et des autres mammifères sensibles de nos pays.
Le lapin qui est de nos pays ne pouvait être atteint de la rage, pour l’étude et le traitement de laquelle il nous est d’un indispensable secours. Si, dans la nature, il recevait par mégarde un coup de dents d’un carnassier enragé, sa mort survenait vraisemblablement sans retard ; en tout cas, im lapin qui se serait trouvé contaminé par merveille n’aurait pas transmis à d’autres sa maladie.
Le chien, la souris, le rat, si utiles pour la conservation des virus des trypanosomiases des régions tropicales, ne pouvaient avoir été contaminés un pays où il n’existe pas de glossines.
A plus forte raison, les maladies transmises par un invertébré, lié strictement à une espèce animale, n’ont pu être transmises à d’autres espèces que par des méthodes artificidles d’invention humaine. Le pou humain {Pediculus vestimenti) ne saurait vivre tians la nature que sur 1 homme.
LES MALADIES INFECTIEUSES
Le typhus qu’il transmet ne pouvait, avant l’intervention de l’expérimentateur, passer au cobaye sur lequel nous conservons le virus exanthématique et sur lequel le pou ne saurait se nourrir.
U nous paraît superflu de multipHer les exemples. La pathologie infectieuse expérimentale repose sur la reproduction des maladies virulentes chez les animaux de laboratoire. Trouver un anima) de laboratoire sensible à un virus humain nouveau est la condition indispensable de tout progrès puisque, sauf exceptions très limitées, nous ne pouvons expérimenter sur l’homme.
.Nous innovons donc sans cesse en étendant le domaine des maladies à des espèces qui, dans la nature, ne les contractent pas.
ADAPTATION D’UN AGENT PATHOGÈNE A UN INVERTÉBRÉ QUI NE LE TRANSMET PAS DANS LA NATURE
Certaines maladies infectieuses, nous le savons, ne peuvent être transmises dans la nature que par l’intermédiaire d’invertébrés particuliers : sans anophèle, pas de paludisme ; sans pou, pas de typhus ; sans puces, pas de peste. Le hen, entre ces insectes et les virus qu’ils inoculent, est si
particulier que nous n’avons pu, jusqu’à préseit, faire transmettre ces virus par d’autres invertébrés. Dans le cas du pou et du typhus, de la puce et de la peste, l’expérience, quoique non réalisée, ne paraît pas au-dessus des possibilités ; car il n’y a, les deux cas, que culture de l’î^ent
pathogène dans le tube digestif de l’articulé.
Avec le paludisme et l’anophèle, les choses vont tout autrement, puisque l’hématozoaire effectue un cycle évolutif chez le moustique. Il ne semble point que, dans ces cas, on puisse espérer de réaliser l’adaptation de l’hématozoaire à un autre insecte. H a fallu, pour l’adaptation naturelle, un ensemble de circonstances favorables que nous ne pouvons espérer de rencontrer entre nos mains.
Cependant, l’étude des spirochètes a permis de réussir des adaptations sans doute moins compliquées, mais en somme du même ordre. Des fièvres récurrentes humaines que causent les spirochètes sont transmises dans la nature soit par les poux (c’est le cas de la fièvre récxirrente mondiale), soit par certaines tiques, les ornithodores. Ces tiques se rencontrent dans le sol, en général dans les terriers de petits roi^eurs, et c’est sur ces petits rongeurs que les ornithodores à la fois vivent et prennent les spirochètes qu’ils inoculent à l’homme.